Vera Kitova, Aglérie sublimée

Vera Kitova avait déjà profondément touché les lecteurs avec son livre Les pages d’un ambassadeur en blanc, qui, déjà, restituait avec une profonde humanité la rencontre de la femme et du médecin avec l’Algérie, peuple et terre. Avec ce recueil de poésie, intitulé avec justesse, Algérie sublimée, qui vient d’être publié chez Enag Editions, elle nous emporte dans les nuances de cette rencontre.

Couv_Algérie_sublimée

Nous n’avons pas accès au Réel. Le langage ne permet pas d’en rendre compte mais, dans un usage crépusculaire du langage, la poésie peut nous donner le pressentiment du Réel ou nous rappeler ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes. Nous ne sommes pas des êtres séparés. Chacun d’entre nous naît, d’instant en instant, à la croisée des autres. C’est dire si la rencontre est d’importance. Elle nous fonde et elle nous constitue.

La rencontre avec une terre étrangère qui pourtant nous est familière, intime, dès la première seconde, dès le premier pas, est l’une des expériences les plus intenses et les plus singulières qui soient. Vera Kitova rend compte, en poésie, de la sublime reconnaissance vécue, hier et aujourd’hui, prolongée demain, avec ce diamant méditerranéen qu’est l’Algérie. C’est de l’ordre de la révélation. Reconnaître à travers des paysages et des visages jusqu’alors inconnus, une terre et un peuple de cœur qui était déjà présent, enfoui au plus profond de notre psyché mais également inscrit comme une trace invisible sur notre peau, donne accès à des dimensions insoupçonnées de l’intimité.

 

J’ai rencontré là-bas

Des gens ensorceleurs,

Porteurs de dignité,

Courage et espérance,

Avec des chants aux cœurs,

Avec de belles pensées

Surgissant dans le désert des silences

 

Rencontre après rencontre, paysage après paysage, une terre intérieure émerge. L’Algérie est le miroir de l’âme. De poème en poème, une Algérie, rêvée jusqu’alors, apparaît, bien tangible, faite de chaleurs, de coups de vent, de rires et de pleurs, de prières et de colères, de mains serrées, de regards unis, d’amours partagés… L’Algérie est ici une île intérieure porteuse de toutes les valeurs qui font l’humanité et qui défont la bêtise. A travers la quête lumineuse de celui qui soigne et de celui qui guérit, deux êtres devenus un par la beauté, la grâce et la douleur, tout un chacun peut se rapprocher de lui-même, de son identité véritable, de son intégrité d’être libre manifesté dans l’humain.

La poésie de Vera Kitova est une peinture en mots. Les couleurs sont émotions. Les coups de pinceaux sont sentiments. Parfois retenus, parfois libérés. L’élégance est là, dans le profond respect de l’autre. Tous ces temps passés, rassemblés en ces pages chaleureuses et colorées, parfumées et musicales, inaugurent à l’instant même, une nostalgie du futur, une nostalgie pleine de promesses d’amour et de la liberté.

Vera Kitova entraîne le lecteur dans un voyage subtil et lumineux. En célébrant l’Algérie, elle célèbre l’amitié entre les peuples, ce « déjà et pas encore » qui fonde la fraternité. Elle nous interroge aussi : Quel est notre désir profond, caché derrière l’opacité des apparences ? N’est-il pas fait de beauté et de paix ?

 

L’amitié

C’est le rayon de soleil

Qui perce la brume matinale au petit jour,

Ce sont les chants des oiseaux des forêts

C’est le murmure tendre de l’âme

De chaque homme, de chaque femme

La main dans la main pour toujours.

 

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