Paul Farellier

L’entretien devant la nuit. Poèmes 1968-2013 de Paul Farellier, Editions Les Hommes sans Epaules.

Ce gros recueil des œuvres de Paul Farellier donne au lecteur le sens de l’œuvre, le sens aussi de ce qu’est une œuvre, de sa puissance, entre émergence, disparition et résurgence.

Dans une postface élégante, Pierrick de Chermont évoque à son sujet une poésie de l’anonymat, dans un pays, la France, qui ignore la poésie. Cet anonymat pourrait être finalement plus qu’une chance ou une opportunité mais une véritable fortune. En effet, souligne Pierrick de Chermont :

« Sans aucune autre contrainte que son art inutile, entièrement consacré à lui, prêt à toutes les aventures de l’esprit, à tous les voyages, circulant seul ou presque dans la grande forêt de la poésie mondiale, n’ayant de compte à rendre à personne, le poète est la figure fantasmée de l’art contemporain. L’invisibilité de son art est donc une des sources de cette liberté. Elle le revêt d’une protection dont ne disposent pas les autres arts, qui eux sont exposés. »

Cette liberté, payée très chère le plus souvent par le poète, garde vierge l’espace de la création.

Sans prétendre à l’exhaustivité, Pierrick de Chermont retient cinq traits caractéristiques de la poésie de Paul Farellier. Tout d’abord un certain classicisme formel fait de « précision et exigence formelle » mais aussi d’une « économie de moyens ». Viennent ensuite « une attention au proche et au présent, un attachement à la nature et une volonté de dialoguer avec elle, une volonté d’honorer le simple et une attirance pour le mystère que recèle le monde ».

La saisie de ce qui se donne à voir, de l’instant présent, porteur d’une ouverture infinie, est au cœur de la poésie de Paul Farellier qui exprime une grandeur de la banalité, une beauté du quotidien, un abîme aussi de la limite, de ce qui nous borne dans l’apparaître des choses.

 

 

La table de ce côté.

 

Le couvert pour traiter l’ombre.

 

Nous dînerons d’une pensée déchirante.

 

Extrait de L’Île-cicatrice

 

 

Seule

dans la nuit,

 

la lampe

brûle mon nom.

 

A ce point de naissance,

l’espace me cingle.

 

Frontière nue,

ne m’épouvante pas de mon âme.

 

Extrait de Dernière mise à feu des neiges

 

 

Matin

comme un corps se déplie.

 

Matin

dans sa chair d’oubli :

 

la gorge enfouie en excès de lumière,

 

l’aine débusquée ;

de loin, les lourds cheveux,

leur verse de silence

 

à l’anxiété pubienne.

 

Extrait de Comme un corps se déplie

 

 

Mais

toute une vie passée

à se construire,

 

à s’augmenter de son soi,

à n’en rien distraire,

 

et ne rien finir que geôle à soi-même

 

dont rien ne s’évade ou ne laisse advenir

son Autre désiré

 

– était-ce bien là cette guerre

 

qu’il fallait perdre ?

 

Extrait de Intérieur de l’ombre

 

Les Hommes sans Epaules, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen – France.

http://www.leshommessansepaules.com/

 

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