Stephen Jourdain

Le Rien aux bras de Tulle de Stephen Jourdain, Editions L’Originel-Charles Antoni.

Ce recueil de pensées, « lumières en vrac », heureusement non commentées, de Stephen Jourdain, est comme un kata de Iaido. Sobre, il tranche l’égo. Il tranche avant et après.

Si le monde tournait à l’endroit, nul doute que nous nous inclinerions devant la primauté de ce raptus : moi ; et obéirions à la demande instante qu’il nous fait de le DEVENIR ; ayant dès lors parcouru l’étrange chemin qui mène à l’ÊTRE, nous serions.

 

« Il ne serait donc que de trouver LE TRUC. Ce coup de bol inouï que fut mon éveil à seize ans vint par la grâce d’un truc. »

Et c’est la vérité. Cette floraison abrupte de moi s’ouvrant elle-même sans fin fut et demeure un truc. Un truc souverainement simple et efficace –mais bien un truc.

Inévocable simplicité et efficacité de l’acte miraculeux par lequel, m’appelant à l’existence, j’atteins à l’existence !

JE SUIS égale JE ME FAIS ÊTRE.

 

Seul un bouchon flottant sur l’eau

Peut en appeler à la bascule

D’un fait réel fait pour les sots

Vers le rien aux bras de tulle

 

Ce filet de néant qui ourle notre être terrestre et notre être pensant, fracassant en deux tronçons ennemis et le continuum moi-monde et le continuum moi-moi, est hallucinatoire.

Je le clame de toutes mes forces : tout non-moi est hallucinatoire.

 

Fais le voyage jusqu’au tréfonds de l’intimité de toi-même, et sois.

 

Editions L’Originel Charles Antoni, 25 rue Saulnier, 75009 Paris

http://www.loriginel.com/

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Danser sur l’eau avec Mooji

Danser sur l’eau. Paroles spontanées, intuitions et dessins de Mooji, Editions Almora.

Les paroles, pensées et calligraphies s’offrent d’être à être dans la simplicité de ce qui demeure. Mooji dit ne pas enseigner mais « refléter seulement ce dont il fait l’expérience directe ». Ce pur miroir n’enseigne pas, il éveille. Une sagesse quotidienne se maille avec des fulgurances qui transpercent l’apparence :

L’ultime ruse du mental-ego

c’est de se glisser derrière le concept du témoin.

Il dit alors :

« Je ne suis rien de ce qui est perçu ».

Seul le sage détectera sa présence

et le déracinera.

 

*

 

La mort

est une des grandes idées de Dieu

car la peur de l’extinction

amène l’esprit

à rechercher ce qui est immortel –

notre Être non né.

 

*

 

L’Amour,

s’explorant et faisant l’expérience de lui-même,

telle est notre expression.

 

En amont, bien que la manifestation en soit imminente,

nous sommes l’infini et l’indivisible,

Un.

 

Là,

avant et au-delà même

de l’immaculée conception :

« Je Suis ».

 

*

 

Parfois

la Grâce t’appelle vers le Vide,

mais tu t’attaches une corde autour de la taille,

amarrée à ce qui est apparemment connu.

 

Comme ça, au cas où tu trouves le vide menaçant,

tu peux vite te raccrocher à ce qui t’est familier.

 

Et tu remercies Dieu pour ce sauvetage !

 

*

 

Je suis ton absence

et tu es ma présence.

Tu es mon absence

et Je suis ta présence.

 

Et là où ces deux se rencontrent,

une disparition se produit.

Le Non né est révélé.

 

Mooji fut proche de Sri H.W.L. Poonja. Il commença à animer de satsangs après le mort de Poonja. Ce recueil rassemble des pensées inscrites par Mooji dans un carnet au cours des dix dernières années.

S’éveiller

c’est reconnaître clairement

Ce qui est déjà parfait

en toi-même.

Editions Almora, 51 rue Orfila, 75020 Paris, France.

www.almora.fr

Les Hommes sans Epaules, dossier Alain Borne

Les Hommes sans Epaules n°39

La revue dirigée par Christophe Dauphin débute ce numéro par un Communiqué de la revue sur le drame de Charlie Hebdo. Intitulé A Charlie et aux autres, l’équipe des HsE ne tombe pas dans le piège multimédiatique et politique du consensus de circonstance autour de Charlie. Plutôt que d’être de nouveau Charlie trop tard, la revue appelle à défendre la liberté et les libertés d’instant en instant sans faire la moindre concession aux lobbies et aux diplomaties, souterraines ou non.

En guise d’éditorial, le lecteur trouvera le discours d’Yves Bonnefoy prononcé à Guadalajara en 2013 à l’occasion de la remise du Premio Fil 2013 de littérature en langues romanes. Ce texte inédit insiste sur la poésie de la langue, notamment espagnole et de la puissance du mot comme évocation de l’expérience sensorielle. Tout comme Georges Steiner, il pense que Babel est une chance, que la multiplicité des langues est une richesse infinie malgré la difficulté immense de la traduction.

Deux poètes sont largement présentés, Lucien Becker et Claude Vigée, un poète de la blessure et un poète de l’exil. Pour Lucien Becker, un poète « est simplement un être qui a le sens aigu de tout ce qu’une existence humaine peut comporter de poignant, de tragique, de résolument invivable ». Pour ces deux poètes, le poème apparaît comme une réponse à la blessure, à l’exil, à la mort. Claude Vigée distingue avec beaucoup de pertinence les fonctions, du cœur, de l’œil et de la parole : « la parole véritable surgit dans la langue à travers l’acte de l’œil et l’acte du cœur. Parce que l’œil capte le monde, non seulement reçoit le monde en nous mais nous permet également de nous donner au monde, de nous abandonner puis de nous recevoir de nouveau. Et c’est ensuite, plus tard seulement, que cette parole de vie, ce jaillissement, – à double mouvement vers le monde et à partir du monde, dans nos profondeurs, que la parole parlée, comme la nature naturée chez Spinoza, doit être proférée. »

Le dossier de numéro 39 est consacré à Alain Borne : « c’est contre la mort que j’écris ! ». Alain Borne (1915 -1962) se présente comme un poète de l’amour, thème essentiel de son œuvre avec la mort, œuvre dans laquelle la femme, « à la fois vitre et miroir face au monde » suggère Christophe Dauphin, est médiatrice mais aussi initiatrice.

 

Je vais t’aimer

je vais ne plus rien vouloir

dans mes yeux que ton visage

je vais ne supporter mes mains

que caressant ton corps

je vais n’accepter l’espace

que si tu l’occupes

je vais n’être rien

qu’à l’instant de te posséder

je vais

mourir interminablement je vais

vivre si tu vis contre moi

et quand ton plaisir viendra

comme les fleurs rouges sur le printemps vert

au sommet de ta chair je cueillerai

le bouquet de ta joie

afin d’y enfouir mon visage

en y mêlant mon bonheur devenir

un vivant ivre de vie

et crier que vivre est bon

lorsque vivre est vivre

lorsque vivre

est réunir nos deux sangs

lorsque vivre

est te traverser et te devenir

et ne savoir même plus que je te suis.

 

Autre poète à découvrir dans ce numéro, Yusef Komunyakaa, de son vrai nom James William Brown junior, poète new-yorkais qui est né en 1947 à Bogalusa, ville étatsunienne ordinaire de l’époque, c’est-à-dire structurée par le racisme, les discriminations et les haines. Marqué par cette enfance puis par la guerre du Vietnam, Yusef Komunyakaa va devenir l’un des poètes les plus remarquables des Etats-Unis. Bien que HsE publie depuis 1992 des poèmes de Yusef Komunyakaa, son œuvre, essentielle, n’est toujours pas traduite en français.

 

 

Ode à l’asticot

 

         

Frère de la mouche à viande    

et divinité, tu fais merveille

sur les champs de bataille

dans les pavés de mauvais porc

 

et les asiles de nuit. Oui, tu

vas à la racine de toutes choses.

Tu es sain et mathématique.

Jésus, Christ, tu es sans pitié

 

avec la vérité. Ontologique et brillant,

tu jettes des sorts sur les mendiants et les rois

derrière la porte de pierre du tombeau de César,

ou tu creuses une tranchée dans un champ d’ambroisie.

 

Aucun décret ni crédo ne peut te mettre hors la loi

car tu défais toute chose vivante. Petit

maître de la terre, personne ne gagne le ciel

sans passer d’abord par toi.

 

Sommaire de ce numéro qui propose encore bien d’autres poètes : Editorial : « Discours de Guadalajara », par Yves Bonnefoy – Communiqué de la rédaction des HSE, « À Charlie et aux autres » : Charlie Bebdo – Les Porteurs de Feu : Lucien Becker par Karel Hadek, poèmes de Lucien Becker, Claude Vigée par Paul Farellier, poèmes de Claude Vigée – Le poème de la résistance : « J’atteste », par Abdellatif Laâbi – Ainsi furent les Wah : Poèmes de Annie Salager, Alain Brissiaud, Derek Walcott, Jean-Louis Bernard, Denis Wetterwald – Dossier : Alain Borne, c’est contre la mort que j’écris ! par Christophe Dauphin avec des textes de Guy Chambelland, Henri Rode, poèmes de Alain Borne – Une voix, une oeuvre : Yusef Komunyakaa, par Christophe Dauphin, poèmes de Yusef Komunyakaa – Dans les cheveux d’Aoûn, proses : André Prodhomme, par Monique W. Labidoire, poèmes de André Prodhomme, Colette Klein, par Armand Gausset – inédits, poèmes divers, notes de lectures, etc.

 

Les Hommes sans Epaules, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen – France.

http://www.leshommessansepaules.com/