Guy-René Doumayrou, Evocations de l’esprit des lieux

Evocations de l’esprit des lieux. Les jalons d’un espace-temps poétique autour du Languedoc de Guy-René Doumayrou, Editions Arma Artis.

Ce livre est d’importance.

Alors que l’humanité industrieuse et financière se destine à perdre tout lien avec la nature et que nous savons déjà stériles les fausses résolutions du prochain sommet de Paris sur l’environnement qui se tiendra fin 2015, la phrase prophétique d’Alfred de Musset n’a jamais semblé tant chargée de menaces : Alors s’assit sur un monde en ruine une jeunesse soucieuse. ».

Guy-René Doumayrou (1925 – 2011) transmet dans ce livre un enseignement ancien que certains vont rechercher aujourd’hui en Chine alors qu’il est inscrit dans nos mémoires, par les mythes, les folklores, les contes et légendes, les chansons populaires. Avec une grande profondeur, un sens remarquable de la poésie opérative, qui fait dire aux mots, ce qu’ils ne savent pas dire d’eux-mêmes, Guy-René Doumayrou restitue les connaissances qui permettent à l’être humain d’unir le ciel et la terre.

Ce livre, s’il traite de l’esprit des lieux languedociens, délivre des savoirs universels, sur la biosphère, la sphère céleste, ce qu’elle cache, ce qu’elle révèle, sur la terre, sur le vivant, sur l’architecture du temps, sur ces puissances draconiques, des alliées naturelles que nous humilions jour après jour, sur une dynamique des lieux à redécouvrir.

« Le premier temple connu, chacun sait que c’est l’homme lui-même. Debout, il porte la coupole de sa tête vers les étoiles où se heurtent les éternités et circulent les luminaires dévideurs de la durée. Mais il lui vînt très tôt, bien avant d’avoir pensé à fixer son errance, le besoin de repérer ces lieux où une intensité d’échange entre les deux pôles du haut et du bas semblent s’activer. (…)

La sagesse commandait donc à l’errant de ne point se fixer sans, avant toute chose, enraciner dans la terre élue le mât conducteur des puissances célestes. »

Aujourd’hui, seul le Compagnonnage préserve encore, et non de manière uniforme, cette science du support axial. Guy-René Doumayrou confie nombre d’indices au chercheur, sur le chemin du dragon et la mort des derniers dragons, sur la montagne de feu, le serpent d’or, les chevaux du soleil, le château étoilé, l’arche… Il restaure le sens des noms et le sens d’une géographie sacrée. Le symbole ne s’adresse pas ici à l’intellect, il ne nourrit pas le concept qui éloigne du réel mais assume pleinement sa fonction. Le symbole réunit, le corps et l’esprit, la matière vivante et l’Esprit.

Par cette restauration de l’alliance avec les esprits des lieux, Guy-René Doumayrou nous conduit sur les chemins du Languedoc dont nous savons la richesse et les mystères. Il appelle à une véritable restauration :

« Que nous oppose-t-on, à soutenir que ces préoccupations d’un monde rêvé ne sont plus de notre temps ? Rien, sinon l’aveu que notre temps n’est plus du monde. Temps comprimé, jeté comme un défi à la face des choses, c’est un temps perdu, un temps fêlé qui s’émiette au hasard des bourrasques de la contingence, qui court aveuglément sur les lignes de plus grande pente et s’accumule sur le Sable de l’existence statistique. Un temps vivable serait un temps féminin, ou lunaire, rythmé, « réglé ». Dans le jeu des étoiles, le rayonnement linéaire, foudroyant, du soleil élémentaire, est capté condensé, substantifié et rétabli sur la voie royale de l’exaltation. C’est le temps de la fête, qui déchire des trous de bonheur dans la durée continue de l’activité fonctionnelle. Le temps qualifié, variable et périodique, seul facteur en mesure de briser l’inertie balistique du progrès courant désormais à la destruction du monde. (…)

L’ordre social qui n’a pu tolérer les joyeuses tribulations des anciennes dionysies s’enlise lentement dans les fermentations de sa propre intempérance. Car cet ordre solaire, au sens restrictif et martial, est le véritable désordre, puisqu’il tend à neutraliser l’alternance vibratoire de la mélodie lunaire. (…)

Ce qui, en revanche, n’échappe à personne, c’est que les mirifiques innovations de la technologie s’accompagnent comme par fatalité, et pour cause, de la dégradation de toute joie de vivre. (…)

Le folklore, au moment où il s’évanouissait dans le spectacle publicitaire, est recueilli par ceux-là mêmes que le conservatisme avait écœurés, et redevient tradition. Ce n’est plus une affaire de privilèges à défendre mais une question de vie ou de mort. On pressent que la planète menace de périr ou, pis encore, de sombrer dans le déterminisme informatique, si l’on ne réintègre pas, dans les jours douteux de notre présent, la pleine nuit des temps, avec ses riches heures. »

Nous avons à renouer, avec les puissances initiales, avec les signes et les accords premiers, avec notre propre nature, avec une sagesse inscrite dans les circonvolutions des éléments naturels et dans les livres de pierre érigés par ceux qui connaissaient. Nous avons à renouer avec la vie.

Ce livre est d’importance. Vraiment.

Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.

http://arma-artis.com/editions-accueil.php

 

Pour explorer la merveilleuse culture languedocienne, vous pouvez contacter le Centre Inter-Régional de Développement de l’Occitan, CIRDOC, véritable conservatoire de la Culture et de la Langue Occitane :

www.locirdoc.fr

www.occitanica.eu

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