Xavier Grall parmi les siens

Xavier Grall parmi les siens. Visages de poésie par Jacques Basse, préface Marie-Josée Christien, Editions Rafael de Surtis.

Au début de cet ouvrage, hommage superbe au poète Xavier Grall et à la poésie, il y a sa Ballade de la mort si lente qui fait écho à d’autres ballades, celle de François Villon. Ce « poète énorme » comme le qualifie Jacques Basse nous a quittés prématurément en 1981, il avait 51 ans. Si son œuvre poétique a été rassemblée et publiée aux Editions Rougerie en 2010, si certains de ces autres textes furent réédités, Xavier Grall entrait lentement dans l’oubli. Ce livre, salutaire, vient l’en sortir opportunément et d’une manière originale, à travers la voix d’autres poètes, pour fendre l’opacité et la bêtise qui s’étend sur les temps faussement agités que nous traversons.

L’œuvre de Xavier Grall est à la fois bretonne, par son identité et sa singularité, et universelle par sa portée, son intimité avec l’être, sa « quête d’infini » selon Jean-Claude Albert Coiffard, l’un des protagonistes de ce livre, qui tous, partagent son sens sacré de la rébellion.

« Compagnons d’encre » et autres poètes, admirateurs de Xavier Grall, forment par ce livre une assemblée liée par une amitié spirituelle qu’il aurait appréciée à sa juste valeur. Marie-Josée Christien insiste sur l’idée de compagnonnage :

« L’amitié fraternelle fut le véritable moteur de Xavier Grall. Comment dès lors l’évoquer sans prendre en compte ceux qui furent ses amis et ses compagnons d’encre ? L’amitié chez lui allait de pair avec son goût pour les débats d’idée et les controverses, voire les polémiques et les propos excessifs. Mais au final, quelles qu’aient pu être ses divergences avec les uns et les autres, elle finissait toujours par l’emporter. »

Elle nous parle de la générosité d’une œuvre, de son impétuosité, de son lyrisme, de sa fragilité et de sa vulnérabilité, bref « d’une poésie qui prend l’existence à bras le corps, qui fait corps avec elle ».

Cent compagnons sont associés dans cet hommage. Ils écrivent pour lui, pour Xavier Grall, dans ses pas, dans son ombre lumineuse, ils écrivent pour la poésie et pour l’armée des poètes qui approchent.

 

Premiers vers de la Ballade de la mort si lente

 

Et c’est seulement au chevet des mères mourantes

Que les fils des hommes accèdent à la connaissance

Car il faut les ténèbres à l’illumination du cierge.

 

O mort si lente à venir sur les lèvres exsangues

Quand le goutte-à-goutte du sérum scande les heures

Dans les veines vitreuses et transparentes

Quand Octobre sur la clinique lève un pâle soleil

Quand l’infirmier cynique tâte la paupière bleuie

Où l’œil maternel aveugle fixe la mort insolente

Alors que les fils entourent le corps flétri.

 

O mort si lente à venir, trois jours et trois nuits

Dans le blême bousculement des temps

Si lente dans les poumons où sifflent

Les oiseaux noirs des tombent impatientes

Quand l’écume des verts crachats étouffe

Le corps maternel râlant luttant souffrant

 

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint-Michel, 81170 Cordes-sur-Ciel

http://www.jacques-basse.net/

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