Autour de Jean-Charles Pichon

Rencontres de Berder 2016 autour de Jean-Charles Pichon, association Les Portes de Thélème, Editions L’œil du Sphinx.

Le colloque de Berder-Ligoure de 2016 a rassemblé pendant près de trois jours treize intervenants et de nombreux participants autour de l’œuvre de Jean-Charles Pichon, une œuvre qui semble de plus en plus devoir être entendue au cours de ce siècle.

Couv rencontres-de-berder-2016

Sommaire : Charlotte-Rita Pichon, La double face de Jean-Charles Pichon – Julien Debenat, Projet d’une frise cyclique – Jean Hautepierre : Fantasy et poésie – Lauric Guillaud, Gustave Doré, mythologue – Jean-Marie Lepeltier, La vérité sur le cœur – Jean-Christophe Pichon, Synchronicité et le Déménagement zodiacal de Jean-Charles Pichon – Philippe Marlin, De la fin au renouveau – Geneviève Béduneau, Mythes et précession – Silvanie Mague, Sur Les litanies des dieux morts de Jean-Charles Pichon – Bernard Pinet, Les Esséniens ou le maillon manquant – Alain Labarsouque, Ma rencontre avec Jean-Charles Pichon – Julien Pichon, La folie quantique – Georges Bertin, Wilhelm Reich, un imaginaire de la pulsation.

Nous le constatons à la lecture des titres des contributions, certaines interventions traitent directement de certains aspects de la pensée complexe de Jean-Charles Pichon tandis que d’autres abordent des thèmes adjacents à son œuvre.

Pour Charlotte-Rita Pichon, il est impossible de comprendre l’œuvre sans approcher l’homme. Or, depuis l’enfance, Jean-Charles Pichon fut habité par un double, un autre en soi, un autre qui est soi.

« Je vais essayer, nous dit-elle, de prouver combien ce dédoublement fut le démarrage de son œuvre complète jusqu’à l’étude de la Machine qui lui tenait tant à cœur. Jean-Charles a toujours tenté de combattre l’injustice, le mensonge, de faire éclater la Vérité, Vérité qui n’est autre que celle tapie au fond de soi-même et qui fait éclater sa propre Réalité.

La Vérité sur le pourquoi de l’Homme, sur sa Liberté et son Conditionnement. »

Reprenant la chronologie des œuvres, Charlotte-Rita Pichon met en évidence la cohérence, de l’œuvre, le sens et le méta-sens derrière la tension entre richesse intime et souffrance :

« Ce qui ressort, conclut-elle de tous ces propos est la présence de Dieu, l’attente de la mort, le refus du bonheur, la recherche de la vérité, d’une justice, d’un idéal et l’extrême solitude de Jean-Charles. Être trop riche à l’intérieur de soi ne peut, en effet, que rendre seul. Cependant, ne pouvant vivre seul, il ne reste qu’une seule solution ; se créer un double. La cohabitation ne sera pas toujours facile mais, au moins, le nombre deux l’emportera toujours sur le Un et permettra à Jean-Charles de poser toutes les questions existentielles qui aboutiront à la recherche de Sa Machine, le libre arbitrage ou la destinée. »

Cette Machine, machine universelle que Jean-Charles Pichon n’a cessé d’approcher, conscient des paradoxes quantiques qui ne pouvaient que le dérouter, et du nécessaire questionnement sur la réalité de la réalité. Tout explorateur des intervalles insaisissables entre les apparences fait ainsi écho à sa démarche. Ainsi Gustave Doré, Carl Gustav Jung ou Wilhelm Reich sont venus dialoguer avec ce penseur d’exception(s) dans tous les sens possibles de cette expression. Les synchronicités, temporelles ou atemporelles font en effet partie de sa « machine de l’éternité ».

Cet ensemble de regards, se révèle plein de sciences et de poésies, empli de promesses et porteur d’intensité.

Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

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Lovecraft

Lovecraft : une approche généalogique de l’horreur au sacré de Lauric Guillaud, Editions L’Oeil du Sphinx.

Lauric Guillaud, professeur émérite de littérature et de civilisation américaines à l’Université d’Angers, personnage aussi attachant qu’érudit, nous offre une brillante et passionnante étude sur les généalogies de l’œuvre lovecraftienne. Si le génie de Lovecraft ne cessera jamais de nous étonner et de nous interroger, ce livre contribue à dénouer une part des mystères de l’œuvre.

Dans sa préface, Philippe Marlin identifie tout d’abord l’articulation entre science et fantastique :

« On ne trouvera sans doute jamais la clef du génie américain. Mais en lisant l’étude de Lauric Guillaud, je ne peux m’empêcher de penser à la démarche du réalisme fantastique introduite par Pauwels et Bergier. Car Lovecraft, en pur matérialiste qu’il était, nous propose une démarche réaliste, presque scientifique, jusqu’au moment où tout bascule. Non, pour des raisons surnaturelles, mais parce qu’en l’état actuel de nos connaissances, le phénomène étudié demeure incompréhensible. Et c’est là, et seulement là, que le fantastique apparaît, avec sa couleur terrifiante qui n’est rien d’autre que celle de l’impossible. »

 

Couv Lovecraft Lauric

La démarche de Lauric Guillaud est très pertinente et les fruits récoltés sont particulièrement riches :

« Pourquoi écrit-on ? interroge-t-il. Comment écrit-on ? Qui écrit vraiment ? Ces questions se posent inlassablement à l’exégète, au chercheur, au critique, au lettré ou au savant. Le grand mystère est la genèse de l’écriture – et même la genèse tout court. Comment être original tout en s’inscrivant dans son siècle, en partageant avec ses contemporains les espoirs et surtout les inquiétudes du zeitgest ? Comment faire œuvre de nouveauté en s’emparant de thèmes, de mythes, de fables soudain réactualisées par la mode ou par le contexte scientifique ?

Je pense avoir toujours usé de la même méthode pour circonscrire un auteur ou un thème : m’attaquer aux commencements, resituer l’homme ou la femme dans son aventure généalogique, chercher le fil du labyrinthe. »

« Il me semblait intéressant de reconstituer une sorte de génétique textuelle des œuvres majeures de Lovecraft dans un essai fondé sur la littérature de compilation et l’art de l’extrait de lecture citationnelle (l’ars legendi comme   ars excerpendi) ; contribuer ainsi à une « archéologie «  des sources de l’auteur afin de saisir les étapes de l’échafaudage de l’œuvre, de son mécanisme et de sa structure esthétiques et mythiques. »

Ainsi explore-t-il la généalogie du thème des mondes perdus dans laquelle nous retrouvons Kunrath, Rosenkreutz mais aussi, plus près de nous, Haggard ou Bulwer-Lytton. Les « terres creuses », les « mondes souterrains » se retrouvent chez Lovecraft. Lauric Guillaud remarque qu’ils sont souvent associés aux « savoirs perdus ». Il clarifie les « ascendances lovecraftiennes », les probables et les hypothétiques, par exemple celles ayant pu conduire au Nécronomicon ou les références reptiliennes. Dans ces généalogies, Abraham Merritt tient une place importante et reconnue. Cependant, Lauric Guillaud explore d’autres pistes comme une filiation Lewis, Poe et Verne ou l’influence du peintre Nicolas Roerich sur les univers de Lovecraft.

La dernière partie de l’ouvrage, De la construction mythique aux Machines de l’Eternité est passionnante. S’appuyant sur la méthodologie durandienne, Lauric Guillaud traque les mythèmes, notamment dans leurs redondances. Si Lovecraft était un rationnel, plutôt méfiant vis-à-vis de l’ésotérisme, les mythèmes présents dans son œuvre tissent une dimension sacrée, avec ses temps et ses espaces typifiés, des éléments de voyages initiatiques, une symbologie un peu chaotique, mais qui peut faire sens. Michel Carrouges et Jean-Charles Pichon  permettent enfin à Lauric Guillaud de suggérer la littérature comme métaphysique, un principe et une clef traditionnels mais peu appliquée au fantastique.

« On peut ranger les oeuvres de Lovecraft ou de Wandrei parmi ces œuvres étranges qui n’ont cessé de décrire une structure physique et métaphysique qui a modifié et parfois démantelé notre vision de la « réalité ». Ces « machines pataphysiques », telles que nous les décrivent Carrouges et Pichon, nous indiquent une « méthode », issue de la tradition du gay sçavoir, qui s’avère essentielle au décryptage d’œuvres provocatrices, longtemps incomprises, voire rejetées. La recherche inlassable de Jean-Charles Pichon n’est pas autre chose que cette exhortation à redécouvrir ces hommes qui ont trouvé la « forme vide » et « choisi la mort au-delà de la mort, l’Irrémédiable », « allant jusqu’où personne ne va » (Les Dialectiques factrices) : Poe, Jarry, Roussel, le Colonel Lawrence, Gilbert-Lecomte, Dauùmal ou Artaud – sans oublier Hodgson, Wandrei, Clark Ashton Smith et R.E. Howard. »

Cette étude comblera les amoureux de l’œuvre de Lovecraft ou plus généralement du fantastique mais intéressera aussi ceux qui étudient la mythologie, la littérature ou la métaphysique.

Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

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Lionel Ray dans Les Hommes sans Epaules

Les Hommes sans Epaules n° 43, premier semestre 2017.

Ce quarante-troisième Cahier Littéraire est consacré à Lionel Ray. Le dossier établi par Paul Farellier est accompagné de poèmes inédits. C’est au début des années 70 que Lionel Ray abandonne le nom de Robert Lohro pour marquer une rupture dans son cheminement et son œuvre poétiques. C’est une période de dissidence, de déconstruction, « celle aussi, nous dit Paul Farellier, d’un totalitarisme linguistique où le poème aura bientôt peine à trouver sa respiration. Mais, trop vrai poète, l’homme auquel nous avons affaire pouvait-il se démettre longtemps de sa liberté ? »

Cette première rupture en annonce une autre, dix ans plus tard, une « métamorphose » qu’il décrira lui-même :

« Alors j’ai décidé, faisant table rase de mes fausses terreurs comme de tout terrorisme linguistico-théorique, de saisir la coïncidence la plus exacte possible entre écrire et vivre, et comme l’un de l’autre se fortifie, d’interroger cette rencontre de l’événement, du regard et du poème. »

Remarquons que cette métanoïa créatrice échappe ici à toute posture.

« Le poème, chez Lionel Ray, nous dit encore Paul Farellier, n’est jamais le déversoir d’une plénitude ; il vient en contrepoint d’un manque, comme la marque d’un dénuement qui obligerait le poète à se jeter dans l’espace verbal. »

 

Dans la broussaille des mots

 

Dans la broussaille des mots

Nous sommes d’étranges voyageurs

Tous empoissés de brume

De chiffres, de griffures et de froid

 

Nos façons d’aveugle sont de patiente

Et d’inégale mesure

Ici quand le rideau tombe

C’est tout le théâtre intérieur qui se vide

La mémoire est en écharpe et s’use

 

Qu’avons-nous fait de toutes ces voix

De cendre et de rose obscure

Elles qui touchaient à peine terre

Comme l’eau vive et comme une flamme

 

Qu’avez-vous fait de vous-même

Ce frisson impalpable des feuilles

Ce plain-chant des humaines chimères

Cette fumée ce désert

 

Des ruptures au sein de l’apparaître émane toutefois une permanence qui fait du temps une matière à travailler par le langage autant que le temps pétrit la langue.

Couv HSE 43

Sommaire : Editorial : La Poésie n’est pas un dire…, par Yves BONNEFOY – Les Porteurs de feu : Ounsi EL HAGE, par Christophe DAUPHIN, Jean-Paul HAMEURY, par Paul FARELLIER, Poèmes de Ounsi EL HAGE, Jean-Paul HAMEURY – Ainsi furent les Wah : Poèmes de Jean PEROL, Yoni AFRIGAN, Olga VASSILEVA, Frédéric TEILLARD, Francine CHARRON, Valère KALETKA, Joachim ARTHUYS, Louis PECCOUD, Alexandre BONNET-TERRILE  – Dossier : « Lionel RAY ou le poème pour condition », par Paul FARELLIER, Poèmes de Lionel RAY – Une voix, une oeuvre: « Taslima NASREEN, poète bengali », par Christophe DAUPHIN, Poèmes de Taslima NASREEN – Les Inédits des HSE : « Killalusimeno sur les bords du Neckar » par Frédéric TISON, « Aujourd’hui ailleurs » par Lembe LOKK, « Le Coiffeur désœuvré » par Philippe VIGNY – Les Pages des HSE : Poèmes de Claude de BURINE, Elodia TURKI, Paul FARELLIER, Alain BRETON, Christophe DAUPHIN – etc.

 

Dans l’éditorial d’Yves Bonnefoy, disparu le 1er juillet 2016, éditorial intitulé La poésie n’est pas un dire, mais un déblaiement, une instauration, nous lisons ceci :

« La poésie ? Ce n’est pas ajouter des livres à d’autres, sur des rayons de bibliothèque, pour faire avec eux une littérature, et son histoire, et de la culture, autrement dit de la mort, non, c’est tenter de rendre aux mots la pleine mémoire de ce qu’ils nomment : ces choses simples qui sont de l’infini, de la vie, quand on les perçoit dans leur immédiateté, mais que notre discours conceptualisé, tout analytique, remplace par ses schèmes, ses abstractions. (…)

D’où l’intérêt qu’il y a, pour qui se soucie de la poésie, à écouter les questions qui lui sont posées, c’est une occasion de prendre conscience de ce qui, dans sa réflexion ou même au plus intime de son existence de chaque jour, veut lui faire oublier ce devoir de lucidité, c’est-à-dire abandonner sa grande espérance. »

Les Hommes sans Epaules, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen, France.

http://www.leshommessansepaules.com/