Introduction au Tantra

Introduction au Tantra de David Dubois, Editions Almora.

Le shivaïsme non-duel du Cachemire est intégral. Il inclut toute chose y compris le dualisme. Cette tradition qui se présente à la fois comme une pragmatique et une métaphysique ne rejette rien afin de saisir la liberté absolue de la conscience en tout ce qui se présente.
L’ouvrage de David Dubois est davantage qu’une introduction didactique au tantra qui tend à échapper à toute représentation, c’est un voyage vers le cœur de ce courant qui libère de toutes les croyances afin de laisser la conscience se reconnaître elle-même. Cette voie de la reconnaissance dont Abhinavagupta est la figure majeure s’énonce et se dénonce très souvent simultanément afin d’éviter que les mouvements de la conscience ne se fixent en crispations. Elle invite à l’expérience et conduit à un art de vivre en liberté.

« Nous sommes face à une alternative, souligne David Dubois, soit nous nous endormons dans le ronronnement du quotidien ; soit nous cultivons la lucidité, mais au risque de souffrir davantage, de rouvrir les vieilles plaies. Le tantra non-dualiste soutient que ce dilemme est un faux dilemme. La paix se trouve dans l’émotion, la joie dans la souffrance, la liberté au cœur de la dépendance. Ce n’est pas une croyance à prendre ou à laisser, mais une hypothèse à explorer. »

Réincarnation, karma, chakras, morales, saluts de toute sorte et autres crispations se voient dissoutes par l’observation de la conscience par elle-même. Cela passe par la restauration de l’alliance avec le corps :

« Le corps est bien souvent considéré comme l’obstacle majeur dans la quête de soi. Non seulement dans les traditions spirituelles, mais aussi dans nos sociétés de consommation. (…)
Le tantra nous invite au contraire à redécouvrir le corps-univers, le corps de conscience infinie. Quel corps ? Le corps perçu à la première personne, par opposition au corps-objet tel qu’il est conçu, imaginé au point de vue de la troisième personne. (…)
Ainsi, le point de départ de l’expérience de non-dualité n’est pas le rejet du corps, mais au contraire sa dilatation jusqu’à ne faire plus qu’un avec le ciel de la conscience. Le corps ordinaire est une conscience contractée. La conscience bienheureuse est un corps dilaté. (…)
Le corps se révèle alors comme totalité de tout ce qui est perçu. Bien sûr, la distinction relative entre « soi » et « autrui » demeure, mais elle est désormais vue directement comme la manifestation d’une seule conscience qui est un seul corps, une seule sensation.
La chair est donc la conscience qui contient toutes choses, tous les opposés, les antagonistes. (…) »

David Dubois développe longuement l’approche kaula qui fait du corps un joyau.
Il n’y a ni effort ni contrainte dans cette approche totalement élégante mais une sorte de nonchalance attentive et libertaire grandement opérative.

« Notre vraie nature est liberté, rappelle-t-il. Non seulement liberté comme indépendance par rapport aux autres, aux choses, mais même par rapport à soi. Le Soi, c’est l’unité sans être prisonnier de cette unité. La liberté est le pouvoir de se manifester, d’exister à l’infini sans jamais s’arrêter à rien, sans jamais être prisonnier d’aucune essence ou définition. Une chose peut être définie. Cela sans quoi elle ne peut être elle-même, c’est son essence, par opposition aux accidents qui ne comptent pas. Mais la conscience n’est limitée à rien. Elle est même libre de ne pas être conscience. D’être autre qu’elle-même, de s’y perdre puis de se retrouver. Non pas comme ceci ou cela mais comme pouvoir pour aller toujours plus loin. La conscience est l’émerveillement, la surprise, la nouveauté incarnée et sans cesse reprise. Insaisissable. Toujours évidence et pourtant mystérieuse… »

Editions Almora, 51 rue Orfila, 75020 Paris, France.
http://www.almora.fr

La vision non-duelle de Douglas Harding

La vision non-duelle de Douglas Harding par Richard Lang, Editions Almora.

Richard Lang nous propose une synthèse excellente de l’enseignement de Douglas Harding (1909-2007) dont il fut un proche collaborateur.
Il propose huit leçons qui constituent un cheminement vers la saisie de qui nous sommes vraiment. Il reprend tout d’abord les célèbres exercices proposés par Douglas Harding pour établir un autre rapport à ce qui se présente et traverser l’apparaître. Ce qui est proposé de manière originale par Douglas Harding s’inscrit dans une approche non-duelle traditionnelle. Richard Lang, par des citations, fait ainsi des liens avec d’autres courants, orientaux ou occidentaux. L’accompagnement des exercices est à la fois pédagogique et clair mais ne nuit pas à la surprise, si essentielle, dans cette approche.

« La signification de ce que nous sommes réellement, sans l’expérience, nous dit-il, n’est qu’un tas de mots – des mots qui confondent et qui divisent autant qu’ils clarifient et unissent. Mais l’expérience de ce que nous sommes réellement, sans la signification, conduit à la question « et alors ? » ; nous avons besoin des deux.
Regardez et vous voyez le Soi instantanément et parfaitement. Continuez de Voir et trouvez ce que cela signifie pour vous. Cependant, à la différence de l’expérience, la signification nécessite du temps pour émerger, pour se développer, et elle ne sera jamais complète – il y aura toujours plus à comprendre, plus à sentir. Mais parce que vous voyez votre Soi si parfaitement, parce que vous êtes tout le Soi, maintenant et pour toujours, sans être obligé de le faire, de penser ou de sentir quoi que ce soit, est-il important que votre compréhension soit incomplète ? Pas pour moi. Et est-ce que cela a de l’importance que vos découvertes, même profondes, finissent par s’en aller ? (Si nous ne lâchons pas nos anciennes compréhensions, il n’y a pas de place pour les nouvelles.) Pratiquez l’attention dans les deux sens et observez que, pendant que la signification va et vient, la source de la signification n’apparaît pas, ni ne disparaît. Elle est toujours là. (…)
La Source est inépuisable, faisant remonter comme des bulles des significations nouvelles. »

Vivre plus consciemment, d’instant en instant, la banalité quotidienne ou la « sexualité sans tête » introduit à une spontanéité créatrice et à une profondeur tranquille qui qualifient notre propre nature, présence intime qui demeure.

Editions Almora, 51 rue Orfila, 75020 Paris, France.
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