Ciné Fès

Ciné Fès, la ville, le cinéma, 1896-1963 de Pierre Grouix et Rachid Haloui, collection Pour un Ciel désert, Editions Rafael de Surtis.

Ce voyage dans le temps fait pénétrer le lecteur dans une triple intimité, celle de Fès, celle du cinéma et celles des auteurs. Pierre Grouix porte sur Fès où son père est né le regard libre du poète. Rachid Haloui est né à Fès. Il y est architecte.

C’est la ville neuve, tu temps du protectorat qu’explore Pierre Grouix. C’est en effet le cinquième volet de cette aventure en mots et en images. Nous avons oublié aujourd’hui la place essentielle du cinéma d’autrefois dans la cité. Daniel Rivet, dans sa préface, indique : « Dans l’évolution du public se lit en creux toute l’histoire de la ville. », et particulièrement les rapports complexes et nuancés entre Marocains et Français.
Les auteurs ont rassemblé un matériau considérable fait de photographies, affiches, articles de presse, publicités, témoignages. Chacune est l’objet d’un texte qui, à travers détails et fils d’Ariane quasi invisibles, dérive dans le passé pour en saisir l’essentiel. Le ressouvenir est le véhicule d’une pensée profonde sur ce qui nous constitue comme être humain. Non de grandes idées ou de grands principes mais une multitude d’impressions, de sentiments, de troubles, assemblés et damassés par le forgeron de la vie quotidienne en une lame-esprit tranchante.
Cette archéologie du quotidien cinématographique fait déambuler lentement le lecteur dans la cité de Fès, pas à pas, rue après rue, salle après salle. Fès, cette autre Bagdad mythique, devient familière au lecteur avant que Pierre Grouix ne le conduise dans son âme d’enfant cinéphile.

« Il y a toujours eu pour moi deux sortes de films, ceux que mon père a vu à Fès, et les autres, tous les autres. Je ne suis jamais entré dans un cinéma sans d’abord penser à lui, à la manière dont là-bas, alors, au Maroc, dans les années quarante et cinquante, ses yeux marron, à un pixel près les mêmes que les miens auraient regardé, du noir et blanc à la couleur, telle scène de tel film. Il ne m’est de cinéma que de mon père.
Un enfant et le cinéma dans une certaine ville à un moment donné du temps. Tels sont les deux acteurs des pages à naître ici. De leur début, déjà lointain, à leur fin proche, il s’est agi pour moi de croiser par l’encre le trajet d’un art particulier, l’art moderne par excellence, le cinéma, et le parcours dans les rues récentes de la ville d’un enfant de Fès à la fois banalement comme les autres, avec lesquels il a tant de traits communs, et intensément différent à mes yeux du simple fait compliqué qu’il est mon père. Le cinéma à Fès, oui, mais du côté (à côté ?) de mon père.
J’ai cherché ici à rendre la manière dont cet enfant a pu vivre au quotidien son rapport à cet art dans des années qui sont à la fois proches (nombreux sont en effet les témoins qui s’en souviennent, et assez généreux pour livrer, partager leurs souvenirs) et lointaines (car elles semblent appartenir à un état révolu du monde, d’où une impression de fausse proximité qui est celle de ces mêmes témoins quand, devenus des revenants, ils retournent, ou croient retourner, parfois très longtemps après, dans la ville). »

Si Pierre Grouix s’inscrit dans une queste individuelle, le livre n’est cependant pas un ouvrage personnel. Il convoque dans ses pages tant de personnages que nous sommes dans un intime multiple partagé sur un écran de cinéma. Son écriture relève d’une peinture poétique. Touche après touche, nuance après nuance, l’image apparaît nettement, terriblement, parfois cruellement, vivante, derrière le voile de fumée des souvenirs.

« Les souvenirs sont vivants, nous rappelle Rachid Haloui. Ils changent, s’estompent, s’en vont puis reviennent. L’attachement au passé bouscule la mémoire et renie le présent. Mais le sens de l’histoire fait accepter le présent. Voir l’histoire s’écrire ! Vivre les souvenirs de demain ! Mais les souvenirs du passé sont édulcorés et leur douceur lutte avec l’irréversibilité du temps. »
Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint-Michel, 81170 Cordes-sur-Ciel, France.

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Une réponse à “Ciné Fès

  1. je n’ai pas encore lu votre livre « ciné Fès », je suis très intéressée. Mon grand-père, Pierre Gagnardeau possèdait un casino-cinéma place du Commerce à fes de 1917 à 1927 qui fut détruit à la suite d’un incendie. Il fit construire un cinéma-théâtre-brasserie-restaurant à Boujeloud en 1924.Il dècéda peu de temps après en 1930. Je possède tous les mémoires de ma famille relatés par mon père Wilfrid Gagnardeau depuis 1840, départ de moulins (France) de mon arrière-arrière grand-père pour l’algérie, Mon grand-père s’est ensuite installé au Maroc à Fès.
    je possède des documents très interessants sur cette période ou mon grand-père a monté les premiers cinémas à fés.

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