Les Hommes sans Epaules, anthologie 1953-2013

En février 1953, Jean Breton et Hubert Bouziges lançaient, sous le titre Les Hommes sans Epaules, ce qui allait devenir un mouvement, une collection et une revue, toujours vivante et rayonnante. Rares sont les revues qui, dans le domaine des idées et de la création, savent se renouveler pendant plusieurs décennies.
En proposant une anthologie très complète de cette aventure, Appel aux riverains, Les Hommes sans Epaules (1953-2013), Christophe Dauphin permet au lecteur d’appréhender l’histoire et les mutations d’un mouvement et d’une revue de poésie qui se caractérisent par la richesse, la diversité et une exigence constante.
En près de cinq cents pages, Christophe Dauphin nous offre une vision globale de cette aventure poétique sans gommer ses particularités, ses aspérités, ce qui la singularise dans le monde complexe de la création. La première partie de l’ouvrage rassemble des manifestes, des textes théoriques qui laissent apparaître une cohérence de pensée et une cohérence éditoriale fortes. La seconde partie rassemble une large sélection de poèmes de deux cents auteurs différents.
L’orientation de la revue est saisissable dans les manifestes et dans certains écrits de Jean Breton :

« Seul à jouer au meccano du monde, à l’amour, le poète exaspère ses limites. Nous rêvons que son ambitieuse quête, que sa fouille minutieuse de la langue ne soient pas perverties par une futile autant que dérisoire volonté de prise de pouvoir sociale ! (…)
L’important, en tout cas ici, est de signaler, de souligner l’émergence ou la permanence de nombre d’auteurs de qualité, ainsi que « les bonds en avant » de certaines œuvres. Par des textes de présence et de diversité, où l’ironie sera compagne de l’angoisse, où la poésie tentera de « préparer souterrainement un homme meilleur qu’elle ». Que nos auteurs d’avance soient remerciés pour ce don qu’ils ont de nous enchanter si tant est qu’ils ne sont que des hommes et des femmes « sans épaules », c’est-à-dire sans poids dans la société mais aussi fragiles porteurs d’antennes attentives à capter ce qui reste de la parole originelle. Et à promouvoir ce qui peut venir de la parole future. Bonjour, poèmes ! »

« La poésie n’est pas grand-chose dans le panorama des machines et des chiffres. Encore faut-il le cerner, ce pas grand-chose – au meilleur de sa forme !
Nous disons tous la même chose : mais les mots du poème, selon notre écoute comblée, sont toujours neufs. Ils déclenchent une nouvelle genèse, le monde recommence à partir d’eux.
La banalité est le matériau de base, mais sculptée par un œil, une main et un cœur originaux. Une définition de la poésie parmi d’autres ? Ce serait un combat entre les sens et l’héritage culturel et linguistique, le tout fouetté par l’émotion. (…)
A quoi sert le poème ? A pas grand-chose. Mais pour certains ce pas grand-chose est tout. Le poème neuf ajoute des vitamines à nos élans, c’est la grâce du style. Il resserre nos thèmes en nous. Il nous éclaire sur nos ombres. Il résume sans doute pour l’historien de demain – comme en télégrammes – un état de la sensibilité, de la perception sensorielle, du progrès linguistique, il devient un condensé du contexte historique et social de notre époque en même temps qu’un fragment imprévu, toujours un peu en avance, de l’universel. »

Evoquant Charles Fourier, qui invite à l’accomplissement de nos singularités, mais aussi Stanislas Rodanski et sa révolte sans fin, Christophe Dauphin rappelle que « La révolte a un langage : la poésie. ». Mais, ajoute Christophe Dauphin, le poète n’est pas seulement celui qui lance un cri de colère et d’indignation, il est aussi le guérisseur, au sens antique sans doute du terme, celui qui réconcilie avec soi-même, les autres et les mondes. Il nous parle de redressement, de surgissement, de liberté. Il est une quête poétique qui ne supporte aucune concession à l’arbitraire afin de laisser libre la place pour l’être, y compris en ses contradictions.
Ce volume, plongée sans retenue, dans l’univers poétique d’un mouvement créateur, qui veut « préparer les hommes », est aussi, contre l’aphasie, la démission, la distorsion, une invitation à la vie et à l’amour. Maurice Toesca exhorte ainsi un jeune homme : « Passionne-toi, croyant ou non-croyant. Livre-toi tout entier au plaisir d’être. Où que tu sois, il y a un chemin qui va vers ton plaisir. Sache le reconnaître. Et tu verras que la vie est un passage grandiose. ».
Les Hommes sans Epaules éditions, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen, France.
http://www.leshommessansepaules.com

Spiritualités pratiques chez Almora

Les Editions Almora lancent une nouvelle collection intitulée Spiritualités pratiques, série de petits livres « pour une spiritualité vivante, moderne, laïque, à mettre en pratique ici et maintenant ».
Deux auteurs inaugurent cette collection, Erik Sablé et José Le Roy.

Les 7 clés de la méditation par Erik Sablé, Editions Almora.
La méditation entre progressivement dans le quotidien des occidentaux, tantôt dans un cadre traditionnel, tantôt comme une hygiène de vie dont les bienfaits sur la santé sont attestés désormais par des études scientifiques. Cependant, Erik Sablé met en garde contre un certain d’idées fausses courantes.
« La méditation n’est pas une science » insiste Erik Sablé. Elle n’est pas une « histoire de neurones », « la conscience est indépendante de la matière cérébrale ».
« La méditation n’est pas non plus une forme de thérapeutique » poursuit-il, « la méditation ne vise pas à ce que notre personnalité devienne plus performante, mais au contraire à la mettre « entre parenthèses » pour que le méditant perçoive son caractère illusoire. Finalement, elle s’efface et seul demeure l’état de Présence ».
« Le but de la méditation n’est pas de changer, de s’améliorer, de devenir meilleur. D’ailleurs la méditation a-t-elle un but ? Pour les doctrines orientales, ce prodigieux déploiement des formes de l’univers n’a pas d’objectif, pas de signification ; il est le jeu de la divinité. La méditation n’a pas d’autre fonction que celle de nous unifier avec ce mouvement sans commencement ni fin de la Vie Une.»
La méditation n’est pas faite pour tous. Erik Sablé insiste que le fait que la méditation n’a jamais été pratiquée que par une minorité qui ressentait fortement une aspiration mystérieuse à l’intime. Il met en garde contre toute forme de prosélytisme, même bienveillant.
Les sept clés proposées dans l’ouvrage relèvent d’une progression traditionnelle classique. La première clé proposée est la sagesse. La pratique de la méditation hors d’une sagesse est vouée à l’échec. Par sagesse, il faut ici entendre « une prise de conscience qui nous permet d’avoir une certaine distance avec notre existence, de ne plus être autant absorbés par nos problèmes, nos ambitions, nos désirs ».
La deuxième clé consiste à s’ouvrir au souffle et au corps, de quitter les processus mentaux pour se diriger vers une toute sensorialité, l’attention au souffle étant centrale dans ce mouvement.
La troisième clé réside dans la compréhension des mécanismes du mental, apprendre à « voir » jusqu’à ce que flux mental envahissant soit reconnu, compris et mis naturellement à distance.
La quatrième clé est la concentration. Erik Sablé rappelle les deux grandes approches de la méditation, celle qui s’appuie sur la volonté, celle qui prône le non-effort et invite le lecteur à dépasser cette opposition apparente.
La cinquième clé est l’attention. « Être attentif à la racine de l’illusion », « se tourner vers le point de naissance de la pensée ».
La sixième clé est la présence, qui ne relève pas d’un processus mais d’un abandon. La présence est très liée à la question de la conscience, de la conscience-origine, du Soi.
La septième clé est la joie et la sérénité. Erik Sablé évoque la dilatation de l’être : « la dilatation, l’élargissement de la conscience sont toujours associés à la joie et la plénitude ».
Ce petit livre fort riche intéressera tant le débutant que le pratiquant chevronné qui pourra y trouver le détail qui change tout.

Petit traité de la connaissance de soi de José Le Roy, Editions Almora.
« Qui suis-je ? », « Que suis-je ? ». José Le Roy, professeur de philosophie, sanskritiste, explore ces deux questions pour présenter les concepts essentiels de la pensée philosophique et de la spiritualité occidentales et orientales. D’emblée, il précise que la connaissance de soi ne relève pas de la psychologie qui ne considère que le moi empirique, oubliant l’essence de l’être.
Il relève trois raisons de s’engager dans la connaissance de soi. C’est d’abord un chemin vers la sagesse. C’est une source de curiosité et d’étonnement. Enfin, « les grandes philosophies du passé et les spiritualités authentiques nous apprennent qu’au cœur de nous-mêmes, en notre centre le plus intime, vit, demeure un trésor sans prix : la source du monde, l’Absolu ».
Pourquoi semble-t-il difficile de se connaître ? Comment se connaître dans l’advaita vedanta indien ? Suffit-il de lire sa carte d’identité pour se connaître ? Suffit-il de se regarder dans le miroir pour se connaître ? La connaissance de soi est-elle une connaissance morale ? Suis-je mes pensées ? Suis-je ce dont je me souviens ? Qu’est-ce que je suis ? Soi ou non-soi ? Que veut dire se connaître ? A chacune de ces questions, José Le Roy répond par un approfondissement qui change le rapport entretenu à l’objet, à l’expérience et finalement au sujet. Il écarte les identifications, les croyances, les conditionnements jusqu’à ce qu’il ne reste rien de la question.
« Pour chercher le Soi, qui est la subjectivité, nous allons procéder par réfutation en reconnaissant ce que le Soi n’est pas, c’est-à-dire en éliminant tout ce qui peut être objet pour la conscience. Ce chemin va nous mener des apparences à l’essence, des images à la réalité, des objets auxquels le sujet est identifié à ce qu’il est vraiment. Nous nous sommes identifiés à des images de nous-mêmes, à des apparences que, tel Narcisse, nous aimons et cet amour nous empêche d’avoir sur nous-mêmes le regard clair qui nous permettrait de nous voir enfin. Aucune image n’est nous-mêmes. Elles ne sont que des objets à la périphérie éloignée du centre, du vrai « Je ».
Se démasquer pour se rendre libre des masques sociaux et des représentations, reconnaître que nous ne sommes ni ce corps, ni ce visage, être témoin des pensées comme des souvenirs, prendre conscience que nous existons au-delà des pensées, conduisent à la paix et à la liberté.
Il s’agit d’un cheminement vers la présence ici et maintenant, vers le sans-âge, le non-temps, là où nous saisissons notre véritable nature, conscience pure, non-duelle, le « je suis ».
José Le Roy cherche à approcher cette expérience unique que chaque tradition exprime à sa manière : « les noms changent, mais pas la réalité qui est au-delà de tout nom, ineffable ».
Editions Almora, 51 rue Orfila, 75020 Paris, France.
http://www.almora.fr