Jean-Pierre Lassalle

Il convient de Jean-Pierre Lassalle, 448ème Encres Vives.

Nous profitons de la publication de ce nouveau recueil de poèmes pour dire tout le bien que nous pensons de Jean-Pierre Lassalle, infatigable baladin des traditions et des avant-gardes.

Il a participé au Mouvement Surréaliste de 1959 à 1966 au côté d’André Breton et Marcel Duchamp. En marge de sa carrière universitaire comme professeur de Linguistique et Littérature françaises, il a publié de nombreux poèmes et il a notamment obtenu le Prix Henri Mondor de l’Académie française avec les Poèmes presques parus en l’an 2000.

Auteur de nombreuses études sur les grands poètes, nous avons particulièrement apprécié ses écrits dans la revue du Cercle Villard de Honnecourt de la GLNF, Les Cahiers d’Occitanie, l’une des meilleures revues maçonniques européennes, véritable lieu de pensée grâce à l’influence de Jean-Pierre Lassalle. Depuis 1983, il est aussi Mainteneur de l’Académie des Jeux Floraux.

Ce recueil propose une poésie exigeante et profonde, célébration de la langue, où la connaissance, l’amour, le sens du tragique s’orientent inlassablement vers la liberté de l’esprit.

 

En souffrance

 

Le désespoir des haies jusques à l’horizon

Mur après mur les ronciers les randals

L’alignement de l’infranchi des buis

L’hyèble douceâtre et le déchirement des roumes

La rare éclosion des gemmes au cœur de l’étonnure

Et l’irruption bourrasque de Sarolta fantasque

Une vie de hardées à l’infini tristesse

Avec le seul orient des perles de l’amour

Souffrant toujours souffrant jusqu’au dernier clivage.

 

Alep

 

Le glacis d’Alep est muraille d’hipparion

Gisant sous la pesée du sabot gigantesque

Mon corps est laminé en ces jours d’indiction

Ne demeure que vie de rampement d’exsangue

Alep admirable ville du grand fardeau

Je fuirai cependant vers l’Oronte sinople

Filigrane d’argent de mon corps glorieux

Mourir cétoine bleue sur le glacis d’Alep.

 

Il convient est la devise autographe d’Antoine Lassalle (1386-1460), elle sied parfaitement à notre autre Lassalle, poète-chevalier qui manie la plume comme l’épée de l’esprit.

 

Encre Vives. Michel Cosem, 2 allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

http://encresvives.wix.com/michelcosem

 

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Le Message Retrouvé de Louis Cattiaux

Le Message Retrouvé de Louis Cattiaux, Editions Dervy.

Les Editions Dervy nous offre une très belle réédition du Message Retrouvé, ce texte magnifique et fondamental, peut-être le texte le plus important du XXème siècle dans les domaines de la spiritualité, de la métaphysique et de l’alchimie.

Le MR porte un regard nouveau sur ce qui est ancien « plus ancien que l’ancien » devrait-on dire, sur ce qui demeure ; un regard nouveau c’est-à-dire non conditionné par les idiosyncrasies culturelles temporelles. Bien sûr, il ne peut s’extraire totalement des limites du langage mais la puissance poétique du texte libère les mots des contingences inévitables.

Louis Cattiaux (1904 – 1953) fut l’un des grands esprits du siècle dernier. Féru d’alchimie, peintre qui renouvèle l’alliance entre Tradition et avant-gardes, son rayonnement discret est considérable et c’est au XXIème siècle que son œuvre connaîtra l’influence qu’elle mérite. En 1950, il rencontra Charles d’Hooghvorst. De cette rencontre, naquit un mouvement important qui permit la première édition du MR en 1956.

Couv MR

Le MR est orienté tout entier vers ce qui est inscrit dans les anciens textes traditionnels, il en a le parfum nous dit Lanza del Vasto dans sa célèbre préface. Louis Cattiaux nous dit que le MR contient « une initiation et une mystique étroitement unies et présentées sous une forme tellement concentrée que cela exige plus que la lecture ordinaire, les mots étant dépassés par la révélation et l’ouvrage se présentant comme de l’air liquide qui a acquis d’autres propriétés extraordinaires, mais invisibles au premier examen… » Ce texte se médite longuement, il se polit, il se travaille comme l’alchimiste traite sa matière.

Le MR se présente sur deux colonnes. L’une rassemble les versets qui traite de l’externe, l’autre ceux qui traitent de l’interne mais ceci dans un jeu de miroirs subtils qui introduisent à l’essence, de la dualité à la non-dualité. Emmanuel et Charles d’Hooghvorst, dans leur présentation, précise :

« Chacun des versets comporte plusieurs sens en profondeur, la colonne de gauche donne généralement les sens terrestres : moral, philosophique et ascétique ; la colonne de droite donnant les sens célestes : cosmogonique, mystique et initiatique. Parfois ces versets sont complétés par un troisième placé au milieu de la page, accordant les deux autres dans le sens alchimique qui unit le ciel et la terre, touchant au mystère de Dieu, de la création et de l’homme ; ce sens le plus profond, il n’appartient qu’à Dieu de le découvrir à l’homme pieux. »

 

 

22 C’est quand nous renonçons à comprendre que nous commençons à comprendre réellement.
– C’est quand nous renonçons à rien expliquer que nous commençons à nous faire entendre et à être compris réellement.
     22′ Celui qui baigne dans la clarté du feu intérieur, est comme idiot dans le monde, cependant il est seul vraiment éclairé.
 » Pour approcher la vérité, il faut être nu comme elle. « 

 

23 Ne sois que toi-même, n’interroge que toi-même, ne pénètre que toi-même, ne te perds qu’en toi-même, ne te trouve qu’en toi-même, ne repose qu’en toi-même et tu approcheras le Seigneur du dedans, qui accomplit toutes choses en toi sans toi.      23′ La création, l’homme, l’art ne sont pas perfectibles, en ce sens qu’ils sont seulement dévoyés et que leur plus parfait accomplissement n’est que le retour à leur perfection initiale.
 » Il y a mieux que saisir l’évidence de la vie, c’est participer à sa pureté primitive. « 

 

23″ Supporte-toi,
Aide-toi,
Cherche-toi,
Découvre-toi,
Connais-toi,
Accomplis-toi,
avec l’aide du Seigneur du ciel.

 

24 La semence des astres est cachée dans la terre. 24′ Le limon de la terre est la première créature.

 

Le MR se développe en nous par la pratique répétée du texte. Il n’est pas une nouvelle révélation, il opère alchimiquement pour que notre nature originelle et ultime divine se révèle par elle-même, graduellement ou spontanément dans le champ infini de notre conscience libre. Le Message Retrouvé est un compagnon de queste précieux et rare.

Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

http://www.dervy-medicis.fr/

 

Site sur Le Message Retrouvé : http://www.lemessageretrouve.net

 

Le Dzogchen de Longchenpa

Longchenpa, anthologie du Dzogchen. Ecrits sur la Grande Perfection, introduction, traduction du tibétain et notes de Tulku Thondup, Editions Almora.

Lonchenpa ou Longchen Rabjam (1308-1364) est l’un des grands maîtres tibétains qui s’est consacré à cette voie directe tout à fait remarquable qu’est le dzogchen ou « grande perfection ».

Couv Loncchempa

Cette somme, traduite de l’anglais est parfaitement accompagnée par les commentaires et notes de Tulku Thondup Rinpoché, érudit et pratiquant de premier plan.

L’ouvrage est divisé en trois parties. La première partie analyse le contexte du dzog chen par de nombreuses définitions et distinctions, entre soutra et tantra, entre tantras externes et tantras internes ou encore entre les trois tantras internes. Tulku Thondup Rinpoché précise également les divisions de l’atiyoga, Semde, Longde et Men-Ngag-De avant d’expliciter la supériorité de cette dernière sur les deux autres divisions. Il observe les enseignements et pratiques du dzog-chen au regard des autres yanas et traditions. Le but du dzog-chen est la réalisation de l’essence du Bouddha. Nous sommes dans une tradition non-dualiste dont l’enseignement apparaît très scientifique, voire même « chirurgical » tant l’analyse des étapes est fine et rigoureuse et l’ajustement de la pratique précis. Peu de traditions ont porté si loin l’exigence technique sans pour autant figer celle-ci dans un formalisme qui nierait la fluidité et la liberté du Réel.

Tulku Thondup Rinpoché consacre un chapitre à la vie des grandes figures du dzogchen moins pour des raisons historiques que pour illustrer les différentes formes d’apprentissage et de réalisation.

La deuxième partie restitue brièvement la vie de Longchen Rabjam et sa place exceptionnelle dans les lignées des grands maîtres tibétains : « Parmi les maîtres du dzogpa chenpo, confie Tulku Thondup Rinpoché, depuis l’époque de Gourou Padmasambhava et Vimalamitra (IXème siècle), Kunkhyen Longchen Rabjam (Kun-mKhyen Klong-Chen Rab-‘Byams, 1308-1363) fut le plus grand expert, méditant, philosophe et écrivain. ». Le portrait de cet homme exceptionnel permet de mieux comprendre son influence considérable sur ce courant ésotérique.

La troisième partie de l’ouvrage rassemble les textes fondamentaux de Longchenpa. Cette anthologie propose trois grands ensembles, la base, la voie, le résultat. Les enseignements présentent une double caractéristique, gradualiste et subitiste. Chaque étape doit être réalisée avec précision avant de passer à l’étape suivante. Mais en chaque étape, l’intervalle, l’accès direct demeure toujours présent, les étapes sont une actualisation de ce qui est déjà là.

« Alors détendez-vous naturellement et spontanément dans l’esprit-au-présent lui-même sans efforts ni imputations. Quelles que soient les pensées qui apparaissent, contemplez à l’intérieur [de l’esprit-au-présent] en vous détendant de manière ordinaire, tel quel et dénudé sans rejets ni acceptations. Être dans l’essence qui est libération par la vision ; dans la nature qui est libération par la réalisation et la caractéristique qui est l’auto-libération est l’état naturel de l’esprit. Quoiqu’il apparaisse [dans l’esprit], traitez-le sans y prêter grande attention, l’esprit reste alors dans l’état naturel de la conscience intrinsèque et la réalisation par elle-même surgit naturellement. A cet instant, sans l’influence d’aucun attachement, que ce soit de rejet ou d’acceptation, restez dans la conscience intrinsèque immuable, la sagesse primordiale instantanément libérée, [l’union de] la félicité, la clarté et l’absence de concepts. »

La force de cet enseignement réside dans la capacité de Longchenpa de préserver la finalité de l’œuvre en chaque reflet de celle-ci qu’il soit exposé scientifiquement ou poétiquement ou les deux à la fois.

Tulku Thondup a accompli un travail considérable pour rendre ces textes disponibles y compris à un lecteur non averti. Tout lecteur familier des approches non-dualistes trouvera matière ici à enrichir sa propre pratique même s’il ne s’inscrit pas dans la voie du dzogchen.

Editions Almora, 43 avenue Gambetta, 75020 Paris, France.

www.almora.fr

Cinquième Empire

Ensaio sobre a doutrina do Quinto Império de Jacinto Alves, Chaido Editora.

Cet ouvrage s’inscrit dans la perspective de la mission lusitanienne pour le monde. Le Portugal, ce grand pays, et son peuple, ce grand peuple, ont offert le monde à l’Europe dans un regard hautement spirituel fondé sur les mythes du Cinquième Empire et du Roi Caché et sur le culte du Saint Esprit.

Couv Jacinto

Jacinto Alves rappelle aux lecteurs que cette mission est transhistorique et fait sens à chaque âge de l’humanité. Si l’ouvrage participe à la vision lusophone développée par le Mouvement International Lusophone, le projet abordé est bien universel.

C’est par un renouvellement de la doctrine du Cinquième Empire qu’une nouvelle alliance avec la fonction politique et même une restauration du Politis est étudiée ici sur la base du rationalisme chrétien. A travers la doctrine du Cinquième Empire, c’est l’aspect révolutionnaire du christianisme originel qui est évoqué. Cette doctrine est initiatique et la question posée, essentielle, est de son application en toutes les dimensions de la société. Il s’agit bien de réaliser une projection sociétale de la Jérusalem Céleste sur terre et d’établir un nouvel ordre économique et social.

Nous retrouvons dans ces pages la question de la queste du Graal, la mission de l’Ordre du Temple devenu l’Ordre du Christ au Portugal, l’influence des franciscains et des jésuites dont sont extraits valeurs, critères, croyances créatrices. Tout comme à l’époque des Découvertes, Jacinto Alves insiste sur la nécessité scientifique de la démarche. Il s’agit bien d’une science de l’Esprit, une science fondatrice pour une nouvelle aventure destinée à l’émergence du nouvel homme, de l’homme complet, au développement duquel contribuent toutes les traditions initiatiques.

Jacinto Alves passe de la doctrine du Cinquième Empire à une doctrine de la citoyenneté universelle que le Portugal est sans doute le seul à même à expérimenter. Le Portugal est destiné une nouvelle fois à être le laboratoire de l’humanité. S’il s’agit bien d’une utopie, il faut l’entendre comme « ce qui n’est pas encore là mais doit advenir ».

De très nombreux auteurs portugais, malheureusement absents en France, ont porté et portent ce message. Si tout le monde connaît Fernando Pessoa, de nombreux penseurs essentiels nous sont inconnus, de Leonardo Coimbra à Agostinho da Silva, qui forment pourtant une assemblée exceptionnelle dont les œuvres cumulées se révèlent un fantastique réservoir de créativités au service de l’humanité.

www.chiadoeditora.com

Poésie et psychanalyse : Une petite histoire de la psyché

Une petite histoire de la psyché ou quelques reflets de l’âme dans le miroir de l’inconscient de Jean-Claude guillaume, collection Psychologiques, Editions L’Harmattan.

Jean-Claude Guillaume est pédopsychiatre et psychanalyste et secrétaire de la Fédération française de psychothérapie psychanalytique pour l’enfant et l’adolescent. Ouvert à d’autres modèles de pensée que le modèle psychanalytique, Jean-Claude Guillaume aime explorer les croisées des chemins, là où les rencontres sont créatrices, et les chemins buissonniers qui restaurent l’être.

Couv psyché

Avec ce nouvel essai, Jean-Claude Guillaume, ouvre un dialogue fécond entre poésie et psychanalyse pour approcher l’intime de la psyché humaine. Conscient que la poésie et son langage crépusculaire, qui nous rend bilingue dans notre propre langue comme le suggère George Steiner, constituent un merveilleux vaisseau pour plonger dans les profondeurs de l’âme, il s’appuie sur la clinique pour approcher les subtilités inconscientes de l’expérience humaine qui apparaissent dans la poésie, à la fois en détour et en nudité totale, et nourrit la clinique de cette poésie qui seule peut rendre compte, un compte imaginal selon Henry Corbin, de la réalité. Jean-Claude Guillaume évite ainsi l’erreur dualiste et s’oriente vers un indispensable regard non-dualiste.

En posant deux questions auxquelles nul ne peut répondre sans mensonge par un schéma thèse – antithèse – synthèse mais que l’on peut rendre particulièrement fécondes dans un processus thèse – antithèse – antithèse – antithèse – etc., Jean-Claude Guillaume inaugure l’un de ces trop rares chemins serpentins qui vivifient la pensée. Deux questions donc : Le souffle a-t-il une image ? – Histoire, réalité, vérité ? Peut-on saisir l’âme dans une histoire ?

« Même puisée dans les livres, nous rappelle-t-il, l’histoire demeure une tentative de tisser le temps dans le fil du langage et des mots. Elle prend sa source au cœur de la psyché de l’adulte, et vient nourrir l’enfant attentif, avide de ces résonances imaginaires dont il a besoin pour s’organiser, gérer son monde, et développer cette créativité nécessaire à la vie. » Mais quand est-il de l’histoire que l’enfant pourrait ou voudrait raconter ? En effet le monde psychique est un jeu de miroirs complexe qui renvoie ou étouffe la lumière. Il nous faut établir un autre rapport au mot, à l’image, au rêve pour approcher la réalité qui permette un passage de l’interne à l’externe, une mise au jour elle-même rétroactive et donc susceptible d’établir un nouveau paradigme interne.

Par ce dialogue, rigoureux, entre clinique et poésie (la poésie est la discipline la plus rigoureuse qui soit, la science la plus exacte de toutes), Jean-Claude Guillaume renoue avec une modalité que la philosophie, notamment antique, a longuement développée pour ne pas figer le concept dans l’intellectualité mais lui donner corps, le faire chair, le rendre réellement vivant.

Ce que le corps dit, ce que le trouble énonce, constituent autant de signes d’un procès harmonieux ou chaotique de réalisation de l’être. De l’unité à l’atomisation, c’est la gamme infinie des expériences humaines qui se déploient. Bien avant les psychanalystes, les philosophes, les poètes, les auteurs, les prophètes et d’autres explorateurs ont navigué sur l’océan de la psyché, ont plongé dans ses profondeurs, se sont souvent noyés mais en sont parfois revenus plus complets, tout comme Ulysse de retour en Ithaque.

Les psychanalystes, quels que soient les écoles et les courants, se sont souvent enfermés dans une vision réductrice de l’insaisissable, assénant comme vérités leurs propres regards conditionnés, fermant la porte sur l’infini au lieu de l’ouvrir. En invoquant la puissance poétique, Jean-Claude Guillaume renoue avec l’esprit d’Eranos qui avait comme premier principe de ne rien s’interdire, de ne rien pétrifier, pour laisser libre le jeu de la pensée et de la vie. Ce livre s’adresse ainsi à tous ceux que la complexité de l’âme humaine concerne. En appelant dans ses pages un Léonard de Vinci, un Fernando Pessoa, un Georges Bataille, un René Char et tant d’autres qui surent donner par les mots l’intuition paradoxale du réel, Jean-Claude Guillaume, tout en éclairant la clinique, entretient le feu du mystère, ce feu sans lequel la connaissance est vaine.

http://www.editions-harmattan.fr/