Eric Chassefière

Alors que la revue Encres Vives consacre son 418ème numéro, paru en mai 2013 à Eric Chassefière, il semble opportun de rappeler la beauté et la profondeur de sa poésie multidimensionnelle. Poète de la Liberté il est aussi poète des libertés difficiles, inscrites dans le lien entre le détail et l’infini.
Conscient de l’importance de la récapitulation initiatique et de l’art de la mémoire à la fois source de l’être et chemin vers l’être, ses mots s’assemblent parfois sous le sceau d’Hermès, afin de nous apprendre à voler, ou dans la simple clarté d’un quotidien plus intense.
En 2011, les Editions Rafael de Surtis avaient publié le beau recueil Sur un au-delà du corps dans lequel « Le sang parle jusqu’au silence » :

Le murmure des mots tus
donne un nom à la bouche

les longues pinces des feuilles
saisissent délicatement le vent
avec le bruit lointain de la scie

on entend la crécelle de l’arbre d’hiver
on tend la peau des mots sur le silence
pour que celui-ci devienne tambour

on écrit pareil à l’oiseau
frappant les cordes du bois

le poème comme point de rupture des mots
à l’image de ce cri d’oiseau
désignant le nœud de forces de l’arbre

Avec Le Vol du Papillon toujours publié chez Rafael de Surtis en 2013, Eric Chassefière et Catherine Bruneau investissent un tout autre mode d’écriture, enchâssant la poésie dans la narration comme dans un écrin. Cet Itinéraire onirique explore la succession des instants présents comme une guirlande qui enferme ou libère selon le rapport entretenu avec la métaphore.

Chrysalide

La maison est close, comme emprisonnée par la nuit qui est prête à pousser portes et fenêtres. La maison est dans la ville, mais son intérieur est rustique. Un escalier laqué de blanc s’enroule au centre de la cuisine. La laque des portes et fenêtres brille sous le néon qui exorcise la nuit avec violence. Une femme habite la maison, douée d’une voyance incertaine qui nous magnétise et nous angoisse aussi, nous les voyageurs arrêtés à la porte de cette maison. Arrêtés là, par hasard, pour démasquer le devenir des mois inconnus, placés sous le signe de la naissance. Je suis allongée pour l’examen furtivement accompli. L’écoute de mon souffle finit par arracher à la nuit – ou à la lumière – la certitude de voir incarnées force et stature dans un jeune homme d’un « cou plus grand » que son père. Il me faut sonder le fond de cette certitude, dans le corps blanc de cette femme, maintenant enserré dans des couches successives de plastique transparent qui le figent dans la lumière. Je ne peux me souvenir que d’une découverte perdue dans les vibrations des portes lorsqu’elles se mettent en branle pour s’ouvrir dans la nuit.

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint-Michel, 81170 Cordes-sur-Ciel, France.

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