Jacqueline Kelen et le Fils prodigue

Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien de Jacqueline Kelen. Editions du Cerf, 24 rue des Tanneries, 75013 Paris.

www.editionsducerf.fr

Chacun se souvient de la parabole du fils prodigue, peu d’entre nous saisissent les dimensions initiatiques de ce message biblique, s’arrêtant à l’aspect éthique premier.

Jacqueline Kelen nous permet de revisiter la célèbre parabole pour en explorer les subtilités et possibilités tant philosophiques que spirituelles en donnant la parole aux principaux protagonistes à chacune des étapes de cette histoire, fils, frère, père, mère et quelques autres.

 

 

En campant ainsi chacun des personnages, en leurs complexités respectives, en leurs faiblesses et en leurs forces, Jacqueline Kelen leur donne une épaisseur supplémentaire, échappant au jeu familial et sociétal pour pointer vers des archétypes à l’œuvre dans le voyage initiatique.

Le lecteur s’aperçoit rapidement que ce n’est pas seulement le fils qui voyage mais bien tous les acteurs de ce drame qui vivent une forme d’exil et de retour à eux-mêmes, à la fois douloureux et lumineux.

L’écriture magnifique de Jacqueline Kelen se met au service des tableaux multiples de la psyché humaine. La littérature a toujours précédé la psychologie dans la compréhension des êtres humains, à la fois temporellement et dans la justesse. Jacqueline Kelen le démontre une fois encore en décrivant ce qui anime les êtres.

Exemple avec le Vieux Serviteur :

« Avec l’âge on perd les mots, mais la sensibilité s’accroît. A la moindre émotion les yeux s’embuent de larmes et si les mains tremblent, c’est de ne plus vouloir prendre ni retenir. On effleure les êtres et les choses, on les regrette déjà, et tel un fleuve parvenant à l’estuaire on s’abandonne sans réticence à ce qui va advenir. Je ne sais pas si la vieillesse est le temps de la sagesse, mais elle creuse le silence qui tantôt semble un linceul, tantôt un manteau de lumière. »

Ou la Mère :

« L’amour d’une mère est incompris ou moqué par beaucoup, on le dit trop indulgent, trop protecteur. Et pourtant, c’est une lame enfoncée dans le cœur, une sollicitude inapaisée. Une mère ne supporte pas même l’idée que son enfant puisse souffrir, être houspillé, elle refuse d’imaginer que le malheur puisse s’abattre sur ses jeunes épaules, elle veut le prémunir contre l’insulte et le chagrin, contre l’injustice et la trahison. Tout enfant, ressent-elle, a un destin de roi, rien ne devrait l’en priver. Et voici la blessure quand j’ai réalisé combien inutile, affreusement vain, était mon amour puisqu’il ne peut rien contre la mort vilaine. »

Jacqueline Kelen fait intervenir deux acteurs inattendus, invisibles et essentiels, pourtant si évidents. Le premier est l’ange de l’écriture, qui anime chaque page de ce livre :

« Ma mission requiert une certaine adresse ainsi qu’une oreille musicale. Toutes les voix qui montent des passants de la Terre, je les recueille et les assemble : il y a beaucoup de cris, de pleurs et d’injures, des chants aussi et des prières, je perçois les diverses nuances des soupirs et me plais à attraper au vol les louanges, les rires et les déclarations d’amour. J’harmonise l’ensemble afin d’en composer une belle symphonie que je dépose ensuite au pied du Trône, espérant que mon Maître se réjouira. »

Le second est tellement actuel, l’ange du retournement, qui était si cher à Jean Canteins :

« Moi, on ne me voit jamais, on ne me croit guère ou bien on rit quand j’annonce des choses à venir. Oh, ce n’est pas moi qui décide d’apporter une bonne nouvelle, de prévenir d’un danger, mais c’est avec bon cœur que je remplis scrupuleusement ma mission. Ce faisant, je porte secours aux hommes tout en obéissant au Seigneur. »

Il est bien à l’œuvre cet ange, voyageur comme tous les anges, au côté du Fils, toujours disponible chaque fois que le Fils s’arrête pour saisir ce qui s’offre à lui en l’instant présent. La présence appelle la Présence.

Avec Jacqueline Kelen, la parabole se fait conte initiatique, affranchi des époques, pour délivrer un enseignement et déchirer quelques voiles opaques qui nous dissimulent le Réel.

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