Stephen Jourdain, le lexique

Petit lexique spirituel à l’usage du chercheur inlassable de Stephen Jourdain, Editions L’Originel – Charles Antoni.

Et voici le lexique du vocabulaire de Stephen Jourdain, un outil nécessaire tant Stephen Jourdain utilise les mots dans un sens très spécifique. Evidemment conscient du piège dans lequel l’usage aristotélicien du langage nous conduit, il s’est toujours efforcé de faire un usage précis des mots pour donner le pressentiment de ce que le langage ne peut approcher.

Il est cependant paradoxal que Stephen Jourdain reproche parfois aux uns et aux autres l’usage fait de tel mot ou tel autre. Ce n’est qu’une question de référentiel et parfois un mot mal défini vaut mieux qu’un mot trop défini pour atteindre sa cible.

Le Petit lexique spirituel est indispensable pour lire Stephen Jourdain et favoriser l’expérience bouleversante qu’il veut produire dans la conscience du lecteur ou de l’auditeur. Déjà Whitehead avait compris la nécessité de spécifier son vocabulaire et de créer des mots adaptés à ce qu’il voulait dire.

Stephen Jourdain passe en revue le lexique courant de la spiritualité : « éveil » bien sûr, qui pour Jourdain égale « moi », mais non le moi-objet qui s’impose à la conscience, « illumination », « dieu », « esprit », « intellect », « concept », « mental », « âme », « énergie »… mais aussi « réalité » « réalité saine, authentique », « pseudo-réalité », et encore « rire » ou « cigarette ». On le voit, ce lexique ne sert pas seulement à « bien lire » Jourdain, c’est un essai à part entière qui en clarifiant les concepts, dénude l’expérience. Les mots dialoguent entre eux de manière intransigeante, c’est la caractéristique première de la pensée de Stephen Jourdain, l’intransigeance. Chaque mot étant devenu tranchant comme la lame du sabre, il peut alors couper dans l’apparaître pour désorienter dans les périphéries de l’être et réorienter dans une axialité parfois brutale mais sublime.

L’un des thèmes qu’il dissèque remarquablement est celui du « jugement » :

« Tu apercevras le sujet du jugement comme un être.

Ne pas respecter cette prescription, cela serait faire quoi ? Apercevoir le sujet comme une généralité. Une telle exaction existe-t-elle ? A l’évidence, oui, c’est le propre du faux amour, celui qui s’adresse à l’être humain en général, et non à cet être humain. Mais il ne me semble pas que ce soit là, pour notre être le plus intime, le plus central, le nom de la tentation mortelle qui le guette.

Tu apercevras le prédicat du jugement comme un vide existentiel absolu.

(…) Le jugement sain attribue une qualité à un sujet, parle de la manière d’être d’un être. Le jugement perverti ou malade attribue, scandaleusement, un sujet au sujet, parle comme d’un être de la manière d’être d’un être ! Mais pourquoi ce « dérapage » du jugement prédicatif serait-il plus qu’une erreur formelle ? Pourquoi les conséquences de la violation du commandement « Tu apercevras le prédicat du jugement comme un vide existentiel absolu. » sont-elles, spirituellement et existentiellement parlant, si graves, à ce point dévastatrices ? (…)

C’est qu’en fait, la violation du commandement dont nous parlions à l’instant, en apparence bénigne, implique en amont d’elle-même la violation d’une des lois fondamentales de l’intelligence humaine, qui définit la manière dont celle-ci doit relier l’individu au genre, et l’individu à l’individu. (…)

A mon avis, attribuer une qualité à un sujet, c’est inclure un individu dans un genre. Former le jugement « Pierre est humain », c’est inclure Pierre dans le genre homme. Vous commencez à entrevoir pourquoi la qualité attribuée est, par essence, non-existante ?

Penser l’individu d’un genre, c’est une même chose que le penser comme existant. Pierre, à l’évidence, est pensé comme un individu, Pierre est pensé comme existant.

Penser un genre, c’est une même chose que le penser comme non-existant (essayez de penser le genre homme, c’est-à-dire l’infinité des hommes existant, ayant existé, pouvant exister, comme existant !). « Humain » est identifiable au genre homme, « humain » est pensé comme non-existant.

Le vide existentiel absolu du prédicat est le vide existentiel absolu du genre. Quand, formant un jugement prédicatif, mon intelligence « dérape » et perçoit le prédicat comme un individu, mettant ainsi en scène la collision, mieux, le raboutage hallucinatoire et blasphématoire de deux individus, le crime intellectuel effectivement commis est l’individualisation du genre. »

Non seulement, Stephen Jourdain met en garde, c’est un classique des voies d’éveil, contre la réduction du sujet à son attribut, mais il démontre, et c’est d’une pertinence rare, comment la confusion entre individu et genre conduit à une perversion et une aliénation. En invitant le lecteur à réintroduire le « comment ?» là où il pense « quoi ? », il indique le rapport renouvelé au langage qui autorise la sortie de l’histoire.

Davantage qu’un lexique, c’est un livre de surprises dont certaines pourraient se révéler salutaires.

Editions L’Originel Charles Antoni, 25 rue Saulnier, 75009 Paris

http://www.loriginel.com/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s