Michel Passelergue

Journal de Traverse de Michel Passelergue, Editions Rafael de Surtis.

Le journal d’un auteur est toujours porteur d’une intimité à la fois éloignée et proche. Les auteurs sont souvent pudiques. En même temps, les mots demandent, exigent, de sortir, même dans les périodes de « panne » comme c’est le cas avec cet ensemble de textes. Michel Passelergue investit plutôt son journal quand « la poésie refuse de se laisser saisir ». Mais, plutôt qu’une compensation, nous pouvons penser à une indispensable respiration de l’esprit, à un processus alchimique qui permet aux phases obscures de l’œuvre de se déployer sous le seuil de la conscience.

Cette plongée dans l’acte d’écriture est un accès à l’être-même tant la main prolonge l’hypercomplexité humaine et engage tout l’être de manière fatale, nous dit Michel Passelergue. Regard sur soi-même ou regard sur l’autre finissent par se fondre en une dialectique surprenante entre les incertitudes, impasses, ouvertures et appropriations. Pour que la chair et le symbole fassent alliance dans la langue poétique, toute une diplomatie interne, le plus souvent inconsciente, est à l’œuvre, jusqu’à ce que le poème lui-même décide. Il y a une sorte d’infaillibilité du poème, au cœur d’un océan de doutes.

Ce recueil de réflexions, introspections, cris, est riche d’une pensée, d’une intensité, d’une érudition aussi, qui font sens, à la fois dans une géographie, voire une cartographie mouvante de l’esprit poétique, qui orientent donc, et dans le repli en l’instant, temps suspendu où tout est possible.

Extrait à propos de la poésie de Roger-Arnould Rivière :

« Une poésie qui interroge le corps, qui est viscéralement liée au mystère du vivant, qui suggère les pulsions du désir. Une poésie où l’amour de la femme se double de la fascination pour la « mort apocryphe », visiteuse de nuits suspectes, mangeuse exsangue de cet « univers au bout de la langue » qui pourrait bien être le seul lieu habitable. Ecrire, oui, mais pour secouer les derniers lambeaux de ce qui a « saveur d’âme », rompre avec l’opacité d’une « fuyante réalité » faite d’absence. Pour se risquer enfin à « l’envol abortif de l’être » : « Je sais que les amarres rompues, le cou brisé, la semelle usée ont pour commun dénominateur la corde. » S’il célèbre l’aimée « dans l’espace magnifié de (s)a nuit », le poète fait aussi entendre en contrepoint, un motif lancinant marqué du « signe moins de la création »… »

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint-Michel, 81170 Cordes-sur-Ciel, France.

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