Les Hommes sans Epaules et la Beat generation

Les Hommes sans Epaules, n°42.

Voici un numéro très Beat puisqu’une bonne partie de cette nouvelle livraison des HSE célèbre les poètes de la Beat Generation : Claude Pélieu, Gregory Corso, Bob Kaufman, Lawrence Ferlinghetti, Allen Ginsberg…

L’hommage commence avec l’éditorial de Christophe Dauphin :

« Hier comme aujourd’hui, le monde a besoin de gens comme les beats, révoltés éblouis et pacifiques, clochards célestes, poètes hallucinés, étrangers au formatage généralisé de la société cybernétique. Davantage qu’une pratique d’un mode d’écriture ou d’un langage novateur, la Beat generation est un mode de vie contestataire, une révolte qui en appelle à la recherche d’autres espaces mentaux et géographiques, d’autres expériences où s’effaceraient les frontières (entre les gens comme entre les arts), la misère initiale, l’image d’une Amérique repliée sur elle-même. Les artistes de la Beat generation aspirent à devenir selon la formule d’Allen Ginsberg : « des vagabonds de la nuit, intelligents et melvilléens ». (…)

La mystique poétique et lunaire des beats est bien loin de la religion telle qu’elle pollue encore et toujours notre atmosphère.

Les poètes ont leur mot à dire sur le sujet. Pourquoi ? Parce que « le poète est celui qui transgresse pour notre compte la règle de l’accoutumance », nous dit Saint-John Perse. »

Le dossier Beat se révèle très actuel des deux côtés de l’Atlantique, entre la tentation populiste des USA et le faux débat laïcité/religion de la France. Christophe Dauphin en appelle à Abdellatif Laâbi pour redire ce qu’est ou devrait être la laïcité, contre tous les obscurantismes, y compris athées.

Le dossier, établi par Pierre Joris et Alain Brissiaud est consacré à Claude Pélieu, l’un des maîtres du cut-up, mais pas seulement, pour nous offrir une œuvre forte et réellement originale, toujours à découvrir. Le dossier, sans faire le tour d’un personnage complexe et nécessairement insaisissable, livre plusieurs facettes talentueuses de l’homme et de sa création, souvent dévastatrice.

 

Soupe de lézard

 

Odeur de bois vert.

Je rêve dans les prés bleutés de mon enfance.

 

Odeur de bois vert.

Les prés bleus de mon enfance.

Photos fanées d’une merveilleuse banalité

Salade de fruits, biscuits, piquette, violettes, boutons d’or. Derrière ces murs les haillons pourris de la « creative writing », les cerveaux morts des profs secoués de tics – plaques d’égouts fumantes – tout sombre dans les sargasses de crème fouettée. D’un côté poésie, de l’autre rien, moins que rien.

Les empires sur lesquels le soleil ne se couchait jamais. Je rêve. Temps doux. Début d’hiver sans neige. Le parfum des fougères toujours tenace.

Eventails de couleur disparaissant derrière les trembles & les peupliers.

La rivière ne fait guère de bruit, gardienne de tous les secrets.

Nuages orchestrant cette féerie.

Vrai, nous sommes du chromo, de la croûte.

L’herbe bleue recouvre tout ce qui germe.

Abeilles. Alouettes dans les blés d’automne.

La chasse est ouverte. Echos tristes au fond des canyons & des gorges touffues, silence dans la Sierra, le monde a un goût de cendre.

Tout est vendu. Invisibles dangers. Nuages plaqués contre le ciel pierreux. On dirait une peinture de Magritte.

Fantômes tombés du firmament.

Le sablier de l’éternité tout de leurs spectacles. 

 

Sommaire :

Editorial : « Le poète n’admet pas qu’on fonde une religion sur ses vertèbres ou sur son cerveau », par Christophe Dauphin – Le portrait des HSE : « Portrait du poète, à l’écharpe rouge : Pour Yves Bonnefoy » par Christophe DAUPHIN, avec des textes de Yves BONNEFOY  – Les Porteurs de Feu : Hans Magnus ENZENSBERGER, par Karel HADEK, Cees NOOTEBOOM, par César BIRÈNE, Poèmes de Hans Magnus ENZENSBERGER, Cees NOOTEBOOM –Ainsi furent les Wah 1 : Poèmes de Lawrence FERLINGHETTI, Gregory CORSO, Bob KAUFMAN, Vim KARENINE, Gérard CLERY, Odile COHEN-ABBAS, Alain BRISSIAUD  – Dossier : Claude PELIEU & la Beat generation, par Pierre JORIS, Alain BRISSIAUD, Poèmes de Claude PELIEU, Jack KEROUAC, Julian BECK, Allen GINSBERG, Carl SOLOMON, Pierre JORIS, Bruno SOURDIN, Ed SANDERS – La mémoire, la poésie : Allen GINSBERG le poète-Amérique, par Claude PELIEU, Christophe DAUPHIN, avec des textes de Allen GINSBERG – Ainsi furent les Wah 2 : Poèmes de Jacqueline LALANDE, Yves BOUTROUE, Frédéric TISON, Serge NUNEZ TOLIN, Martine CALLU, Patrick BEAUCAMPS, Samaël STEINER – Une voix, une oeuvre : Colette KLEIN, par Gérard CLERY, Poèmes de Colette KLEIN – Dans les cheveux d’Aoûn (prose) : Roger VAILLAND, l’infréquentable par Jehan VAN LANGHENHOVEN – Les Entretiens des HSE : « A propos de Pierre PINONCELLI », par Virgile NOVARINA, Marie-France DUBROMEL, avec des textes de Pierre PINONCELLI – Les pages des Hommes sans Epaules : Poèmes de Guy CHAMBELLAND, Elodia TURKI, Paul FARELLIER, Alain BRETON, Christophe DAUPHIN – etc.

Ce numéro, au sommaire remarquablement riche, introduit le lecteur à la Beat generation en évitant les nostalgies rêveuses et tardives, en quête d’une tension créatrice libérée des contractions de la médiocratie.

Les Hommes sans Epaules, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen, France.

http://www.leshommessansepaules.com/

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