Amo Afer

Amo Afer. Un Noir, professeur d’université en Allemagne au 18ème siècle de Simon Mougnol, Editions L’Harmattan.

L’histoire d’Amo Afer (1700 ? – 1754 ?) devrait être connue de tous comme symbole du combat permanent pour la liberté. Malheureusement, on note plus d’empressement à oublier Amo Afer qu’à le faire connaître.

Simon Mougnol est un universitaire camerounais spécialiste de logique et de philosophie des mathématiques, les domaines privilégiés d’Amo Afer. Cet ouvrage poursuit un double objectif : dresser le portrait d’un homme d’exception et vulgariser ses travaux, si importants et méconnus, mais il est aussi un magnifique et implacable plaidoyer contre l’esclavage, qui perdure, et le racisme.

Couv Amo Afer

Amo Afer fut kidnappé dans son village vers ses trois ans et embarqué pour la Hollande où il fut donné en cadeau à un duc allemand. Cette famille ducale va prendre en charge Amo, pour des raisons qui restent floues et lui permettre de poursuivre des études. Il deviendra un brillant universitaire malgré les multiples obstacles que la société européenne, sûre de l’infériorité des « nègres » dressa contre lui. Cette réussite universitaire, intellectuelle, sociale, absolument tragique en réalité, éclaire par contraste les croyances et les comportements aberrants de la vieille Europe, que certains aujourd’hui voudraient justifier ou effacer au nom d’un prétendu « apport du colonialisme ». L’esclavage, très ancien héritage européen puisqu’il se trouve justifié tant chez Platon et Aristote que dans la Bible, n’a jamais été si développé en nombre qu’en ce début de troisième millénaire. L’histoire d’Amo Afer s’adresse donc à nous tout particulièrement.

Mais ce livre nous présente aussi la pensée, très cohérente d’un grand encyclopédiste :

« Ceux qui se familiarisent avec ses écrits, nous dit Simon Mougnol, ou lisent les analyses des chercheurs sont frappés par une constante : il n’y a pas de discordance dans les idées émises par lui ; il eut pourtant à traiter de questions qui relèvent d’une pluridisciplinarité étonnante, mais il est resté le même penseur, le même homme : un homme qui reconnaît ses dettes et, surtout, un homme qui demeure fidèle à ses idéaux.

Il puisa dans la pensée occidentale développée depuis l’Antiquité de quoi se bâtir une ligne directrice. Il croyait en la Raison qui illumine tout, même les coins les plus sombres de nos plus bas instincts. Il donna foi aux Lumières qui jaillissent d’elle, qu’elle entretient. Ces Lumières qui chassent les ténèbres sur leur parcours sont comme un feu qui consume l’or pour le rendre pur : le siècle englué dans l’obscurité des préjugés, de l’ignorance de la vérité des philosophes, a besoin de passer par ce feu qui purifie.

S’il abominait la versatilité qui loge dans la mentalité humaine, le manque de constance dans la succession des visions des choses, il comptait sur la philosophie, comme un recours à la disposition des hommes qui ne veulent pas perdre le nord. »

Pour Amo Afer, conformément aux principes antiques, « Est philosophe celui qui vit en philosophe ». Sa pensée philosophique est pragmatique, elle s’inscrit dans la vie et ne reste pas spéculative.

Il faut faire découvrir le Professeur Amo Afer, sa vie et son œuvre, lire ce livre et le faire livre. En effet, à l’exception notable de l’excellente chronique de Grégory Mion dans le Stalker de Juan Asencio, la presse  et la critique préfèrent ignorer ce livre.

http://www.juanasensio.com/tag/amo+afer

http://www.editions-harmattan.fr

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