Aggenèse de Malcolm de Chazal

Aggenèse tome 1 de Malcolm de Chazal, Editions Arma Artis.

Ce fruit d’une révélation marque un tournant dans la vie et la spiritualité de Malcolm de Chazal. Robert Furlong, président de la Fondation Malcolm de Chazal, précise, dans son introduction à l’ouvrage, que ce livre marque la fin des cycles, celui des aphorismes qui s’étala de 1940 à 1948 à travers sept volumes dont Sens-Plastique et La vie filtrée, deux textes de la plus haute importance.

Aggenèse inaugure le cycle métaphysique de Malcolm de Chazal, non que la métaphysique soit absente du cycle précédent, elle l’est en creux ou par touches explicites, mais parce qu’elle s’impose de manière fracassante, autoritaire dans la pensée de Malcolm de Chazal à la fois comme questionnement et comme réponse. Nous sommes en 1950 et la quête initiatique de Malcolm de Chazal se précise absolument avec ce texte.

Malcolm de Chazal évoque ce livre comme « le fruit de deux illuminations… ». Il semble hésiter entre la qualification d’inspiration ou celle de révélation pour finalement retenir cette dernière. Il tente d’inscrire dans les mots une expérience axiale, non-duelle, née d’un renversement. Nous sommes bien dans une voie d’éveil directe.

« C’est une Aggenèse que je fais ici, prenant ce qui existe, mais passant du Divin à l’existant, faisant un renversement de l’analogie perpendiculaire, prenant à l’autre pôle la vie et venant à ce monde-ci, vers l’homme, vers l’esprit, vers tout.

C’est un bon direct en Dieu que je fais ici pour revenir à la Terre, un rétablissement, un renversement du moi, qui prit son point de départ dans deux étincelles de Révélation, clés même de ce livre.

Les penseurs, les philosophes, poètes, mystiques, voyants, initiés, se sont appesantis sur le Un et le Trois de Divinité. Nul, que je sache, n’a compris le Deux de la Trinité-Unitaire, quoique le Christ ait parlé avec force du double rôle du Saint-Esprit et du Messie, gauche et droite de l’Essence.

L’arcane ici m’a été donné par la Double Lumière et le Renversement du Noir, deux de Divinité pivotant tout ce qui vit. »

Malcolm de Chazal opère avec l’arcane de « la Dualisation de la Trinité au sein du Un ». Ceci nécessite un nouveau rapport aux antinomies, une saisie de celles-ci comme autant de couples dynamiques de l’Un. « Ce livre, dit-il, entraîne l’esprit dans l’Indissolubilité de Tout. »

Cette sublime Aggenèse, à la fois par sa poésie et sa puissance opérative, est à inscrire dans les rares voies non-duelles de l’Occident. Ce texte fut incompris lors de sa première édition, limitée à cent exemplaires. C’est pourtant une révélation aussi importante que Le Message Retrouvé de Louis Cattiaux.

 

« L’origine de Dieu

 

La nuit souleva sa paupière

Ce fut le regard

Ce fut le soleil

 

L’Esprit de Dieu plongeait au sein de l’Esprit de Dieu. C’était la Nuit. Dieu méditait au centre de Lui-même. La Circonférence n’était pas encore née. Un point. C’était Dieu dans son Moi. Ce Moi était NOON, c’était la Nuit. La Nuit s’agrandit. Dieu se mouvait dans l’Espace de Lui-même. Seule l’Eternité était, et seul était l’Infini, Temps et Espace de l’Absolue Nuit. Dieu ne s’était pas encore manifesté. Il était en Lui-Même. Et le point se détendit, vint le cercle et le soleil. Et la Lumière jaillit. C’était ALLA : le point ouvert, le noir éclairé : la lumière. ALLA était dans NOON, le cercle dans le point. Ouvert, ce fut la lumière. Le geste ouvert fut le soleil. Et la Nuit eut son soleil et le Jour son soleil. C’était un même soleil et d’était une même nuit : les étoiles et la nuit, le soleil et l’ombre.

Mais avant que l’ombre touchât terre, et que le premier rayon eut franchi le seuil d’ALLA, NOON qui était partout s’accoupla à ALLA et donna l’Espace, sa fille MOOM, la Désirable, l’Etreinte et le Spasme. Et dans les deux bras de l’Epoux – d’ALLA qui se retournait, – le Temps naquit du mouvement d’ALLA, dans le Berceau même qui avait vu l’Espace. Au sein des deux bras de NOON étaient ses deux enfants MOOM et RANNA le Temps. C’étaient deux jumeaux, sœur et frère. ALLA roulait maintenant dans les bras de NOON, le Noir portant la Lumière. Les baisers d’ALLA venaient se perdre sur les lèvres de NOON, pendant que les enfants descendaient plus bas, de l’Essence de leur Père et Mère, le Dieu Unique. »

Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.

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Ici et maintenant, Charles Antoni

Ici et maintenant de Charles Antoni, Editions L’Originel Charles Antoni.

Si Charles Antoni croit « qu’il faut faire avec son temps », il ne cesse de nous inviter à l’atemporalité de cet « ici et maintenant » par lequel s’actualise « le déjà et pas encore » cher à Henri Corbin ; l’intervalle, accès unique à notre nature originelle et ultime. Toutes les traditions insistent sur cette conquête indispensable de l’instant présent mais peu d’écoles mettent finalement en œuvre le dispositif nécessaire à celle-ci. Cette praxis permanente qui nous rapproche de notre principe, de l’axe de l’être et partant de la liberté absolue constitue la clé de toute voie initiatique, une clé oubliée, perdue, parfois même volontairement jetée.

Charles Antoni lance un regard lucide sur le monde et fait le constat de l’homme tel qu’il est. Effroyable de stupidité et de cupidité. Pour lui, l’urgence de la mise en œuvre d’une praxis relève de la survie. Si nous pensons que ce monde et les temps actuels ne sont aucunement pires que d’autres et que le problème est moins l’état du monde, du savoir et de l’homme que le rapport pathologique et contracté que nous entretenons avec eux, nous suivrons par contre totalement Charles Antoni sur la nécessité du combat de l’être avec l’avoir et le faire pour éviter l’accident de vitesse, l’esclavagisme volontaire (Sénèque, Epictète, La Boétie et Montaigne déjà…) et autoriser un nouveau paradigme. Cet enjeu est permanent et le monde n’est là que pour son entendement.

Il est très intéressant que, pour Charles Antoni, cela passe par une réappropriation du langage, par une escrime intellectuelle, la dialectique éristique de Schopenhauer. Un autre rapport au langage, non aristotélicien, est en effet un moyen de cet autre paradigme qui en appelle à l’être libre des contingences. Charles Antoni cite très justement Cioran : « Connaître, vulgairement, c’est revenir de quelque chose ; connaître, absolument, c’est revenir de tout. L’illumination représente un pas de plus : c’est la certitude que désormais on ne sera plus jamais dupe, c’est un ultime regard sur l’illusion. ».

Charles Antoni invite au combat, à la traque des émotions et des pensées, au maintien dans l’instant présent, inscription de l’être en son axialité, en sa propre intimité inaliénable, ce qui demeure, pour devenir « le poète de sa vie ».

Ce livre est un cri mais un cri tranquille, non un cri de peur mais un cri d’alerte. Nous pouvons entendre le cri salutaire ou continuer à nous embarquer sur « la nef des fous ».

Editions Charles Antoni – L’Originel, 25 rue Saulnier, 75009 Paris, France.

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Au rendez-vous des amis

Au rendez-vous des amis 2, collectif, Editions Rafael de Surtis.

Ce second volume rassemble de beaux textes de Jehan Van Langhenhoven, Paul Sanda, Christophe Dauphin, Yves Martin, Sabine Huynh, Guy Chambelland.

Dans un préambule nécessaire, Christophe Dauphin souligne le principe de ce recueil :

« Le Rendez-vous des amis, depuis cinq ans, ce sont des expositions de peintures, dessins et photographies ; des publications collectives et individuelles ; des débats, des performances et donc avant tout des rencontres entre porteurs de clefs. Le Rendez-vous des amis s’intéresse aux êtres en tant qu’ils sont des « porteurs de clés », sans se cacher que ceux-ci forment une minorité. Breton s’estimait lui-même par exemple comme celui qui tendait aux hommes la clé des champs. Il avait lui-même vu en Jacques Vaché le porteur de la clé du dandysme. Les porteurs de clés ne sont pas nécessairement des amis, et vice versa ; tels êtres avec qui vous avez eu des rapports de complicité intellectuelle et d’affection, peuvent avoir une action moins déterminante sur votre éthique que certains autres qui n’ont fait que passagèrement croiser votre route.

A la manière du tableau peint par Max Ernst en 1922, Le Rendez-vous des amis est un portrait de groupe où se mêlent aux amis vivants, des écrivains et artistes d’autres temps ou disparus. Le Rendez-vous des amis est en fait une fresque qui réunit de nombreuses personnes. »

C’est Christophe Dauphin qui ouvre la danse avec un bel hommage à Alain-Pierre Pillet, dans Trois dythirambes de l’alambic qui pétillent comme le Perlé qui accompagne les rencontres cordaises.

Sabine Huynh poursuit A l’origine de nos cris :

 

A l’origine de nos cris, une absence de concordance.

Le pain est le pain et l’oignon est l’oignon.

La main est la main et le moignon est le moignon.

La langue d’Abraham n’est pas celle des Francs, qui n’est pas celle du Fleuve rouge, qui n’est pas celle de Shakespeare, qui n’est pas celle de Cervantès ni celle de Dante.

         

Il y a des jours d’hybridité où rien n’est rien.

Des jours où je ne puis dire si vraiment je suis qui je suis.

Des jours où dire qui l’on est ne convoque que des squelettes.

Des jours où mon visage lie tout ce que j’articule.

Des jours où vous n’entendez que lui et ses chinoiseries de cassures nettes.

Ses lignes, à mes yeux dénuées de clef et d’horizon, sur lesquelles je ne parviens pas à placer une seule note, un seul mot, sans que ceux-ci ne sombrent dans l’avalanche d’une cacophonie me privant de sortie…

 

Et les autres… un rendez-vous à ne pas manquer.

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint Michel, 81170 Cordes sur Ciel, France.

http://www.rafaeldesurtis.fr/

Avel IX n°28 : Le Chat

Avel IX n°28, revue des Amis de la Tour du Vent.

Avel IX est la revue de l’Association des Amis de la Tour du Vent, consacrée au rayonnement de l’œuvre de Théophile Briand (1891-1956), poète, penseur et éveilleur. L’association tient son nom du moulin-phare qui fut la demeure de ce barde, grand amoureux de la Bretagne.

Le parcours de Théophile Briand, véritable « sacerdoce poétique » est profondément initiatique, une quête intransigeante de ce qui demeure en soi derrière la succession apparente des instants. En 1936, il lance Le Goéland, revue qui connut une réelle influence et fit connaître ou reconnaître de nombreux auteurs et artistes. Parmi eux, Nerval, Villiers, Huysmans, Bloy, Milosz…

Les 120 numéros du Goéland sont désormais disponibles sur le site de l’association : www.latourduvent.org

 

Ce n°28 de la revue Avel IX est consacré au chat, inépuisable et royal sujet pour tout véritable auteur. La revue propose un texte de 1947 de Théophile Briant consacré au Mystère des ondes auxquels nous savons les chats, ces « passeurs d’ondes » selon Danièle Auray, familiers et particulièrement sensibles. Les textes sont révélateurs du privilège qui est le nôtre de pouvoir, de savoir, se laisser enseigner par le chat.

 

« Sapé comme un prince, le chat cultive la douceur rassurante de sa fourrure qui nous entraîne telle une rivière charmeuse. La main qui se pose sur elle reçoit la clé d’une mémoire. C’est l’enfance aux joues gonflées qui peut croire à la joie de vivre. C’est le sourire du bébé qui joue avec un rayon de soleil. C’est la foi en un monde où beauté et bonté cohabiteraient. Elle coule en bouche comme un nectar. »

Béatrix Balteg

 

« Il y a sûrement entre le chat et l’écriture une certaine connivence.

Pourquoi affectionne-t-il tant les papiers et les livres ? On le voit souvent pelotonné – calme présence – sur la table de l’écrivain au travail. »

Danièle Auray

 

« Vous écrivez couramment : « Mon chat ». Je suis désolé mais l’adjectif possessif, dans ce cas précis, est erroné : un chat n’appartient à personne, si ce n’est à lui-même. Vous devriez l’avoir compris, depuis le temps que les félins daignent cohabiter avec vous. Evidemment un chat semble être « votre animal ». Balivernes : il est uniquement l’animal « de lui-même » avec un grand « A ».

Même si nous partageons votre « territoire », nous nous définissons comme « Maîtres des lieux » et non comme « hôtes ». Invitez un chat chez vous et tout ce qui vous appartient, y compris vous-même, devient immédiatement sa propriété. Cette appropriation découle de ce qu’un Félin est vraiment : un Prince incognito, un Roi sans trône, un Vagabond sédentaire. »

Le Chat Ryan

 

Outre de nombreux textes délicieux sur ce vagabond sacré, la revue propose des poèmes de Amédée Guillemot, Danielle Thivolet, Maurice Oger, Francine Caron, Jean-Luc Legros, Florence Whitty, Marie-José Christien, Christine Guénanten, Georges Georget, Roselyne Frogé, Bruno Sourdin, Anne Bihoreau…

 

Plus qu’un chat… un être,

sans chemin de traverse,

sans autre réalité

que la forte présence

d’un « tout »

à portée de main.

 

Plus qu’un chat… un monde

de nuits en demi-lune,

d’heures emmitouflées ;

… Un autre,

peut-être nous-mêmes,

quelque part…

entre cœur et peau…

 

… Plus qu’un chat… une âme,

un souffle ami,

le calme écrasant

d’un corps en aparté…

l’empreinte d’un temps

où nous étions frères, sans béquille du langage.

                                                            Florence Whitty

 

Mais la revue réserve d’autres trésors comme ce témoignage de Théophile Briant sur le poète Saint-Pol-Roux qu’il rencontra chez lui, à Camaret, Saint-Pol-Roux lui révélant ce que disent les goélands : « Le Roi Arthur n’est pas mort ! ».

Association des Amis de la Tour du Vent, 87 avenue John Kennedy, 35400 Saint-Malo.

Georges Bataille dans Les Hommes sans Epaules

Les Hommes sans Epaules n°37, nouvelle série, prelier semestre 2014.

Dans un sommaire une nouvelle fois magnifique, peuplé de poètes superbes, Mahmoud Darwich, Lyonel Trouillot, Tristan Cabral, Julie Bataille, Cathy Garcia Annie Salager, Lionel Ray, Lawrence Ferlinghetti, Nanos Valaoritis… le dossier, réalisé par César Birène et Christophe Dauphin, est consacré à « Georges Bataille, et l’expérience des limites ».

Dans son éditorial, Christophe Dauphin donne un extrait d’une lettre envoyée en 1953 aux HSE par Bataille :

« … j’écrivais, comme je pouvais, dans le car qui me menait à Avignon, que l’érotisme signifiait pour moi ce retour à l’unité, que la religion opère à froid, mais la mêlée des corps dans la fièvre. Je ne sais si ma philosophie prendra place dans l’histoire de la pensée, mais si les choses arrivent ainsi, je tiendrai à ce qu’il soit dit qu’elle tient à la substitution de ce qui émerveille dans l’érotisme (ou le risible ou VISIBLE) à ce qui s’aplatit dans le mouvement rigoureux de la pensée. »

L’œuvre de Georges Bataille (1897-1962) est bien davantage qu’une œuvre à dominante érotique. L’érotisme est ici une quête, une pratique de la non-séparation qui illumine la totalité de l’expérience humaine.

C’est le portrait d’un homme complexe, intransigeant avec l’expérience dont il cherche à extraire l’essence, qui nous est proposé. Christophe Dauphin et César Birène éclairent la place occupée par Georges Bataille dans la pensée du XXe siècle et les nombreuses avenues, rues ou parfois ruelles obscures qui y conduisent.

L’homme est élégant, par le corps certes, mais surtout par la pensée et l’écriture, une élégance qui d’emblée écarte ce qui pourrait nuire à la perception brute, parfois brutale, de ce qui est en jeu ici et maintenant dans une rencontre chargée d’impossibles trop présents, de refoulés et de non-dits. La recherche centrale de Georges Bataille à travers tous les thèmes abordés dans son œuvre, de l’érotisme à la guerre, est, nous disent César Birène et Christophe Dauphin, « l’homme ; l’homme dans son rapport au mal et dans son rapport au sacré ; l’érotisme et la mort, qui ont ceci de commun, qu’ils impliquent des états affectifs (angoisse ou extase) d’une grande violence. ».

Bataille veut penser « l’hétérogène », « tout ce qui est rebuté, réduit à rien, honni, vilipendé, ce qui dégoûte, ce qui répugne », un hétérogène qu’il sacralise et oppose à l’utile, l’efficace. On voit la dimension politique considérable de cette approche.

Il y a en permanence chez Georges Bataille une recherche d’axialité, une pensée verticale. Chez Georges Bataille, ce qui évoque un autre grand penseur, Nikos Kazantzaki, l’homme est étiré, parfois déchiré, brûlé parfois, entre un mouvement ascendant vers le divin, l’amour, et un mouvement descendant vers la souillure et la mort. Dans ce contexte de tension extrême, « l’érotisme est le nom même de l’expérience que l’homme peut faire du sacré indépendamment de la religion, la forme emblématique de l’expérience commune de l’excès ».

César Birène et Christophe Dauphin notent qu’il serait vain de classifier Georges Bataille comme de catégoriser son œuvre qui brouille les frontières et les limites pour mieux prendre l’expérience humaine comme une totalité, un continuum qui ne laisse rien de côté.

De 1937 à 1939, avec Roger Caillois et Michel Leiris, il fonde et anime le Collège de sociologie qui va étudier les manifestations du sacré dans l’existence sociale. Georges Bataille oppose la transgression, l’interdit, la gratuité, à l’utilité, la production, l’économie. Le fruit défendu se fait délice. Surtout, il libère de représentations étouffantes. Il y a quelque chose du renversement permanent chez Bataille, un renversement qui se nourrit de l’autonomie. La transgression a besoin de l’interdit pour que l’excessif soit libérateur.

Georges Bataille, parce qu’il saisit les mécanismes profonds de la violence, sera d’une grande lucidité sur les dérives fascistes. César Birène et Christophe Dauphin rappelle qu’« il montre notamment comment les fascismes parviennent à subjuguer des éléments épars et hétérogènes quand les démocraties, anesthésiées par la fable de leur développement serein, croient pouvoir les négliger ». Une observation très actuelle.

Il fondera dans les années 30 le mouvement Contre-attaque pour s’opposer à la montée du fascisme et analysera avec une grande pertinence, dans la revue de son autre mouvement éphémère, Acéphale, la récupération de Nietzsche orchestrée par le fascisme. « Bataille attaque violemment Elisabeth Foerster, la sœur (nazie) du philosophe (l’appelant Elisabeth Judas-Foerster). Il y rappelle une déclaration de Nietzsche (écrite en capitales) : « Ne fréquenter personne qui soit impliqué dans cette fumisterie effrontée des races ».

César Birène et Christophe Dauphin rendent compte de la vie agitée et florissante, en clair-obscur, de Georges Bataille, ses relations complexes avec André Breton et le surréalisme, ses alliances et ses ruptures et de la permanence de sa recherche car, à travers la multiplicité des écrits, des créations, des manifestations, des expériences, des excès, des inattendus, des rages aussi, la cohérence demeure dans le pressentiment d’une révolution de l’esprit qui restaure l’unité de l’être.

 

je mens

et l’univers se cloue

à mes mensonges déments

 

l’immensité

et moi

dénonçons les mensonges l’un de l’autre

 

la vérité meurt

et je crie

que la vérité ment

 

ma tête sucrée

qu’épuise la fièvre

est le suicide de la vérité

 

Extrait de L’archangélique et autres poèmes

 

Ce dossier, hommage à Georges Bataille, est bienvenu dans un temps de crispation qui voit la pensée se rétrécir. La transgression, libre de toute utilité et de toute marchandisation, est tout autant nécessaire aujourd’hui que dans les années qui précédèrent l’avènement du nazisme. Les années 30 ont manqué de transgression comme nous en manquons aujourd’hui. Le message de Georges Bataille n’est pas contextué, il traverse les contextes comme les temps. Il n’est pas éternel, il est d’aujourd’hui.

Les Hommes sans Epaules éditions, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen, France.

www.leshommessansepaules.com

 

L’expérience de l’illumination dans l’oeuvre de Stephen Jourdain

L’expérience de l’illumination dans l’œuvre de Stephen Jourdain de Pascal Bouyer, Editions L’Originel – Charles Antoni.

Ce livre consacré à Stephen Jourdain est « un exposé synthétique de son expérience spirituelle et des manifestations de son illumination que S. Jourdain a décrite de façon éparse dans ses différents livres. ». Issu d’un travail universitaire, le travail de l’auteur est analytique et basé sur une approche comparée entre les écrits de Stephen Jourdain et ceux d’autres auteurs de traditions diverses.

Pascal Bouyer met en évidence les singularités et les nombreux paradoxes de la pensée et de « l’éveil »  de Stephen Jourdain à tel point que le lecteur pourra se poser la question de la nature réelle de l’expérience exceptionnelle de la conscience connue spontanément par Stephen Jourdain. Ce dernier met en pièces les représentations courantes de l’éveil qui n’échappe pas aux clichés et aux préjugés. S’il y a une infinité de voies vers la Liberté, on peut avancer qu’il y a une infinité de manifestations de celle-ci. L’auteur rappelle avec justesse « l’impossible définition » de l’éveil et ce n’est pas le moindre des paradoxes que de vouloir s’appuyer sur la démarche universitaire pour approcher l’indéfinissable et l’insaisissable.

Le grand intérêt de l’œuvre de Stephen Jourdain réside peut-être dans sa volonté et sa capacité à dire toute la difficulté à laisser s’inscrire cet état dans le monde au quotidien. Il met en garde contre les extases, dangereuses pour l’éveil, insiste sur ce qui demeure, moi :

« La subtilité avec laquelle Stephen Jourdain jongle avec les concepts, pour nous faire percevoir la réalité fondamentale de notre « moi », relève parfois de la prouesse. Le « moi » correspond à la fois à une abstraction la plus éthérée, la plus pure, « ce moi immatériel (…) ne possède aucune extension temporelle » et paradoxalement répond à l’appel du prénom d’un enfant dans un jardin public : « Vous avez quatre ans, cinq ans (…) quelqu’un vous appelle. (…) Vous vous retournez. Je nomme moi la douce et sainte raison de ce mouvement. Moi a été parfaitement évoqué ». L’enfant représente la pureté de la conscience incarnée, qui n’a pas encore identifié son « moi » à son corps physique, alors que l’être éveillé, lui, n’est plus soumis à un « moi » incorporé. »

Pascal Bouyer nous présente « un enseignement révélé puis conceptualisé ». Il remarque que « l’éveil ne se déduit pas d’un enseignement » et n’est pas « un acte déductif ». Toutefois, il existe des contre-exemples. Il n’y a aucune règle en matière d’éveil. Il postule chez Stephen Jourdain une distinction entre « connaissance consciente » qui aurait « pour origine « je-Dieu » », de nature non-duelle d’une « connaissance pensante », duelle et spéculative cette fois, basée sur « la séparation de la connaissance et de l’être ». L’état de conscience habituel est qualifié de « non-conscience », fruit du « Je-créature ».

Pour sortir de la torpeur courante, Stephen Jourdain propose une guerre totale :

« La victoire de l’Eveil est au prix d’une conquête quotidienne, toujours à renouveler. Si une bataille semble être gagnée, la guerre fratricide doit perdurer, car l’ennemi à exterminer est sournois et d’une envergure incommensurable, « la stature de l’ennemi : tout. » Tout doit être détruit, réduit à néant par le « feu annihilateur » et « apocalyptique » de la conscience pure. L’injonction est de tuer toutes nos représentations mentales et les allégations de « l’état dit vigilant ». S. Jourdain ne reconnait « à l’être qu’un unique – et mortel – ennemi : l’opinion fondée ; on la nomme vérité ». »

Stephen Jourdain invite à une déconstruction, une décréation permanente et radicale à l’origine du total bouleversement appelé, faute d’un autre mot, éveil. L’ouvrage rend compte, de manière kaléidoscopique, de la nature et des effets de cette « expérience » chez Stephen Jourdain. Les contradictions et les paradoxes qui apparaissent dans le propre témoignage de Stephen Jourdain sont non seulement inévitables mais nécessaires pour éviter au lecteur de se laisser prendre dans le sens d’une narration qui sera toujours trompeuse.

Editions Charles Antoni – L’Originel, 25 rue Saulnier, 75009 Paris, France.

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Unmani

Mourir pour aimer de Unmani Liza Hyde, Editions L’originel Charles Antoni.

Il faut lire ce livre jusqu’au bout quoi qu’il en coûte. La merveille est au bout et même avant. Voici cinq extraits pour vous convaincre :

« Ce livre met en évidence la vérité de « qui vous êtes » vraiment. Si vous avez cherché véritablement et aspiré à l’éveil ou à la vérité, alors ce livre va vous indiquer ce que vous êtes vraiment.

Ce livre montre la fin de la recherche. Ce n’est pas une borne supplémentaire sur le chemin d’un hypothétique but final. Il ne vous prodigue pas de conseils pour votre vie et votre bien-être. C’est un message d’une impitoyable compassion.

Si malgré tout vous préférez encore vous sentir bien plutôt que de connaître la vérité, alors ce livre n’est pas pour vous. Je ne suis pas en train d’essayer de vous aider. Si vous lisez ce livre je vais tout simplement vous détruire.

Mais qui suis-je ? Vous. La Vie même. Je suis « qui vous êtes » au-delà de ce que vous pensez, ou de ce que vous croyez être. Nous ne sommes pas séparés, vous lecteur et moi écrivain. »

 

« Pas besoin de chercher, trouver, ou sortir prendre l’Amour. Pas besoin de le demander aux autres, ni même de l’attendre. Vous ne pouvez prendre, chercher, trouver, demander, ou attendre de qui vous êtes déjà.

L’Amour est déjà là. Tout infuse déjà dans l’Amour. Vous êtes déjà l’Amour. Ce n’est pas une expérience qui peut aller et venir. L’Amour est qui vous êtes et c’est la seule constante, quand tout le reste va et vient.

Il y a des moments où l’Amour est reconnu, comme quand vous tombez amoureux de quelqu’un ou quand vous êtes dans la nature, ou regardez les étoiles. Dans ces moments, la conscience semble s’ouvrir et s’agrandir alors que toute chose et toute séparation disparaissent.

Ce mouvement naturel vers l’ouverture est l’expression de l’Amour. Dans cet état ouvert et expansif, vous savez que vous êtes Amour. »

 

« L’état d’Informel, que l’on pourrait également appeler Liberté, c’est l’être à son état pur. Il est océanique et il englobe tout, et il ne différencie aucunement ni n’individualise. C’est l’immobilité, le silence. Il est sans bornes et sans limites. C’est littéralement la vacance du rien. Une absence. C’est l’Unité impersonnelle. Une Mort. »

 

« Tant que l’on croit en la séparation, il y aura la dualité du juste et du faux, du bon et du mauvais. Certaines pensées et actions tomberont dans une catégorie plutôt que dans l’autre. Même si des attitudes et des pratiques semblent vous faire du bien momentanément, cela ne dure jamais vraiment longtemps.

Le pendule de la polarité bascule naturellement du côté opposé, malgré tous vos efforts pour essayer d’être compatissant. Vous pouvez pratiquer la compassion à longueur de journée mais quand quelqu’un vient vous bousculer accidentellement ou vous archer sur le pied, vous pourriez vous mettre à hurler en jurant et éprouver de la haine contre cette personne. Cela pourrait bien provoquer en vous un sentiment de culpabilité, n’ayant pas eu de compassion pour elle.

C’est un combat sans fin de vouloir remplacer les pensées et les actions dites négatives en positives. De même qu’essayer d’être compatissant et d’aimer inconditionnellement peut souvent être une source d’autosatisfaction. On se sent tellement spécial et louable d’être une personne tellement formidable. On s’octroie cette identité spéciale de quelqu’un de bien et de gentil.

En fait, en vérité, vous n’avez aucune identité, il est donc absolument vain de s’efforcer à devenir une personne meilleure. Vous n’êtes aucune sorte de personne. Vous n’avez aucune qualité et vous les avez toutes. »

 

« Qui vous êtes déjà est l’Amour et la Liberté et cela n’a jamais eu besoin d’être incarné ou exprimé, et pourtant ce jeu continue. Dès que l’on reconnaît qui l’on est réellement, l’Amour se manifeste de plus en plus. Mais cela se produit en dehors de tout contrôle. De sorte que cet apparent voyage de la vie devient un merveilleux dévoilement au fil des situations qui se présentent. (…)

Peu à peu cet Amour que vous êtes, se déploie et se révèle dans votre vie. En reconnaissant la Vacuité que vous êtes, vous savez qu’il n’y a jamais eu personne qui avait besoin de modifier son comportement, et pourtant bizarrement, on remarque que notre attitude et nos interactions sont inexorablement de plus en plus imprégnées d’Amour. »

 

Sans commentaire. Accueillez juste le texte.

Editions Charles Antoni – L’Originel, 25 rue Saulnier, 75009 Paris, France.

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