Moindre Souffle de Yannick Girouard

Moindre souffle de Yannik Girouard. Les Hommes sans Epaules Editions, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen.

www.leshommessansepaules.com

 

Yannick Girouard déploie avec élégance une poésie délicate qui nous enveloppe pour mieux nous conduire dans les profondeurs du mystère. La mystique qu’il nous propose est libérée des lourdeurs des terrestréités. Nous sentons le lent travail alchimique, peut-être douloureux, qui a permis d’aller au simple par des chemins serpentins et, non sans bonheur, caillouteux.

 

(l’Arche)

 

Depuis les prophètes elle prend l’eau

Ton corps cloué comme une planche

exposé aux tempêtes

le pavois des martyrs quand s’aggrave la brèche

 

la voix du veilleur

l’allège

où se prend le souffle

 

 

où s’imprime ta Face

toujours plus défigurée

j’ai gravé le bois

 

 

Extrait de Béatitudes

 

Au coeur de la Croix

explose la Rose

éternité de l’impossible baiser

sur son cher visage

à perte et jouissance

entre les pétales de nos lèvres

l’eau et le sang de Sa Plaie

mousse l’abîme de la mer

 

Couv moindre souffle

Les mots se tissent en une âme-peau (plutôt qu’un moi-peau) dont la sensibilité se fait miroir.

Même quand il descend dans le monde, dans la dualité oppressante, Yannick Girouard  ne cesse d’orienter vers la lumière, ne serait-ce que par un infime point scintillant.

 

Me voici coupé en deux parts

 

Brûle tout

que mon amour ajoute sa flamme

Un ange recueille la cendre des yeux

 

Nous voici qui avons reconnu Ta douceur

Inonde grottes failles et galeries

englouties la Mémoire architecte

où s’abreuve le feu triste des morts

 

A lire, juste pour la beauté.

 

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Poètes à Tahiti

Les Hommes sans Epaules n°47. Poètes à Tahiti. Les Hommes sans Epaules Editions, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen.

www.leshommessansepaules.com

Le dossier ce numéro, coordonné par Christophe Dauphin, est consacré à quelques poètes à Tahiti. Il commence par une longue introduction de Christophe Dauphin qui s’attaque aux malentendus les plus tenaces concernant la Polynésie française, ses peuples, ses cultures, de la structure de la société traditionnelle à la fonction des tatouages. Il résume en quelques dates qui sont surtout des repères, une histoire complexe que nous voulons linéaire quand elle obéit à d’autres modèles du temps.

Couv HsE 47

Cinq auteurs ont été retenus pour ce dossier, nés en Tahiti ou venus en Tahiti pour des raisons diverses et marqués puissamment par ce monde qui ne cherche pas à contraindre la nature : Teuira Henry, Henri Hiro, Flora Aurima-Devatine, Loïc Herry, Alain Simon.

L’ouvrage le plus célèbre de Teuira Henry (1847 – 1915) est Ancient Tahiti. Il demeure l’ouvrage de référence sur l’histoire des îles de la Société rassemblant des matériaux précieux pour la compréhension des mythes tahitiens.

Henri Hiro (1944 -1990), fondateur de la littérature, du théâtre et du cinéma polynésien contemporains fut un grand acteur de la recherche et de l’expression des racines.

Flora Aurima-Devatine, née en 1942 au Pari sur la presqu’île de Tahiti démontra l’expérience et l’intérêt d’une littérature polynésienne française. Elle milita notamment pour le droit des femmes et ce combat imprègne son œuvre littéraire.

Alain Simon (1947-2011) est né en Bretagne. Il demeura quinze années à Tahiti où il livra les plus belles parts de sa poésie.

Océan parfait au goût de câpres

          Comme le vrai fâfaru

          Encore faut-il déchiffrer

          La souffrance au ras des vagues

          Si l’écume mène le monde

          Encore faut-il savoir marcher sur l’eau –

          Le guerrier désire-t-il la paix

          Le sage mange-t-il toujours de la terre

          Avant de pénétrer la femme

          Dessiner le grand cercle

          Mourir encore une fois –

          Toi la mémoire est prête

          Tu peux tendre tes titis

          Faire mousser la bière

          Dans le sillage exact du grand requin

          Nageuse de combat

Loïc Herry (1958-1995) est né à Cherbourg. C’est par amour qu’il gagne Tahiti en 1994. Sa poésie mêle son amour et la rencontre lucide avec l’île.

je ne suis pas venu voir la Polynésie

          je n’ai pas vu Tahiti

         

          j’ai simplement visité la Beauté

          une jeune beauté brune aux

          courbes dansantes aux mains longues

 

          enfin s’est chiffonnée dans mon poing

          toute cette page du Pacifique qui

          nous séparait

 

          et l’espace qui ombrait

          le souvenir de ton rire

          s’est enflammé

          saveur de ta peau

          saveur de tes mots

          Cythère ô Christel

          si le jus de l’ananas coule de tes lèvres

          c’est le goût de la vie qui m’envahit

 

          je ne suis pas venu voir Tahiti

          je suis venu m’asseoir sur la terrasse

          Avec toi

 

Sommaire :

Editorial : « La vie c’est beaucoup plus que la vie, quand on la surnomme : Poésie ! » par François MONTMANEIX.

Les Porteurs de Feu : Pierre DELLA FAILLE, par Christophe DAUPHIN, Jacques CRICKILLON, François MONTMANEIX, par Christophe DAUPHIN, Poèmes de Pierre DELLA FAILLE, François MONTMANEIX.

Ainsi furent les Wah : Poèmes de IMASANGO, Adeline BALDACCHINO, Natasha KANAPE FONTAINE, Emmanuelle LE CAM, Hamid TIBOUCHI, André LOUBRADOU, Franck BALANDIER.
Dossier : Poètes à TAHITI par Christophe DAUPHIN, Poèmes de Teuira HENRY, Henri HIRO, Flora DEVATINE, Loïc HERRY, Alain SIMON.

Les Inédits des HSE : « Perceptions », Poèmes de Sonia ZIN EL ABIDINE.

Vers les Terres libres : « La poésie de Frédéric Tison », par Paul FARELLIER, avec des textes de Frédéric TISON.

Les pages des HSE : Poèmes de Elodia TURKI, Paul FARELLIER, Jacqueline LALANDE, Alain BRETON, Christophe DAUPHIN, André PRODHOMME.

Etc.