Le présent migrateur de Béatrix Balteg

Présent migrateur de Béatrix Balteg, diffusion Les Amis de la Tour du Vent.

La poétesse venue des îles portée par les vents du large se livre avec une rare délicatesse dans ce recueil qui, l’air de rien, se montre d’une intransigeance exemplaire avec les apparences.

Le premier poème, qui donne le titre au recueil, éveille d’emblée :

 

Présent migrateur

 

Sur la ligne des temps présents

je saute à la corde

l’un cachant l’autre

tous se confondent

 

En l’instant présent, l’être. L’être et la liberté. Marc Le Gouard, dans son avant-poste, évoque Béatrix comme un phare, une tour, référence à la Tour du vent bien sûr mais aussi à l’axialité qui fait retrouver la parole créatrice.

L’eau et le temps, reflets l’un de l’autre dans le miroir de la conscience. « Où va l’eau qui ruisselle ? » demande-t-elle. La permanence de cette interrogation sur la source et le destin de l’eau, sur le cycle de la vie à travers les eaux du ciel, les eaux de la terre et les eaux souterraines dévoile un parcours initiatique.

 

Quel fleuve me happe, quels bancs de sable ferment ma marche. Pas de main pour m’agripper au rivage. Le visage lisse est sujet d’émerveillement. La peur n’est pas absente du périple. Les nouveaux traits de la face vont-ils encore une fois se dessiner. Sinon, quel gouffre va m’engloutir ?

Les vêtements laissés aux arêtes des haies s’effilochent au fil du temps. La nudité mène-t-elle quelque part ou est-elle destination dernière ?

En attendant réponse, ma main caresse la chevelure emmêlée de la VIE.

 

Le sang, autre eau de vie. Béatrix, gardienne du sang :

 

A ses doigts s’accroche le levain.

Ils pétrissent, pétrissent la pâte,

la terre, la chair.

Le sang chante à son oreille,

Evoque la douceur du duvet.

Le répandre lui semble

l’interdit formel.

Le poignard qui tranche la gorge

est la suprême injure.

Femmes, femmes multiples, que

Vos mains soient unies en un

Barrage fertile

 

Il s’agit bien de :

 

Gommer la cacophonie des hommes

sur les chemins violents

pour trouver au cœur de la fleur

le sourire de l’ange

qui attend

 

« A la gloire des roses ! » clame Béatrix Balteg.

 

Les Amis de la Tour du Vent, 87 avenue J. Kennedy, 35400 Saint-Malo, France

www.latourduvent.org

 

 

Transes et prodiges

Transes et prodiges, le symbolisme et l’opérativité des trois feux alchimiques de Pierre-Yves Albrecht, Editions Arma Artis.

Il s’agit de la thèse de doctorat d’un grand connaisseur de l’Afrique du Nord, présentée en 2007 à la Faculté des Lettres de l’Université de Strasbourg. Au cours de ses nombreuses explorations, notamment au Maroc et en Algérie, Pierre-Yves Albrecht s’est intéressé aux zaouias, sanctuaires où sont vénérés des saints-marabouts de l’arabe murabit, « celui qui est lié, enchaîné à Dieu ». Il remarque leurs multiples fonctions : politico-administratves, pédagogiques, spirituelles, thérapeutiques : « Issue du soufisme, la zaouia sédimente la sacralisation du chef d’une lignée (tariqâ) et entretien tune hiérarchisation quasi sacerdotale vis-à-vis des descendants (les chorfa), opposant ainsi une sorte de contre-pouvoir au pouvoir officiel des Oulémas (représentants du clergé officiel). »

Les zaouias incarnent le principe d’une Tradition pure, authentique. Pierre-Yves Albrecht discerne trois mouvements dans ce procès :

– « un culte des saints focalisant autour du mausolée d’un marabout,

– des structures confrériques animées par des rituels et des liturgies spécifiques dirigées par une hiérarchisation de nature initiatique,

– une organisation foncière et économique gérant les produits provenant de vastes propriétés et des dons et offrandes des pèlerins affluant au sanctuaire. »

Cette expression traditionnelle est pluriculturelle à la croisée des trois monothéismes, judaïsme, islam, christianisme semble perpétuer des pratiques archaïques anciennes. Il intègre à la fois des phénomènes comme la transe et des conduites considérées comme déviantes et les mystiques les plus dépouillées.

La thèse développée ici s’appuie sur des matériaux recueillis par un long travail de terrain. Elle se concentre sur la symbolique de ce que l’auteur désigne comme « les trois feux », très présente dans la dimension thaumaturgique de ces traditions et dans les expériences de mystique extatique. Avaler de l’eau bouillante, dévorer des reptiles venimeux ou des scorpions, pénétrer sans dommage dans un four brûlant ne sont pas que des manifestations de pouvoir spectaculaires. Ces actions singulières, inscrites dans le cadre général du soufisme, véhiculent une dimension symbolique remarquable, non comme simple représentation mais bien, comme le rappelle l’étymologie dans une fonction de réunification aux conséquences thérapeutiques.

Par ailleurs, la permanence de l’élément feu dans ses actes particuliers, prend sens dans le contexte de l’alchimie arabe. Métaphysique, cosmologie et anthropologie contribuent à une compréhension la plus ajustée possible de phénomènes attestés par de nombreux chercheurs scientifiques, tout en prenant en compte trois rapports au monde, matérialiste, idéaliste et opératif. Pierre-Yves Albrecht met en évidence la dimension alchimique opérative de ses phénomènes. Cela passe par une catégorisation des transes, une saisie des composants essentiels des modèles du monde du soufisme et de l’hermétisme arabe qui déterminent eux-mêmes la nature de l’expérience, pour mieux observer l’efficacité symbolique du feu mis en œuvre dans ces diverses ascèses. Au cours de ce travail, le processus initiatique est décortiqué, analysé, étudié dans ses divers contextes culturels, historiques, géographiques, puis recomposé dans sa portée systémique. La transe est bien sûr au cœur du sujet. La distinction des différents types de transe permet de distinguer entre éléments essentiels et expressions culturelles. L’alchimie spirituelle, qui n’est pas séparée de la matière mais l’inclut et la transforme, est impossible sans un autre rapport au temps que notre rapport habituel conditionné. La puissance imaginale peut se mettre à l’œuvre depuis un non-temps qui autorise tous les possibles par un jeu créateur entre le dense et le subtil. La « personne », mise à l’écart, le témoin bien en place, la conscience non-duelle apparaît dans sa plénitude. De cette triangulation, les conditions de l’œuvre dépendent.

Les principes qui se dégagent de ce travail minutieux, particulièrement riche sont autant de pistes pour le chercheur, relevant tant des voies d’éveil que de la philosophie et de la science quantiques.

Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.

http://arma-artis.com/editions-accueil.php

Valère Staraselski, un auteur sur les hauteurs

Sur les toits d’Innsbruck de Valère Staraselski, Editions Cherche-Midi.

Valère Staraselski nous offre un nouveau joyau d’intimités à travers un jeu de miroirs entre la montagne, comme rassemblement de la totalité de la nature, de ce qu’elle livre et de ce qu’elle dit de nous-mêmes, et le marcheur, celui qui la parcourt tout en se parcourant. L’ascension « Sur les toits d’Innsbruck », qui est aussi une plongée en soi-même évoque un autre « Mont Analogue » de René Daumal, la dimension écologique en plus.

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L’histoire semble banale, celle d’un amour naissant. Cependant, le couple demeure, en ces temps conditionnés jusqu’à l’absurde, l’une des dernières grandes aventures de l’être. Et le couple dans la montagne relève d’une double exaltation. Les paysages somptueux qui apparaissent dans la conscience du lecteur, calligraphiés par les mots de Valère Staraselski, dans une écriture à la fois fluide et d’une précision démonique, qui avertit, éclairent les nuances ou les intensités des sentiments. Les corps se disent, les regards se cherchent, bien avant que les esprits ne comprennent. La rencontre d’une femme et d’un homme rend la vie au cadavre. Dans la crypte du monde, symbolisé ici par la montagne toute entière, une biche, qui se meurt, apparaît comme le sceau qui unit deux esprits. Une mort pour une vie. A deux. Chaque instant de banalité devient une œuvre d’art unique, qui disparaît et pourtant demeure. L’absence est aussi une plénitude quand l’esprit s’ouvre, s’offre, à ce qui se présente. L’union des chairs peut alors célébrer celle des esprits.

Cette peinture de l’intime, qui touche le lecteur en sa pensée (non pas en ses opinions préfabriquées), ouvre sur une colère. La beauté de la rencontre, une femme et un homme, un couple et une montagne, met en évidence la laideur d’un monde défiguré, qui dévisage, arrache le visage dans un cri qui n’est même plus salutaire.

Mieux, beaucoup mieux qu’un Houellebecq, pris dans les filets de son agent financier, pardon, « littéraire », lecteur trop tardif du Coran après avoir écrit son vulgaire « Soumission », Valère Staraselski, en quelques pages, à travers le monologue de l’un de ses personnages, oblige à la lucidité du temps présent et annonce les enjeux de ce siècle, fruit d’une grossesse pathogène, et les combats à venir, pacifiques peut-être, sans jamais perdre du regard l’océan de l’humanité, fut-il caché sous les brumes polluées de la fumée des usines.

Tout comme dans ce superbe et bouleversant roman intitulé Un homme inutile, réédité en 2011 au Cherche-Midi, l’amour, l’amitié, la rencontre, sont les révélateurs de la tragédie inhérente à la cité. La cité est toujours tragique insiste George Steiner. Alors, Valère Staraselki nous invite dans cet immense jardin naturel qu’est la montagne, une ultime proposition que nous ferions bien d’examiner avec attention.

Valère Staraselki écrit au plus près de lui-même, sans détour, sans mensonge. Nul auto-portait toutefois. La personne s’efface pour laisser place à l’être. Le lecteur qui accepte de se découvrir, dans un compagnonnage précieux avec l’auteur, page après page, éprouvera une solitude tranquille, faite de gravité et d’espoir.

Editions Le Cherche-Midi, 23 rue du Cherche-Midi, 75006 Paris.

www.cherche-midi.com

 

Site de l’auteur : www.valerestaraselski.net

Henry Corbin et Carl G. Jung

Autour de Jung. Le bouddhisme et la Sophia par Henry Corbin, Editions Entrelacs.

Henry Corbin (1903-1978), penseur et chercheur éminent, l’un des philosophes et orientalistes les plus pertinents qui soient, n’a pas eu en France la réception qu’il aurait dû connaître. Spécialiste de la spiritualité islamique, et de l’Imaginal, Henry Corbin a exploré bien d’autres domaines de la tradition et de la philosophie et laissé une œuvre considérable encore à découvrir.

Henry Corbin a rencontré Jung dans le cadre du Cercle d’Eranos fondé par Olga Fröbe Kapteyn sur une suggestion de Jung. Eranos a rassemblé de nombreuses personnalités dont Mircea Eliade, Gilbert Durand ou Hermann Hesse…

Ce livre, publié par Michel Cazenave rassemble des textes épars selon la forme suggérée par Stella Corbin. L’ordre dans lequel les textes se présentent n’est donc pas contraignant. L’ouvrage est composé de deux parties. La première partie, C.G. Jung et le bouddhisme rassemble quatre textes, Le Zen (sur Le Livre de la grande délivrance) – La Terre pure (sur La psychologie de la méditation orientale) – Le livre des morts tibétains (sur le Bardo Thödol) – L’alchimie taoïste (sur le Secret de la Fleur d’or) suivis d’une conclusion sur le sujet du Soi et de la Sophia qui introduit à la seconde partie de l’ouvrage, Réponse à Job, consacrée à la Sophia. Plusieurs annexes complètent cet ensemble.

Couv Corbin Jung

Plutôt que de C.G. Jung et le bouddhisme, il aurait fallu parler des bouddhismes en certains de ses aspects, d’autant que C.G. Jung s’appuie beaucoup sur les communications de D.T. Suzuki aux rencontres d’Ascona où se réunissait le Cercle d’Eranos.

Le regard d’Henry Corbin porté sur le regard de C.G. Jung sur d’autres regards est riche d’interprétations, de questionnements, de pistes à suivre. Il est aussi, parfois, nécessairement limité. Ainsi, l’approche psychologique du Secret de la Fleur d’Or et des alchimies internes est un contre-sens car, paradoxalement ces voies internes sont mises en œuvre hors de toute dimension psychologique, le non-conscient n’étant pas l’inconscient de la psychanalyse. Bien plus pertinents sont les écrits relatifs à la Sophia, cette opérativité perdue qui toutefois demeure. La voie sophianique se déploie ici en trois séquences, l’absence de Sophia, toutefois pressentie (est-elle alors absente ?), son actualisation dans la conscience, ici et maintenant, l’anthropomorphose divine, son exaltation enfin. L’étude de Corbin / Jung sur la Sophia porte de remarquables intuitions. Par exemple :

« Dieu veut changer sa propre essence. Ce ne sont pas des hommes nouveaux qui doivent être créées, mais un Seul, l’Homme-Dieu. Et le grand renversement s’accomplira : le second Adam ne doit pas sortir immédiatement et directement des mains du créateur : il doit être engendré par l’être humain féminin. Ce n’est pas seulement au sens d’un événement dans le temps mais en un sens substantiel, que la primauté échoit à la seconde Eve. De même qu’un Adam vaut comme l’androgyne originel de même « la femme avec sa postérité » vaut comme un couple humain : la Regina caelestis et mère divine, et le fils divin qui n’a pas de père humain. L’Evénement annonce l’indépendance et l’autonomie de la Vierge Mère à l’égard de l’homme, du mâle. Elle est une fille de Dieu. C’est ne pas voir où se situe cet Evénement que de rejeter comme une simple définition dogmatique, le privilège de la Conceptio immaculata, exemptant la Vierge Mère de la souillure du « péché originel ». La Vierge Mère ne porte pas seulement l’imago Dei ; comme fiancée divine, elle incarne son prototype, la Sophia. »

Les sophiologies, à la fois diverses et une, exigent une méditation plutôt que des exégèses, c’est à cette méditation que nous invite Henry Corbin. L’exploration de chemins, tantôts directs, tantôts serpentins, parfois culs de sac, conduit à ce Silence où règne la Sophia Esprit-Saint.

La lecture de Jung par Henry Corbin évoque le véritable Jung et non celui formaté par l’université après sa mort. Elle rend vivante une pensée que d’aucuns s’emploient à stériliser comme l’a démontré les réactions à la sortie du Livre Rouge.

Editions Entrelacs, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris.

http://www.dervy-medicis.fr/

Antonio Brasileiro

Le vent et la pierre / O vento et a pedra, anthologie bilingue, par Antonio Brasileiro, Editions Rafael de Surtis.

Poète-philosophe et artiste-plasticien, Antonio Brasileiro n’est pas inscrit dans une nécessité esthétique, écrire, nous dit Rita Olivieri-Godet dans son avant-propos, est pour lui « un acte inséparable de sa difficulté d’être-au-monde, qui se justifie à travers sa détermination à vouloir explorer l’impénétrabilité de l’être et du monde, un acte inutile – puisque l’énigme persiste au-delà des révélations fugaces -, mais sincère ». Cette inconditionnalité paradoxale fait partie des composants de l’essence poétique présents chez Antonio Brasileiro, au côté de « « l’intranquillité » qui l’envahit » nous dit-elle, un mot qui traduit mal, depuis Fernando Pessoa, le « desassossego » portugais qui vogue sur l’océan de la « Saudade ». Nous sommes en pleine « portugalité » telle qu’elle s’est étendue, fluide et subtile, dans les territoires brésiliens de l’imaginal. Autres composants de cette poésie de la lucidité qui voile et dévoile, le jeu de la présence et de l’absence, d’une présence qui se révèle insaisissable et d’une absence insupportable de présence et la maison de l’Être, concept heideggerien qui se fait ici chair poétique. Autre jeu qui tisse cette poésie le double rapport entre l’hypercomplexité humaine et son exaltation. Rita Olivieri-Godet évoque « un poème qui célèbre le faire poétique traversé par une intense charge lyrique ».

Rutilance

Parce que le monde est vraiment immense

et que mon cœur n’est que pur désastre ;

parce qu’immense est l’âme, et le corps

à peine

un constat ;

perce que nous ne sommes pas ici simplement pour causer,

mais

pour mourir

comme le font tous :

alors je me dis à moi-même : sois fort ;

mais je dis aussi : sois faible,

car tout est rutilance et nous, passants,

avec nos hâtes et nos envies

pour rien.

 

Mais parce que le monde est vraiment immense

Et immense est l’âme,

Alors j’écris et j’écris et j’écris et j’écris.

Sûrement pour rien. Oui. Sûrement pour rien.

 

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint-Michel, 81170 Cordes-sur-Ciel

http://www.rafaeldesurtis.fr/

Mohammed Taleb

Nature vivante et âme pacifiée de Mohammed Taleb, Editions Arma Artis.

Mohammed Taleb est philosophe. Il préside l’association de philosophie « Le singulier universel ». Il enseigne l’écopsychologie à Lausanne et sa démarche, transdisciplinaire et intégrale, prend en compte les interactions complexes entre spiritualité, métaphysique, critique sociale, dialogue des cultures et sciences. Il s’inscrit donc dans une continuité dans laquelle nous retrouverons entre autres, Whitehead, Jung et Gilbert Durand.

L’écopsychologie, de facture récente, se développe à partir du principe d’un continuum entre la vie intérieure et la Nature vivante. Le mot « Nature » étant à prendre dans le cadre de la tradition stoïcienne, c’est-à-dire traversée, animée, par une « force vitale », selon Sénèque, nafas al-Rahman, le « souffle du Tout Miséricordieux » de la philosophie arabo-musulmane, qui nous rappellera le ki taoïste. Cette perspective d’orientation non-dualiste est ancienne puisque présente dans l’Antiquité. Le livre de Mohammed Taleb se présente comme une série de 7×7 portraits, qui donnent « à voir » une longue lignée de penseurs, à la fois, nous dit-il, « intellectuelle, poétique et spirituelle » qui va de Plotin à Henry-David Thoreau, d’Ibn’Arabi à Rabindranath Tagore, de Hadewijch d’Anvers à Carl Gustav Jung.

Couv Mohammed

Cette vision et cette culture veulent rompre avec le modèle de pensée prométhéen de la rentabilité qui domine aujourd’hui à travers la « modernité capitaliste » non par une juxtaposition mais par une transposition qui conduit à une axialité de la pensée.

L’ouvrage propose donc sept regards, tous fondateurs, sur cette dynamique créatrice : PhiloSophia gréco-orientale (Pythagore, Plotin, Porphyre, Jamblique, Proclus) – La voie héroïque et cosmique de l’Islam (Le Coran, le Prophète Mohammed, Ibn Abdullah Ibn Sina, Moheyddin Ibn’Arabi, Abu Hamid al Ghazali, Abd al-Raman Djami, Al’Arabi Ad-Darqâwi, l’Emir ‘Abd el-Quader) Alchimie et Christianisme cosmique (Jean Scot Erigène, François d’Assise, Hadewijch d’Anvers, Maître Eckhart, Michael Maïer, Paracelse, Robert Fludd, Jacon Boehme, Serge Boulgakov, Nicolas Berdiaev, Olivier Clément) – Le feu de l’insurrection romantique (Goethe, Novalis, Caroline von Günderode, Franz von Baader, Henry David Thoreau, Lady Gregory, Yeats, Romand Rolland, Khalil Gibran) – Orients, de l’Inde au Japon (Rabindranath Tagore, Moreiheio Ueshiba, Toshihiko Izutsu) – Science et psychologie des profondeurs (Carl Gustav Carus, Alfred North Whitehead, Carl G. Jung, James Hillman, David Bohm) – Contre-culture, pensée écologique et sagesse contemporaine (Louis Cattiaux, Theodore Roszak, Paul Shepard, Bernard Gorceix, Pierre Hadot, Georges Gusdorf, Gilbert Durand, Emmanuel d’Hooghvorst).

Certains pourront s’étonner de liens jugés audacieux. C’est en raison d’une conception erronée de la lignée qui n’est ni linéaire ni temporelle ni historique mais relève, insistait Henry Corbin, d’une hiéro-histoire qui voit les pensées semences, jaillies en l’Imaginal, prendre vie selon des trajectoires serpentines souvent insaisissables, un non-procès qui garantit leur puissance contre une usure temporelle inévitable. Ces re-créations fécondes constituent de véritables guirlandes de l’éveil. Les donner « à voir », c’est désenclaver la pensée dualiste pour lui restituer sa fluidité créatrice nécessairement non-duelle.

D’une certaine manière, ce livre est un « manuel » de savoir être. Être à l’autre, être au monde, être à Dieu et aux dieux, être à soi et au Soi.

« Les chosifications de l’environnement et de l’humain sont deux aspects d’une unique crise, précise Mohammed Taleb. Si l’écopsychologie et l’écologie spirituelle appellent au dépassement de la modernité capitaliste, ce n’est point pour remettre en cause le principe de l’autonomie du sujet, mais pour contester, radicalement, l’individualisme quantitatif et utilitaire. L’humanisme écopsychologique, qui est celui de la haute lignée dont je parlais précédemment, est d’une autre trempe ! La figure de l’humain qu’il propose n’est pas l’homo oeconomicus, mais l’homo universalis, cher au néoplatonisme et à la Renaissance, et à sa tradition hermético-alchimique. En Islam, il est insan al-kamil, l’homme complet, universel… Il est un humain qui n’est pas seulement réconcilié avec l’univers, mais qui porte, en lui-même, dans son âme pacifiée, cet univers, ce cosmos vivant. Je parlerais ici d’un cosmohumanisme ou d’un écohumanisme. C’est cet humain, et lui seul, qui est capable de responsabilité, de compassion, d’intelligence à l’égard de tous les vivants, capable d’une amitié environnementale. »

On le voit, la contribution de Mohammed Taleb, fondamentale, envisage une double inclusivité, celle, axiale, que nous qualifions habituellement d’éveil, et celle, spiralaire, de la réintégration de toutes les périphéries environnementales, sans compromis. Une « alliance de feu » nous dit-il.

Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.

http://arma-artis.com/editions-accueil.php