Lectures croisées d’un imaginaire du temps

Lectures croisées d’un imaginaire du temps. Essai d’anthropologie historique comparée sous la direction de Georges Bertin. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Cet ouvrage collectif  offre un très beau sommaire au lecteur passionné par la recherche sur l’imaginaire : Pour une herméneutique du temps de Georges Bertin – Le calendrier celtique de Paul Verdier – Carnaval ou le Temps à  l’envers de Georges Bertin – Banvou, histoire d’un nom au Pays des Grandes merveilles par Claude Letellier – Le temps des Indo-européens de Bernard Sergent – Imaginaire et histoire cyclique par Lauric Guillaud.

 

Couv Imaginaire

 

Afin d’explorer les mythes en leur multiples dimensions et d’en retirer connaissances et expériences, Georges Bertin propose la mise en œuvre d’une herméneutique du temps. En s’appuyant sur les travaux de personnalités fort diverses comme Henri Laborit, Jean Borela ou Gilbert Durand, c’est une véritable pédagogie du mythe que recherche Georges Bertin :

« Celle-ci est à la fois :

– instituante, en fixant les mythes dans une tradition, un terroir, un topos particulier, ce qui entraîne une limitation de leur sens,

– spéculative dans la mesure où le Mythe doit rester intelligible aux groupes sociaux concernés, puisqu’il permet de poser à son sujet la question de l’être, il est facteur de communication et Marcel Mauss nous enseignait jadis qu’on ne peut communier et communiquer entre hommes que par symboles.

– intégrative, car il ne devient efficace qu’intégré à soi-même et nous amène à édifier notre corps spirituel en même temps que nous l’accomplissons selon sa vérité profonde. L’herméneutique l’actualise comme il nous actualise. »

Carnaval est un thème idéal pour Georges Bertin en raison de sa proximité, de son intimité même, avec l’imaginaire. A la fois intervalle et célébration, Carnaval est indissociable de Pâques et du Carême. Le fou, le charivari, les veillées mascarades et cavalcades, la mise à mort du roi, l’enterrement de Carnaval évoquent la dimension dionysiaque de cette fête dont la fonction sociétale fut de première importance, notamment aux 15e  et 16e siècles :

« La contre-culture qui éclot à cette époque, indique Georges Bertin, y gagne en même temps que, au sens propre, ses lettres de noblesse, une audience et une reconnaissance publique. Le réalisme et la provocation de l’Art Roman, le monstrueux présent dans toutes les églises sont là pour en témoigner, au même titre que l’exaltation du bas corporel, de la laideur et du grotesque dans les images d’une fête populaire laissant issir tout ce qui avait trait au bas ventre.

De fait toutes les tendances régressives, les plaisirs et défenses d’ordinaire contenus pouvaient se donner libre cours dans le Carnaval.

La licence extraordinaire que l’on pouvait constater dans les manifestations de la fête des Fous, du Carnaval était en effet profondément ambiguë : contestation de l’ordre établi, libération du paraître et du discours en même temps que récupération, exutoire, et au bout du compte confortement de l’ordre social. »

Et Georges Bertin d’avertir avec force et raison :

« Que disparaisse Carnaval de nos pays aseptisés, de nos systèmes culturels où déjà règnent en maîtresses absolues téléparticipation mentale, société du spectaculaire et imageries virtuelles, et le souffle froid de la mort sociale se ferait bientôt sentir, présageant sans doute inévitablement le retour de dieux beaucoup plus violents.

Entre le multiple et l’un, entre le temps des origines et celui de la nécessité, tant que vit la fête carnavalesque vit encore sans doute notre liberté. »

Les différentes contributions rassemblées dans ce livre relèvent de cette anthropologie de l’imaginaire que Gilbert Durant a promu, discipline qu’il y a urgence à reconnaître comme des plus essentielles à l’humanité.

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Infimes prodiges d’Alain Breton

Infimes Prodiges par Alain Breton. Les Hommes sans Epaules Editions. Librairie-Galerie Racine, 23 rue Racine, 75006 Paris.

http://wwwleshommessansepaules.com

 

Alain Breton est l’un des poètes les plus marquants de la fin du siècle précédent et de ce début de siècle, à l’articulation difficile de deux millénaires. En ces périodes, nous n’entendons jamais assez les poètes.

 

Couv Alain Breton

 

Dans la préface à ce recueil qui couvre près de quarante années de poésie, Paul Farellier remarque la profonde et audacieuse originalité d’Alain Breton qui, nous dit-il, « s’est jeté dans la marge inhabitée de la poésie française, loin des « lieux poétiques » à haute densité de fréquentation ». Parfois, les marges se constituent en centres où le témoignage de l’être devient puissance qui interroge les évidences. Le poète assume alors la fonction philosophique et va jusqu’à faire penser les morts, très majoritaires en nos temps lourds.

Dans une longue postface, Christophe Dauphin qui a établi cette édition importante, peint la complexité et la richesse du poète qui fuit les éloges. C’est en retraçant un parcours fait de travaux qu’il rend compte du personnage et de l’œuvre, étonnante par sa constance et sa durabilité, tant dans le travail éditorial que dans la création poétique. Alain Breton a déjà marqué son époque. Plus encore, il a inspiré, formé, libéré d’autres plumes qui préparent le futur.

Les poèmes d’Alain Breton sont étrangement vivants. Ils prennent chair à partir du fil des émotions qui dessinent d’improbables thèmes. L’éphémère, l’incertain, l’intranquille demeurent tandis que le lecteur cherche les fondements de cette beauté dérangeante mais qui attire irrésistiblement. Il y a quelque chose de l’ordre du scandale chez Alain Breton, un scandale élégant qui approche sans faire le moindre bruit pour mieux nous bouleverser.

 

Extraits de Lentement Mademoiselle :

 

« Alchimie grave de ton ventre

 

Ta bouche

Ta paix

 

commencée tantôt des étoiles »

 

« Sur nous

Les draps ont fondu

 

Nous sommes ces choses, ces bêtes

Comme des butées d’orange »

 

Extrait de Une chambre avec légende :

 

« Si noire nuit brouillée d’ailes

au fond du fleuve

tu achèves les amants au couteau

puis tu entasses leurs yeux gelés

dans les grottes

près des haltes d’oiseaux »

 

Extrait de Pour rassurer le fakir

 

« Les fantômes sont sans matière nette, pourtant leur contact est glacial. De plus, ils ont la manie de transformer les bruits, de s’en approprier la nature même, et cela devient des bruits de fantômes, des bruits déstabilisants. C’est sans doute pour cela que la circulation des fantômes est sévèrement contrôlée. »

 

Cette écriture, très resserrée sans être minimaliste comme le note Christophe Dauphin, est presqu’effrayante de justesse. C’est que l’humain a peur des songes comme du réel, il préfère les chimères et évite ainsi les miroirs poétiques, trop révélateurs. La précision des mots, du rythme, des sons, impose ici de voir l’invisible comme le dissimulé. Une réelle beauté. Le titre de ce recueil, Infimes Prodiges, désigne très exactement de quoi il s’agit.

Impasse des absolus par André Prodhomme

Impasse des absolus par André Prodhomme, Collection Les Hommes sans Epaules. Librairie-Galerie Racine, 23 rue Racine, 75006 Paris.

http://editions-lgr.fr

André Prodhomme est cet explorateur respectueux de l’humanité qui scrute avec lucidité et bienveillance les expressions sombres ou clarifiantes de l’être humain. Ses poèmes apparaissent comme un chapelet musical d’empathies dans un temps où la destruction de l’empathie est orchestrée méthodiquement. L’autre, surtout l’autre en sa vulnérabilité, peut être détruit. Tel est le message premier de notre temps. André Prodhomme livre les antidotes à cette guerre sociétale, célébrations de l’autre et de la vie même dans ses soubresauts mortifères. Il rend aussi à l’écriture ses fonctions libératrices que le commerce du livre veut enfouir sous les décombres de la finance.

 

Corps à corps

 

Ces livres posés sur mon bureau

Dans un ordre incertain

Sont des bestioles affamées

Des ingénues fatiguées

Qui attendent trop de moi

 

Qui oublient

Que je ne lis pas pour survivre

 

Qui pourraient avancer

D’un centimètre au moins

Faire l’effort de me sauter au visage

Comme elles faisaient autrefois

 

Il n’y a pas si longtemps

 

Quand elles étaient

Le rouge aux lèvres sans rouge à lèvres

Des sorcières inquiétantes

Apportant de l’eau de vie à mon moulin

 

Au lieu de me laisser

Comme elles font aujourd’hui

Avec les pensées empilées

Sur leur derrière abstrait

Leurs titres insupportables

Leurs couvertures déguisées

 

Recto verso

Je leur dis non

Fus-je désœuvré

Je ne serai pas enfariné

Par le premier monstre littéraire venu

 

Je veux des couleurs

Des chairs fraîches ranimées

Des cheveux d’herbes folles

Des bouches qui crient au secours

Des promesses sauvages qui se débattent

Le corps en feu

 

Qu’on craigne mes sales pattes

Mes traces de doigt en marque-page

Mon odeur de lecteur aux abois

Qu’il y ait une rencontre

Un choc une aventure de forêt humide

Sans cailloux à laisser

Sur le chemin du retour

 

Et qu’arrive enfin le livre

Qui accepte de payer à son tour le prix

 

Perdant sa hauteur d’étagère

Arrachant sa dorure sur tranche

Gagnant haut la main sa dignité de berger

 

Couv Prodhomme

 

André Prodhomme sait être au plus près de la meute comme au plus près de l’individu, pour capter la matière émotionnelle qu’il sculpte avec les mots.

L’altération doit être prise en compte, telle qu’elle, pour qu’une libre restauration révoltée soit rendue possible.

 

Le poète l’a dit

Le chemin proposé à l’homme est une asymptote

Pour tenir debout et garder une allure sportive

Il se muscle au quotidien avec tous les engins

disponibles

Gardant l’oeil vers cette courbe aveuglante

Surinformé et ne sachant rien de nouveau

Sur ce monde insensé

Beau terrible jouissif ignoble

Je pose la question de l’ouverture du bal

Extrait de Le chemin

Vies de Saint-Artaud

Vies de Saint-Artaud de David Nadeau, La vertèbre et le rossignol n°5.

www.lulu.com

 

C’est un très beau projet qu’a conduit David Nadeau autour d’Antonin Artaud. Le texte de David Nadaud, puissant et subtil, érudit et créatif, bénéficie d’une centaine d’illustrations d’artistes les plus divers, faisant de ce cahier grand format un objet d’art.

Parmi les artistes illustrateurs, citons : Duccio Scheggi, Rémy Leboissetier, Jean Paul Loriaux, Guy Girard, Valter Unfer, Klervi Bourseul, Marco Baj, Gorgo Patagei, Jean-Pierre Brazs, Harry Jomère, Mario Persico, Giovanni Ricciardi, giAcomo Faiella, Marie-Claire, Carl Lampron, Joelle Gagnon, Nadia Saad, DelaSablo, Ody Saban, Zazie, Craig S Wilson, Luiz Morgadinho,  The Recordists (Sherri Higgins et William Davison), Susana Wald, Enrique de Santiago, Aldo Alcota, Janice Hathaway, Alex Januario, John Welson, John Richardson, David Coulter,Amirah Gazel, Doug Campbell, Maurice Greenia Jr, Irene Plazewska, Jon Graham, Rodrigo Mota, Verónica Cabanillas Samaniego, Daniel Cotrina, Tan Tolga Demirci, Raman Rao, Byron Baker, CAPA (Patricio Blues et Freddy Flores), Rodia Ibaveda,Jaime Eduardo Alfaro Ngwazi, Karl Howeth, Kirstin Chappell, Tunç Gençer, Pinina Podestà, Nelson DP, Sing Wan Chong Li, Paul McRandle, Jason Abdelhadi,Tony Convey, Sylvia Convey, Floriano Martins, Steve Morrison, Malcolm Green, Sean Cornelisse, Helen Frank, Floriana Rigo,Fabienne Guerens, Jacques Marchal, Jean-Paul Verstraeten, Mauro Césari, Jorge Vigil, Catherine Geoffray, Nelly Sanchez, Donjon Evans, Steve Venright, Mitchell Pluto, Rémi Boyer et Jean Gounin…

 

Couv Artaud

 

 

L’œuvre d’Artaud recèle de multiples dimensions et parmi elles, la magie, la métaphysique, le religieux sont explorés et interrogés, parfois par des méthodes très contraignantes ou au contraire selon des innovations renversantes et salutaires. David Nadeau étudie et révèle les nombreuses vies de Saint-Artaud qui pourrait être l’Avatar du futur.

 

« Le vrai nom de Dieu est Antonin Artaud, un être humoristique éternel. Les aum Anges soufflés par la Vierge, c’est lui. Des versions différentes de la Complainte du vieil Artaud assassiné dans l’autre vie, et qui ne reviendra pas dans celle-ci, sont transmises dans le Popol Vuh, ainsi que dans certaines légendes mazdéennes ou étrusques. Cette complainte était encore récitée il y a six siècles, dans les lycées d’Afghanistan, ou « Artaud » s’épelait « Arto ». Des moines bouddhistes tibétains, pendant la pratique de leurs exercices de méditation rituelle, ont entendu monter en eux les syllabes de ce vocable : AR-TAU, nom désignant ce gouffre corporel qu’ils prirent è tort pour le néant, alors que c’est un homme.

Il est Caïn, père des forgerons ; celui qui a accompli les travaux d’Hercule et détruit la Tour de Babel. Kraum-dam est le vocable qui désigne l’âme de cet homme. Dans ses différentes vies, il a toujours été chargé de responsabilités terribles, soutenues par des pouvoirs eux aussi terribles, et écrasants. Il y a plus de 4000 ans, en Chine, il est Lao Tseu et possède alors une canne dont le bout est terminé par une tête de dragon. »

 

Le cahier est disponible ici :

http://www.lulu.com/shop/la-vert%C3%A8bre-et-le-rossignol/vies-de-saint-artaud/paperback/product-23562213.html

Charles Coutarel et la danse de l’instant

La danse de l’instant de Charles Coutarel. Editions Accarias L’Originel, 5 passage de la Folie-Regnault, 57005 Paris.

http://originel-accarias.com/

 

Ce Carnet de notes d’un voyageur imprudent, « Eveil et autres folies », s’offre au lecteur comme une peinture impressionniste. Plus efficace qu’un essai construit par le discours linéaire, les touches d’immédiateté juxtaposées par l’auteur, évoquent, suggèrent, appellent le Réel, « l’Être véritable, au-delà des jeux imaginaires de la personne conditionnée ».

 

Couv Ch Coutarel

 

Ai-je une question ou suis-je cette question ? demande l’auteur.

Ai-je une réponse ou suis-je cette réponse ?

Où il n’est plus question de (se) plaire ou de (se) déplaire,

il n’est plus question, la réponse est là.

Je suis !

 

Le chemin d’Eveil peint dans ce livre est un « découvrement », une mise à nu absolument unique car chaque être est d’une totale singularité. Et pourtant, ce découvrement nous est aussi familier car à portée de main, ou plutôt d’esprit.

 

Ne cherchez pas l’éveil, avertit Charles Coutarel, ne cherchez pas quelque chose de « spécial ».

Vous ne voudriez peut-être pas de ce que vous découvririez.

Vivez simplement votre vie au plus près, au plus vrai.

Et si l’éveil vous « tombe » dessus…

 

Ce chemin, parcours initiatique souvent parlé comme voyage de retour, nous disons réintégration, reconnaissance de soi-même, ressouvenir… implique une pré-conscience, un pressentiment de soi-même, de la finalité du voyage. Mais le défi de la non-séparation est immense comme le saisit très bien l’auteur :

En ce parcours vous vous trouvez dans un impossible et solitaire face-à-face et aussi l’incompréhension affligeante de normalité réductrice, aussi intelligente qu’elle puisse paraître ou se prétendre, de vos consoeurs ou confrères humains… Rien n’est épargné. Explorer et raccommoder ou s’accommoder au moins pire des traits et tendance de sa petite personne est une chose ; rencontrer et embrasser sans juger ou condamner la totalité du vivant dans tous ses aspects est un défi d’une toute autre envergure ! Mais demeure finalement, quel que soit l’exorbitance du prix à payer et ses aléas et péripéties innombrables, le seul digne de ce nom…

 

Déambulatoire, labyrinthique, ce voyage très aléatoire et serpentin est pourtant radicalement le plus direct qui soit.

 

C’est toujours Ici & Maintenant.

Aussi simple que ça.

 

Simple jouissance.

 

C’est en l’instant même que l’Êtreté se révèle, libre de toute contrainte, et pure joie.

 

Avant la Conscience, je Suis.

 

Avant « je Suis » déjà « je Suis ». Je ne peux pas ne pas Être.

C’est irréductible.

 

Rien à accomplir, tous s’accomplit déjà.

 

C’est l’Accomplissement même, Maintenant.

 

Ni début ni but. Personne pour accomplir quoi que ce soit.

C’est l’Être en Soi.

 

Tout ce chemin imaginé pour se Réaliser Soi-même, dans la même Liberté.

 

La même Paix, la même Sérénité, le même Amour, la même Conscience, la même Joie.

Frédéric Tison : Aphélie suivi de Noctifer

Aphélie suivi de Noctifer de Frédéric Tison, Collection Les Hommes sans Epaules. Librairie-Galerie Racine, 23 rue Racine, 75006 Paris.

http://editions-lgr.fr

 

Vous vous souviendrez sans doute du puissant Dieu des portes, prix Aliénor 2016. Frédéric Tison nous conduit de nouveau aux limites de l’être, là où tout se joue, là où tout demeure, dans une queste impossible et dont l’impossibilité même permet son actualisation.

 

Couv Tison

 

Les deux livres rassemblés ici se font miroirs.

« L’aphélie, précise-t-il est le nom donné à ce point de l’orbite d’un corps céleste le plus éloigné du Soleil – J’offre aujourd’hui ce nom à tout lointain, et d’abord à celui qui est en chacun de nous, à l’ombre du monde que nous hantons. »

« Noctifer (qui a nom aussi Vesper), complète-t-il est l’étoile du soir – C’est le porteur de nuit ; il se distingue de Lucifer, l’étoile du matin, le porteur de lumière – l’un des anciens noms de Jésus, mais aussi l’un de ceux dont on affubla l’ange déchu. Noctifer se lève dans l’heure où nous sommes les plus seuls ; il nous parle parfois, si nous prêtons l’oreille. »

C’est donc un enseignement de la nuit que délivre Frédéric Tison. Avec lui, nous apprenons que la nuit offre bien davantage à voir et percevoir que le jour. L’incertitude favorise les visions, les plongées et les contre-plongées, les biais perceptuels inédits ou audacieux. Le risque est majeur et de chaque instant mais le jeu en vaut la chandelle. Des éclairs laissent apparaître des paysages somptueux et révèlent des avoirs oubliés.

 

PLUS HAUTES QUE MOI, tes nuits –

Avec lesquelles tu reviens, dont tu es plein,

Dont les ailes sont d’argent, légères dans tes mains,

Avec des sources noires – Avec

Tes pesanteurs, tes crasses, tes larves

– Tu les nommais amour, oiseau, esprit !

 

Ainsi tu reviens, ainsi

Tu traverses : ce lieu qu’obombre ton corps,

Dont es pas mesurent l’espace, soupèsent les masses,

Ce lieu que je brasse, où j’apparais, disparais

Selon le gré de mes âges.

 

Frédéric Tison extrait de la nuit des essences, tantôt sombres, tantôt lumineuses. Extraction lente, alchimique ou extraction fulgurante, magique. Les mots les habillent afin de les rendre visibles, elles se font histoires. Les sens se contractent pour mieux exploser dans la conscience du lecteur. Parfois cris, souvent chants, ces altérations poétiques de la continuité de l’apparence sont autant de portes à pousser, de songes en lesquels s’enfouir, ou s’enfuir.

 

« J’AI D’AUTRES CIELS pour tes pensées…

– d’autres ciels ? – des ciels verts, des ciels rouges,

des ciels invincibles, des ciels d’étoiles retrouvées,

des ciels de Voie lactée.

J’ai des fêtes, des feux, des flûtes pour tes lacs et pour tes mers ;

j’ai des navires pour tes noyés, j’ai des rêves pour tes hôtes.

J’ai pour tes dieux encore, pour toutes tes vérités,

j’ai des trombes et des houles –, j’ai des nuées. »

 

 

ES-TU TOMBE – Suis-je

Ton miroir ou ton corps ?

 

Suis-je de tes ailes l’ardeur –

Suis-je d’elles l’effroi ?

 

Ai-je nom l’ombre,

Suis-je un soleil plus bas ?

Jean-Charles Pichon : Rencontres de Berder 2017

Rencontres de Berder 2017 autour de Jean-Charles Pichon par l’Association Les Portes de Thélème. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Voici un très beau recueil des interventions aux dixièmes rencontres de Berder qui se renouvèlent avec talent pour explorer de nouveaux espaces de pensée et de création.

Cette fois, le thème central fut l’Apocalypse en ses diverses dimensions, philosophiques, théologiques, artistiques, cinématographiques et la relation que nous entretenons avec ce sujet à travers la question de notre propre mort et de la disparition éventuelle de l’espèce humaine. Lauric Guillaud note le fort usage du mot apocalypse en notre époque qui cumule les incertitudes.

 

Couv Berder 2017

 

Cependant, d’autres sujets, sans lien direct avec ce thème dominant ont pu être abordés.

Sommaire : Cinéma et apocalypse de Jean-Charles de Oliveira – Les nouveaux prophètes de Julien Pichon – Les 5 oosei de Haruchika Noguchi par Emmanuel Thibault – Pluton, le dieu qui fait danser les mythes par Geneviève Béduneau – John Dee à propos d’une exposition à Londres par Philippe Marlin – Cinéma et censure de Jean-Christophe Pichon – La conversion du pétale ou un mois de questions dessinées de Silvanie Maghe – Du gai savoir à l’absurde de Julie Cloarec-Michaud – Science-fiction et apocalypse : écologie et catastrophisme de Lauric Guillaud – Débat. L’Apocalypse de Claude Birman et Lauric Guillaud – La langue des oiseaux de Sylvie Pinet – « Frise Pichon «  faite à la main : on avance ! de Julien Debenat – Les secrets de l’efficacité de l’acupuncture enfin dévoilée par Jean-Marie Lepelletier – Etc.

 

Julien Pichon prolonge le travail métaphysique de Jean-Charles Pichon sur la trace des prophètes et surtout des nouveaux prophètes que l’on peut chercher du côté de la recherche en mathématiques et physiques quantiques avec, entre autres, la prédiction d’objets cosmologiques.

« Le temps a été le support et l’outil du prophète. Mais il a été aussi l’objet même de la quête ontologique. On peut également se poser la question du rôle des mathématiques. Est-ce un outil pour prédire des phénomènes du réel ? Ou est-ce les mathématiques sont des éléments structurant de la chose ? Est-ce que les mathématiques constituent les propriétés principales de la chose ? Est-ce que ce sont les seules propriétés principales ? Est-ce que les mathématiques sont la chose ? Est-ce que les mathématiques ont été génératrices de nouveaux concepts ? Et si oui, à quelle réalité doit-on faire face ? Qu’est-ce que la Réalité ? »

Derrière cette cascade de questionnements apparaît une autre question, celle de notre rapport au langage mathématique. Est-il le langage de la nature ou celui de l’homme qui pense la nature ? Dans quelle mesure devons-nous faire nôtre ce langage et pour quelles finalités ?