Mange Monde n°5

Mange Monde n°5, Editions Rafael de Surtis.

Voici quelques extraits de la très belle cinquième livraison de la revue de la Maison des Surréalistes, sous la direction de Paul Sanda, Serge Torri et Vincent Calvet.

Marc Petit :
« Je pèse mes mots. Dans la désolation ambiante, contre tout espoir, une chance inouïe s’offre au poète maudit, à l’artiste déçu. Eh quoi ! Vou sauriez pu devenir Catulle Mendès ou Alain Bosquet, et vous avez peut-être l’occasion d’être Hölderlin ! – On m’objectivera que Hölderlin n’est pas à plaindre, qu’il connaît la gloire (moindre, certes, que celle de Michael Jackson ou de David Beckham), qu’en résumé il lui aura suffi de devenir fou, puis de mourir et enfin, d’attendre un siècle pour tirer bénéfice de sa malédiction. Précisément. N’y a-t-il pas quelque chose de grossier et même de dangereux, pour un poète, à risquer de tomber dans l’escarcelle d’un Heidegger ? D’être cité comme René Char, par des tas de gens qui ne vous ont pas lu, jusque et y compris dans le marigot des politiciens ? »

Julien Blaine :
« Je ne revendique pas ce terme d’« avant-garde ». Je ne l’ai pas inventé et on ne sait plus très bien d’où ça vient, mais moi j’en suis. Je suis un traditionnaliste. Je suis dans une tradition qui est celle de l’avant-garde. Les autres, ils font de la poésie à la queuleuleu, de la poésie ratée ou réussie, peu importe. Mais nous on est dans une tradition de l’avant-garde, c’est-à-dire une poésie qui est dans le livre, certes, mais qui utilise également tous les outils modernes au fur e tà mesure qu’ils se créent, qui savent aussi que, pour que la poésie existe, elle a besoin du corps et de la voix. C’est-à-dire que c’est une poésie qui est en chair et en os, une poésie incarnée. Pour reprendre le terme de chasse, une poésie « à cor et à cri » (expression que tu peux écrire avec toutes les orthographes que tu veux). Pour moi, c’est très important. Quand tu prends cette histoire-là, ça démarre avec Mallarmé. Certains te diront que c’est Le coup de dé. Pas moi. Pour moi, c’est Le Livre. C’est un livre inachevé, absolument incroyable, qu’on a lu pour le centenaire de Mallarmé. La Pléiade en a donné une édition retrouvée en 1996. Ce fut une révélation absolue. Il a fallu attendre l’extrême fin du XXème siècle pour découvrir ça. Après Mallarmé, il y a les avant-gardes historiques : Futurisme italien, Dadaïsme. Après, il y a eu la récupération ignoble (à l’exception d’Artaud) du Surréalisme. Et puis les Cubistes comme Apollinaire. Et puis nous. Quand tu dis ça, tu constates que ça fait un siècle que ça dure. Pourquoi dis-je qu’on est à mi-parcours ? Quand on regarde toutes les grandes écoles, elles veulent toutes changer le monde. On n’est pas poète pour faire joli. Nous on y croit encore. On continue à écrire, à dire, à faire et à gueuler parce qu’on pense toujours que le monde dans lequel on est doit être changé, qu’il est impossible, qu’on ne peut pas continuer comme ça… »

Au sommaire, un éditorial de Marc Petit, un entretien avec Julien Blaine, un autre avec Jean-François Bourdic, éditeur (Les Fondeurs de briques) et de nombreux textes dont ceux de Pierre Soletti, Eric Barbier, Dominique Massaut…

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint-Michel, 81170 Cordes-sur-Ciel

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