Patrice Cauda

Patrice Cauda, Je suis un cri qui marche de Christophe Dauphin. Les Hommes sans Epaules Editions. Librairie-Galerie Racine, 23 rue Racine, 75006 Paris.

http://wwwleshommessansepaules.com

 

Christophe Dauphin nous présente longuement la vie et l’œuvre d’un poète méconnu, Patrice Cauda, grand solitaire inaccessible si ce n’est peut-être par ses écrits. Cet ouvrage est le premier témoignage de l’importance de ce poète.

Sa date de naissance est incertaine, 1921, 1922, 1924 ? Même le jour exact de son décès est sujet à caution. Né à Arles, la ville qui a maltraité Van Gogh, explique dans le détail Christophe Dauphin.

 

Couv Cauda 1

 

C’est une poésie de la noirceur, de l’angoisse, de la douleur et de la souffrance (il faut distinguer les deux). Né dans les échos terribles de la première guerre mondiale, Patrice Cauda devra traverser la deuxième et ses atrocités. Cela n’aide pas à s’orienter vers le pôle de joie. Les poètes de cette époque furent marqués par ce contexte devenu texte.

C’est en 1939 que Patrice Cauda fait une rencontre déterminante, celle d’ Henri Rode, romancier en construction déjà en relation avec Paulhan, Mauriac, Green, Malraux et d’autres. Alors que Rode assume son homosexualité, Patrice Cauda reste voilé. C’est Henri Rode qui décèlera la talent poétique de Patrice Cauda et l’encouragera à écrire. Pris dans l’arbitraire nazi, il échappe de peu à la tragédie de Tulle. Comme beaucoup, il sera silencieux sur l’horreur mais celle-ci affleure sous les mots, fleuve rouge-sans sur lequel naviguer tant bien que mal.

 

Gisant

 

Quand au plus loin du cercle noir

j’épie le bruit des veines endormies

tout semble violemment se fermer

on dirait le fil des révoltes coupé

 

sur le secret on frappe en silence

comme sur un désert de dénuement

 

Nu au chevet de sa propre mémoire

le visage défait de larmes cachées

le cœur dirige sa mimique d’espoir

 

Ô ce lieu invisible qui ressemble à la mort

alors que le corps continue la vie

attaché au sol par habitude

tandis que l’esprit cherche un repos encore ignoré

 

Toute sa poésie sera un cri immense contre l’inacceptable mais un cri d’une lucidité implacable qui exige un dénuement total, ni espoirs, ni préjugés, identifications ou croyances. Cet homme, trop familier avec la mort, toutes les morts, est un poète de la désillusion et de la détresse absolue.

 

Ses deux premiers recueils sont publiés en 1951 et 1952, Pour une terre interdite et L’épi de la nuit, chez Debresse grâce à Henri Rode. Christophe Dauphin note que jamais Patrice Cauda n’aura présenté lui-même ses poèmes à un éditeur. C’est un poète reclus, incertain de lui-même et du monde. Henri Rode parle de lui comme d’un « poète panique ». Malgré un sens aigu de l’amour, Patrice Cauda fut englouti par les sables mouvants de la solitude. Il abandonna la poésie avant de mourir en 1996 laissant une œuvre bouleversante.

 

 

Couv Cauda 2

 

La belle et sensible monographie de Christophe Dauphin est suivie d’un choix de poèmes inédits et saisissants.

 

La malédiction du poète (extrait)

 

Toutes les vies des vivants vers la mort

qui reste fermée

 

Tout l’amour des cœurs vers l’espoir

insensible

 

Toute la poussière la boue la nuit

vers les lumières du matin

pour recommencer le même meurtre

 

Et vous et moi qui restons séparés

dans le couloir

où nous nous heurtons

sans jamais nous rencontrer

 

 

La table des solitudes (extrait)

 

Pourtant nos douleurs ont le même poids

Sur la balance du néant

Notre espoir une identique couleur

Dans son domaine de nuit

 

Si je regarde mon visage dans le miroir humain

Je ressemble à ta solitude

D’un battement mon cœur épouse le tien

Comme au fond d’une seule chair

 

De notre mort chaque minute nous rapproche

Pour nous confondre dans sa vérité

Nous dont toutes les différences

S’uniront pour former la même absence

 

Patrice Cauda est un poète de la plus sombre des beautés mais, mieux et plus que n’importe quel modèle psychologique, sa poésie explore au plus profond la psyché humaine. Si vous n’achetez qu’un livre de poésie cette année, achetez celui-ci.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s