Nanos Valaoritis, Amer carnaval

Amer carnaval de Nanos Valaoritis, éditions bilingue français/grec, présentée et établie par Photini Papariga, préface de Christophe Dauphin. Editions Les Hommes sans Epaules.

La poésie grecque, enracinée dans l’Antiquité, a toujours su faire éclater les règles, se dépasser elle-même pour explorer ailleurs et autrement. Nanos Valaoritis, né en 1921, est l’un des grands poètes grecs actuels, dans un pays où la poésie  a conservé les fonctions philosophique et politique.

 

Celui qui a toujours poussé les mouvements auxquels il a participé à leurs limites extrêmes afin d’en extraire le meilleur reste associé au surréalisme dans lequel il voit un art de vivre. Il a beaucoup écrit et publié, poèmes bien sûr mais aussi romans, laissant une œuvre vaste, engagée, imprégnée de la sueur de la réalité. Il s’exilera aux USA en 1967 après l’avènement de la dictature des Colonels. Aujourd’hui, de retour à Athènes, il s’oppose à une nouvelle forme de dictature exercée sur la Grèce, celle de Berlin et Bruxelles : « Berlin et Bruxelles se comportent comme au temps de l’impérialisme romain. Les classes moyennes grecques paient d’énormes taxes, seuls les plus riches y échappent, les armateurs surtout. Ensuite, l’Allemagne nous prête de l’argent, mais nous contraint à acheter des produits allemands. Aujourd’hui, l’Allemagne craint l’effet boomerang si les pays du Sud ne peuvent plus rien acheter. »

Amer carnaval est un superbe recueil que nous présente Christophe Dauphin :

« Nous y retrouvons ce miel acide, cette flamme fuligineuse, cette source sulfureuse, qui a donné tout son éclat à cette œuvre poétique singulière. Des poèmes insolites et souvent insolents, suscités par un élan lyrique exacerbé mais toujours maîtrisé : une alchimie où l’étincelle des mots et le feu des images donnent naissance à des éclats où affleure à tout moment la révolte, mais aussi l’envers burlesque ou merveilleux du monde quotidien. »

 

Soupire, espèce d’effrontée

 

La fille a soupiré

et les montagnes se sont fendues

la belle a soupiré

et les vallées se sont fendues

le prêtre a soupiré

et les églises se sont fendues

le monstre a soupiré

et les rivières se sont fendues

le berger a soupiré

et les troupeaux se sont fendus

le nuage a soupiré

et mon cœur s’est fendu

le capitaine a soupiré

et ses bateaux se sont fendus

le roi a soupiré

et les piscines se sont fendues

le sultan a soupiré

et les concubines se sont fendues

le bien-aimé a soupiré

et le corset de la fille s’est fendu

les montagnes soupirent

et les vallons se sont fendus

les morts ont soupiré

et le monde d’en bas s’est ouvert

et les âmes sont sorties dans la rue

et elles sont assises aux cafés

et elles ont bu leur café

avec du raki et des feuilles de laurier

et le bon Dieu les a vues

et il leur a dit retournez

dans vos ténèbres éternelles

qui vous a donné la permission

de sortir dans la lumière du soleil

et les morts ont répondu

ton Fils le Jésus-Christ

nous a promis Résurrection –

de sortir dans la lumière du soleil

de nous asseoir aux cafés

de boire notre café

avec du raki et du tsipouro

avec du champagne et

          du caviar noir…

 

                    Athènes, 17 octobre 2012

 

Les Hommes sans Epaules, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen, France.

http://www.leshommessansepaules.com/

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