Alain-Pierre Pillet

 

Alain-Pierre Pillet nous a quittés brutalement le 16 décembre 2009, à l’âge de 62 ans. Une mort devenue vie grâce, notamment, aux Amis d’Alain-Pierre Pillet qui, rassemblés en association, l’ADADAPP, font vivre son œuvre. Ils ont publié, aux Editions La Doctrine, le premier volume des Œuvres complètes d’Alain-Pierre Pillet.

Ce qui caractérisait la pensée ou la parole d’Alain-Pierre Pillet était sans doute l’élégance qui toujours pointait sous l’humour, la lucidité froide, la sensibilité exacerbée ou contenue. Cette élégance de l’être lui aura permis de traverser ce monde qu’il comprenait trop et qui le comprenait si mal à moindre douleur peut-être. Cet adepte de l’alternative nomade, voyageur des géographies physiques comme psychiques, fut un témoin étonnant de ce qui est là par ses regards décalés, éclairant soudainement ce que nous ne voulions voir.

Son humour qui le mettait à distance salutaire de l’autre, de l’ami qui trahit comme de l’ennemi qui passe, n’aura pas toujours suffit à le préserver. Les mots, avec plus de certitude, lui ont permis avec le talent étrange et délicieux qui était le sien, de s’échapper tout en révélant.

Ce premier volume rassemble tous les ouvrages publiés en autoédition à l’exception de Venezia Traviata qui sera intégré au volume cinq. C’est un volume très réussi, à la fois sobre et exigeant dans sa forme comme dans son contenu, les textes, poèmes ou proses, étant étayés par de nombreuses illustrations d’artistes comme Max Schoendorff, Pierre Nadal, Robert Lagarde, Jean Terrossian pour les signalisations du texte Les Dangers de la route, Anne-Lise Déhée et d’autres encore.

L’un des textes les plus surprenants est l’enquête André Breton à Venise, pour laquelle il recueillit quarante contributions, alors que Breton n’est jamais allé à Venise. Trois questions sont posées aux participants : Vous avez été à une époque de votre vie proche d’André Breton. Vous a-t-il parlé de Venise ? Quelles sont les rencontres entre le surréalisme et Venise ? Quels rapports entretenez-vous avec cette ville ? Parmi les réponses, nous trouvons celles de Nelly Kaplan, Léo Ferré, Jean Rollin, Edgar Morin, Philippe Soupault, Henri Pastoureau…

La force subtile et inattendue des mots et de la pensée d’Alain-Pierre Pillet se dévoile sans doute de manière plus évidente dans ses poèmes, comme lieu de l’intime.

 

L’aurore

 

S’enfoncer

dans l’amour

comme un pieu

dans sa soie

à peine

ourlée

de gouttelettes

rouges

et ton bras

étoilé

sur ma cuisse

ton bras

qu’enlacent au désir

et lacèrent

en sang

ces longs jours

d’incertitude

 

Mais elle émerge aussi, dans un temps autre, avec une grande évidence dans des irruptions :

 

Avis à la population !

La population n’aura plus lieu.

 

D’abord le rire ou le sourire, puis l’incertitude et le doute, le vide et le tragique presque prophétique. Alain-Pierre Pillet par ses regards sur la situation interrogent non seulement notre époque mais la nature humaine, et son mensonge sans cesse renouvelé, qui traverse les époques.

 

Editions La Doctrine, 11 rue Verte, CH-1205 Genève (Suisse).

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