Michel Passelergue, ombres portées, ombres errantes

Ombres portées, ombres errantes de Michel Passelergue, Editions du Petit Pavé.

La poésie comme queste de l’intime qui demeure. Michel Passelergue recherche l’être à travers le jeu des ombres et des lumières. Conscient qu’en fait de vérités nous ne rencontrons que des évaluations, il part à la recherche de ces valeurs intransigeantes que sont le noir et le blanc, là même où elles se mêlent.

 

Des mots sous terre

 

1

Des blessures, de longs sillons d’ombre.

De la terre – pour une langue errante.

 

L’étang devant toi : dans son silence froissé

tout un hiver va s’éteindre.

 

Tienne bientôt, cette noirceur de tourbière

pour y creuser du froid, contre la mémoire lente.

 

2

Tu allais d’un pied incertain,

souffle suspendu,

 

vers la forêt des murmures. A l’écoute

du rauque, des brindilles, de l’air.

 

Cherchant, malgré le temps coagulé,

d’autres nuits à remâcher.

 

Trop de transparence, et tiède à l’excès,

cette lumière qui s’abat sur toi.

 

Trop de sommeils écorchés pour être encore

à mi-voix, un vivant émietté.

 

Celui qui embue, matinal,

la surface des choses.

 

Michel Passelergue visite les abîmes de l’intime, se laisse tomber dans le gouffre des ruptures. Il veut liquider le temps pour mieux passer au-delà des frontières de la sensation comme de la pensée. Il retourne les gants pour vérifier s’il y a une main. Il conduit au dehors ceux qui se croient mieux au dedans et inversement. Il piège la mémoire, l’obligeant à se donner quand elle veut fuir. Il donne forme à l’angoisse pour mieux la circonvenir.

 

Haletant d’une mémoire qui suinte, de trop d’images endolories, je ralentis. M’enfonce, corps opaque, nerfs détruits. Quelques syllabes, en dedans, pour suffoquer. Un grand froid dégorge sans bruit. je me mêle aux racines, aux décombres d’oubli. Un souffle encore pour retenir l’instant sous la paupière, repousser le gel des cellules. J’ouvre la nuit, me couche sous les mots. Là où, plus cotonneuse que sa langue, l’angoisse tire de son sac d’ombre liturgie à même le silence, cantillation par les poussières.

 

Michel Passelergue fait de l’angoisse un véhicule capable de traverser les limites. Par elle, il traque inlassablement, presque méthodiquement, la liberté de l’esprit.

Editions du Petit Pavé, BP 17, Brissac Quincé, 49320 Saint-Jean des Mauvrets.

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