François Laur

Au titre de ces jours de François Laur, collection Pour une Terre interdite, Editions Rafael de Surtis.

Il est l’un des grands poètes français qui fait vivre la langue avec intensité, subtilité et amour. Les mots s’écoulent comme un sang salvateur qui renouvelle l’esprit, le restaure dans sa plénitude originelle, la mémoire en plus.
Plutôt que de commenter, entrons dans la danse de la langue :

Ce que pour toi fredonne mon jardin

Pour toi, je voudrais ancrer dans la vie le gamin qui trafique dans mon crâne et fouit encore avec un pesant bêchoir pour élever des buttes ou barbotte dans la boue des jauges. Chaque avril, je découpais des mottes pour ériger une paroi censée exclure de l’enclos cochons et volailles, le semais le plantais (un centième d’arpent ne devant rien à Babylone !). La murette sitôt montée, un verrat l’éventrait. Ou bien je m’ébrouais dans le sillon suceur, construisais une digue dans le ruisselet, alors même que je savais : mes retenues glaise et gadoue se dissoudraient à la première grosse ondée. Toi qui veux l’inconnu devant soi, toi qui distends le cœur et le rends à sa chanson têtue, ancre pour moi ce gamin dans la vie, son lopin toujours menace de sombrer. Entre lisières, neuves désormais, poussière et mer où susurre le sel, nous essaierons – nous abandonnant aux couleurs des étals sans alliance à l’annulaire – d’inventer un lieu commun, une terre non géocidée.

Ecrire, c’est tenir compagnie

Un coup d’œil aux lisières de ces nues amarantes que l’intellect ne peut gère arraisonner, et voici : leur chemin ne conduit qu’à leur propre merveille. Mais nous pouvons les suivre des yeux. Sans doute s’agit-il purement de promenade ou flânerie : y laisser tomber de petits cailloux blancs pour revenir au logis canonique serait vain ; et surtout périlleux, car revenir, c’est atrophier la vie un peu, voire mourir – qui l’ignore ? Ces lisères déjouant les calculs donnent quelquefois lieu à un dire plus clair – oui, bien plus ! – qu’une enseigne au néon. Libres d’amarres, sans cliquetis de câbles ni vaisseaux, tout espace leur est ouverture ; peu importe leurs destinations, où qu’elles prennent place, fût-ce l’ombre parmi le sombres sur un frisson de seigle, la béance d’un tindoul, une eau sans tain, la tiède conche de tes jambes dans la cambrure des vocables. Nous n’avons d’elles qu’inscience ébaubie. Ce qui est aimé n’est-il pas toujours, au total, inconnu ? Elles et toi, quand les récits anciens deviennent en moi sang, regard, geste, qu’ils n’ont plus de titre et ne se distinguent plus de moi, elles et toi me délivrez de l’étreinte écoeurante du su dans les impératifs et les habiletés. Avec elles et toi, je suis en absolue confiance, comme la main avec la rampe dans l’escalier, noir tout soudain. Tu ris, et je sens ta vaillance : insondable ferveur de vie, que la vie même ne froidit pas.

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint Michel, 81170 Cordes sur Ciel, France.

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