Jacques Basse, Hommage à eux

Hommage à eux de Jacques Basse, Mondial Livres.

Avec ce dernier livre dont il confie que ce sera vraiment le dernier mais qui sait ?, Jacques Basse vient clore un cycle remarquable qui inclut les six tomes de Visages en poésie rassemblant, œuvre unique, les poèmes manuscrits et les portraits au crayon réalisés par Jacques Basse de six cents poètes contemporains. Un témoignage essentiel dont on se rendra compte dans quelques années de l’importance.

Ce nouvel opus propose deux cents sonnets, dédicaces, hommages de Jacques Basse à deux cents personnalités qui habitent son monde de partage, deux cents sonnets et les deux cents portraits de leurs dédicataires. Il est intéressant que Jacques Basse, vrai poète, renoue avec la forme classique dont nombre de poètes reconnaissent qu’elle offre une liberté sans égale. La contrainte crée une liberté nue favorable à la création.

Dans son introduction, Marc Wetzel nous fait pénétrer dans le monde et l’intention de Jacques Basse :

« On va découvrir ici le monde de Jacques Basse, et voilà deux surprises : d’abord, il n’y a ici ni choses ni événements, seulement des personnes. Et puis, son monde n’a rien de lui, il n’est littéralement fait que des autres. Pourquoi ?

D’abord, ces gens, à l’évidence, sont réunis par une commune admiration. Basse admire beaucoup, et comme méticuleusement : c’est que, sans une intense estime pour certains êtres humains, on ne peut guère, en soi-même, rejeter la tentation de l’inhumain, ni compenser le mortel mépris que nous inspirent leurs petits camarades de vie – mépris qui, livré à lui-même, tuerait bientôt toute confiance en l’humanité du prochain, comme dans le suivi de la sienne propre. C’est ainsi : seule la grandeur de volonté ou d’intelligence de certains êtres par nous rencontrés (dans la rue aux livres ou dans le livre des rues) nous sauve de la si commode et immunisante petitesse. »

Dans le monde de Jacques Basse, ces deux cents portraits participent à une sage et indispensable réconciliation avec le monde, de l’abbé Pierre à Simone Veil, en passant par Robert Badinter ou Philippe Soupault, Paul Ricoeur, Serge Torri, personnalités connues ou moins connues, membre de ce que Marc Wetzel désigne comme une « baroque armée de doux extra-lucides ».

 

Voyons maintenant l’un de ces sonnets, hommage de Jacques Basse à Hélène Grimaud :

 

Lorsqu’on vous fit on fit la beauté d’Eve.

Souffrez que je sois celui qui ose savoir

Quel est l’ange qui a posé dans vos rêves

Ces dons qu’il n’est possible de concevoir.

 

Tout est couleur en elle, la musique l’envie.

Elle peint Bach en fa dièse, au bleu piano.

C’est une fleur dont la fragrance orange vit,

Que l’abeille qu’un scarabée butine en duo.

 

Poète, elle parfume de rose tous ses poèmes,

Et transcende le vers par le mot qu’elle aime.

Ecrivain de renommée, sa plume est ivresse.

 

Son charme est grand et sa beauté suprême

Ravissante ô que je suis-je loup moi-même,

Et lorsqu’on vous fit on fit tout ce que j’aime.

 

Le double regard de Jacques Basse, mot et trait, à la fois précis et tendre, célèbre la vie, porte au plus haut les poètes et tranche dans l’incertitude pour révéler la beauté au cœur de l’être humain.

http://www.jacques-basse.net/

Publicités

Marc Thivolet

Marc Thivolet

 

(7 avril 1931 Fontenay aux Roses – 30 août 2016 Paris)

 

Être éternel par refus de vouloir durer. (René Daumal)

 

 

Marc Thivolet nous a quittés le 30 août à l’hôpital Pitié-Salpêtrière Paris 13.

Il s’en est allé avec l’élégance et la discrétion qui l’ont tant caractérisé. Tous ceux qui ont connu Marc Thivolet ont été frappés par sa simplicité et par la force de sa pensée et son exigence à pousser la réflexion à des hauteurs toujours plus élevées.

portrait-marc-thivolet

Son nom est associé au Grand Jeu, mouvement auquel il a consacré sa vie et un grand nombre d’écrits. Ami du peintre Sima (1891 – 1971), de Monny de Boully (1904 – 1968), d’Arthur Adamov (1908 – 1970)… son intérêt pour Le Grand Jeu ne fut pas celui d’un spécialiste, voire d’un exégète. La quête entreprise par Roger Gilbert-Lecomte et René Daumal, Marc l’avait poursuivie avec la singularité qui lui était propre et toutes les implications à la fois psychiques et physiques que cela sous-tend. Il incarnait — dans l’acception de faire corps et esprit — la continuité de l’expérience fondamentale. Les passionnés du Grand Jeu gardent en mémoire sa lumineuse préface Le sang, le sens et l’absence du tome I des œuvres complètes de Roger Gilbert-Lecomte pour les éditions Gallimard (1974), sans oublier le numéro spécial de L’Herne intitulé Le Grand Jeu (1968) dont il assuma la direction. En 1996, les éditions Arma Artis publièrent son dernier écrit La crise du Grand Jeu – Entre présence et expérience.

couv-marc-thivolet

Dans les années 50, Marc fait la connaissance de Carlo Suarès (1892 – 1976), ami et traducteur français de Krishnamurti et proche des membres du Grand Jeu. Une longue amitié allait lier ces deux hommes remarquables et Marc s’initia à la Cabale selon l’enseignement de Carlo Suarès. Avec sa compagne, Danielle, ils mirent en scène Le Cantique des Cantiques selon la Cabale. Désigné exécuteur testamentaire de l’œuvre écrite de C. Suarès, Marc en assura la réédition pour les éditions Arma Artis dans la collection « Traités Adamantins ».

Il fut l’un des premiers en France à s’intéresser aux communications médiumniques de l’Américaine Jane Roberts (1929 – 1984). Celle-ci en état de transe entrait en relation avec des plans supérieurs et une entité nommée Seth. Il entreprit la traduction des deux principaux livres de J. Roberts co-écrit avec son époux, Robert Butts  : L’enseignement de Seth – permanence de l’âme. Éd. J’ai Lu (1993) et Le livre de Seth. Éd. J’ai Lu (1999). En parallèle à son activité professionnelle au sein des Éditions Armand Colin, il mena celle d’auteur pour Encyclopædia Universalis et pour Planète, revue créée et dirigée par Jacques Bergier et Louis Pauwels.

Membre du groupe surréaliste de Paris qu’il quitta au début des années 90, Marc était animé par la nécessité impérieuse de voir, comprendre pour mieux percevoir. Il laisse en nous l’empreinte de son énergie à la fois subtile et puissante. Converser avec lui appartenait à ces moments privilégiés dont on mesurait la valeur, la portée et le retentissement intérieur dans l’immédiateté de l’échange.

« Franchir le seuil de soi-même/se dira désormais “passer l’arche” ». Ce sont ses paroles extraites de son recueil de poèmes L’ample vêtement sorti du sel qu’on appelle présent chez les barbares. Éd. La maison de verre (1996). Ce titre s’est imposé à lui dans une phase/phrase de demi-sommeil, autrement dit entre rêve et réalité.

Il a désormais passé l’arche. Nous, nous restons sur le seuil sans perdre de vue le fil de sa trajectoire.

 

(…)

Il fallait ce péril extrême

posé sur la tête de la femme aimée pour te faire lever

et pour t’entraîner à lutter sans intermédiaire

pour réduit ainsi à ton seul désespoir

confronter l’énergie à l’énergie

 

Je cherche éperdument à être vaincu

mais pas au prix de ma faiblesse

Je ne connais ni pitié ni regret

Je ne te comprends que si tu me vaincs

car je sais que si tu me vaincs

c’est que tu n’as rien omis de toi-même

que tu es présent tout entier

 

Tout ce qui prend corps constitue l’ultime résistance

de l’énergie à elle-même

Tout ce qui prend corps visible ou invisible

a vocation à la restitution

Rien n’est irréversible

mais tout se renverse

                                     Marc Thivolet

 

 

                                                                                                                      Fabrice Pascaud

 

Entretien avec Marc Thivolet et Fabrice Pascaud sur Baglis TV : Introduction au Grand Jeu.

https://www.youtube.com/watch?v=CbIlPi6P3Fs

 

Les jumeaux discordants, nouvel opus

La musique, davantage peut-être que la peinture ou la littérature, peut exprimer cet ordo ab chao qui structure tout voyage initiatique, quand elle fait alliance avec la poésie.

Le nouvel opus des Jumeaux discordants, Les Chimères, cinq ans après Sang pour sang, manifeste pleinement la lumière qui naît de l’obscurité.

La dérive inquiétante dans l’obscur sait se faire rassurante pour devenir voyage « orienté » et révéler la lumière même de la noirceur. Le paradoxe n’est pas que poétique, il est surtout opératif. La musique expérimentale est aussi harmonie. La voix profonde, venue des immenses cavernes des mythes, se fait douce, légère pour conduire vers les hauteurs de l’être.

Roberto Del Vecchio et Luisa Papa (Aimaproject) transgressent les formes pour mieux les traverser et rendre l’opacité transparente comme le cristal.

Les treize morceaux, sombres, portent un océan d’incertitudes d’où naît l’unique certitude de la nature lumineuse de l’être. Il s’agit de renversements. Là où l’obscurité est la plus épaisse, là où les mots, épuisés à force de cris, sont impuissants, où le bruit semble l’emporter, un intervalle de paix et de sérénité jaillit, inattendu, et s’inscrit à jamais dans les mémoires du corps, de l’âme et de l’esprit.

Couv les-jumeaux-discordants-les-chimeres

 

Traversée des mythes, Myrtho, Antéros, Artémis, Horus, Delfica, les textes, superbes, vont lentement vers une sagesse qui ne rejette rien, ni les paradis artificiels, ni l’implacable destin :

 

Artémis

 

La Treizième revient… c’est encore la première ;

Et c’est toujours la seule, ou c’est le seul moment ;

Car tu es reine, ô toi ! La première ou dernière ?

Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?…

 

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;

Celle que j’aimai seul m’aime encor tendrement :

C’est la mort ou la morte… Ô délice ! ô tourment !

La rose qu’elle tient, c’est la Rose trémière.

 

Sainte Napolitaine aux mains pleines de feux,

Rose au cœur violet, fleur de Sainte Gudule :

As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?

 

Roses blanches, tombez ! Vous insultez nos dieux,

Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :

– La sainte de l’abîme est plus sainte à mes yeux !

 

Les Chimères sont éditées par le label Athanor. L’objet lui-même, particulièrement recherché jusque dans les détails, est déjà un collector.

Athanor BP 294, 86007 Poitiers cedex, France.

 

www.arsregia.org

 

https://fr-fr.facebook.com/lesjumeauxdiscordants/

Jacques Basse : le trait, le mot et la Déesse

Mythes et légendes. Déesses, muses, naïdes, nymphes de Jacques Basse, Editions A l’index.

Jacques Basse poursuit inlassablement son œuvre, hommage à la poésie et à celles et ceux qui l’incarnent.

Toujours le trait et le mot. L’alliance du dessin et du poème.

Cette fois, c’est dans un livre-écrin mauve au format inhabituel que Jacques Basse nous introduit au monde des déesses, muses, naïades et autres nymphes. Près d’une centaine, d’Amphitrite à Xochiquetzal. Certaines nous sont familières, Aphrodite, Astarte, Isis, Miriam…, d’autres moins connues comme Chloris, Pomone ou Nea. Elles viennent de tous les horizons et ont joué, nous dit Jacques Basse, « un très grand rôle dans la vie du commun des mortels et des dieux eux-mêmes ».

Les mythes sont vivants, ils vont, ils viennent, se transforment, glissent d’une culture à une autre, sans perdre leur puissance évocatrice même si nous les oublions, toujours prêts à ressurgir. Ils ne s’absentent toutefois jamais de la psyché des poètes.

Jacques Basse présente chacune d’elles, chacune d’ELLES, au lecteur en trois temps.

Au premier temps, il résume le mythe. Ainsi pour Pomone, nous apprenons que :

« Pomone, nymphe d’une remarquable beauté, est la divinité des fruits, le raisin notamment. Elle déteste la nature sauvage et lui préfère les jardins soigneusement entretenus. Aucune nymphe ne connaissait comme elle l’art de cultiver les jardins et surtout les arbres fruitiers. Pomone n’avait aucune attirance pour les hommes mais fut recherchée en mariage par tous les dieux champêtres. N’étant pas isolée du monde, seules quelques personnes pouvaient l’approcher. Au départ, elle refusa donc de recevoir Vertumne, divinité des saisons et des arbres fruitiers, éperdument amoureux d’elle… »

Au deuxième temps, il fait le portrait au crayon de la déesse avec le talent que nous lui connaissons. Pour la contemplation. Voici Etain, déesse primordiale de la mythologie celtique irlandaise don le nom signifie « poésie » :

 Etain portrait

Dans le troisième et dernier temps, c’est par le poème que Jacques Basse nous conduit dans l’intimité, souvent tragique, de la déesse:

 

Etain

 

J’ai gravé sur la terre du druide ton nom.

Etain la déesse transformée en marre d’eau,

Avec une branche de sorbier, un rameau,

Par l’épouse de Midir Roi au grand renom.

 

Transmuée en mouche sept années durant,

Etain a des ressources et du tempérament.

Enveloppée par le doux zéphyr sur la mer,

La déesse outragée en garde un goût amer.

 

Elle pose un œil sur cette place si indigne

Qui lui est réservée, pour le chant du cygne,

Car elle fût par un roi évincée avec dédain.

 

Ce qui l’incite à dire, que l’accord d’airain

Sur un velours de soie frémit dans l’esprit,

Si naît, un son au souffle du cœur qui prie.

 

 

C’est un très bel et très original hymnaire aux déesses et aux muses qu’a composé Jacques Basse. Il renouvèle ainsi l’alliance ancienne avec les déesses et avec le féminin sacré.

http://www.jacques-basse.net/

http://lelivreadire.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

 

 

Le Maître des 5 excellences

Cheng Man Ch’ing, le Maître des 5 excellences commenté par Mark Hennessy, Editions Le Courrier du Livre.

Nous attirons votre attention plus particulièrement sur cet ouvrage consacré à un artiste et penseur exceptionnel, le Professeur Cheng Man Ch’ing, calligraphe, poète, peintre, médecin et maître de Tai Chi Chuan. L’ouvrage intéressera non seulement ceux qui sont concernés directement par le taoïsme mais tous ceux qui cherchent à traverser les formes pour en saisir l’essence.

Ce livre est une anthologie partielle de textes du Professeur Cheng, une grande figure de la pensée chinoise du XXème siècle. Le choix opéré par Mark Hennessy couvre tous les domaines ou disciplines dans lesquels s’est exercé le maître, de la calligraphie aux alchimies internes. Les cinq excellences se réfèrent aux cinq talents du Professeur Cheng qui toutes concourent à la compréhension de la nature du ch’i et à la recherche de la fluidité et de l’harmonie.

Couv Cheng

Dans son introduction, Mark Hennessy remarque que le développement du Tai Chi Chuan en Occident, notamment aux USA, a donné lieu à une profusion de publications, certaines sérieuses, d’autres fantaisistes. Il manquait toutefois les écrits de celui qui avait été à l’origine de ce développement aux USA, le Professeur Cheng, comme « épine dorsale des productions débridées publiées par les maîtres d’aujourd’hui ».

Mark Hennessy « invite le lecteur à relever la capacité de Cheng à unir des éléments de la vie souvent distincts et contradictoires. Ce qui nous permet d’abandonner les distinctions pour nous concentrer totalement sur un seul objectif : la vie ! ».

Après l’autobiographie d’un homme fort, l’ouvrage reprend les cinq arts du maître en cinq parties, art de la calligraphie, art de la poésie, art de la peinture, art de la médecine, art du Tai Chi auxquels s’ajoute un ultime chapitre consacré à la philosophie.

Cheng met en évidence le lien entre l’expression calligraphique et ce que nous sommes, appelant à une « auto-culture » et en insistant sur l’équilibre, la droiture le confort et la stabilité, « structures fondamentales » :

« Rejeter ces structures fondamentales crée une calligraphie acrobatique de seconde main qui vole vers le toit et marche sur les murs, ou qui est comme un voleur qui frôle les murs la nuit… L’homme noble ne mange pas de ce pain-là ! »

« La théorie calligraphique expose vos mots et l’écriture les révèle. Ces deux idées montrent votre caractère car il nous est impossible d’échapper à nos œuvres. »

Ce sont bien sûr les mêmes valeurs et principes que nous retrouverons dans chacun de ses arts. Ainsi sa poésie est traditionnelle car sans artifice et sans désir. Mark Hennessy rappelle que calligraphie, peinture et poésie sont indissociables :

« En Chine, la poésie seule n’était pas jugée suffisante. La calligraphie était étudiée pour susciter l’éveil susceptible de favoriser la bonne poésie ! Les poèmes pouvaient alors être intégrés dans la peinture, car la poésie de qualité générait sa propre peinture… »

« Les poèmes expriment votre esprit, dit Cheng, et on ne peut pas s’exprimer en totalité tant qu’on n’a pas étudié la poésie. Lire la poésie peut faire fructifier ces pensées inertes… Quand elles ont été éveillées, la poésie est idéale pour les exprimer! Aussi, après que vous ayez sérieusement étudié la poésie, vous pouvez laisser parler votre esprit… »

Calligraphie, poésie, peinture tendent vers la révélation ou l’expression de l’indifférencié, du simple, de l’essentiel, de l’unique. « Le Ciel se déploie d’un seul trait. », rappelle Cheng. Cette phrase « ne prend pas en compte les transformations du yin et du yang, seulement leur principe d’unité. ».

Nous retrouvons ce grand principe dans l’art de la médecine de Cheng. Il n’oppose pas médecine traditionnelle chinoise et médecine occidentale. Il reconnaît l’apport de cette dernière mais mesure aussi « les effets secondaires qu’elle engendre pour les patients ». Il voit dans un rapprochement entre les deux cultures médicales, une opportunité pour développer une médecine totale plus respectueuse de l’être.

Concernant le traitement du cancer, auquel il s’est consacré, il identifie avec prudence huit points importants qui posent la question de notre rapport à la maladie, qu’il soit personnel ou institutionnel. La prévention, trop étrangère à la culture médicale française, tient, dans sa pensée, une place essentielle.

Concernant, cette fois, le Tai Chi, Mark Hennessy a sélectionné quelques textes qui parleront davantage aux pratiquants comme : Une explication de « L’Ours constant », Introduction à L’enchaînement unifié et à la fonction du T’aichi Chuan de Yang Chen-fu, mais aussi « Les derniers mots sur le T’aichi Chuan » de Chen Man Ch’ing. Ce texte introduit le lecteur à la dernière partie de l’ouvrage consacrée à la philosophe de Cheng et notamment à une comparaison entre le pensée de Confucius et celle de Lao Tseu au regard du I Ching.

Nous trouvons aussi dans cette partie le Traité sur la Nature Originelle de l’Homme, rédigé dans les dernières années de sa vie, qui aborde la question du bien et du mal. Il dissipe les préjugés et les clichés, les fausses vérités et les simplifications toxiques.

« On a pu dire que « si un fou peut penser, il peut devenir un sage ; si un sage ne pense pas, il devient un fou. » Ceci renvoie à ceux qui peuvent encore changer… Si vous pouvez revenir d’une courte déviance en ayant maintenu le principe, les myriades de possibilités existent toujours ! Bien que votre développement soit graduel, le début du voyage est seulement à portée de pensée… Ceux qui souhaitent compléter leur bonne nature doivent s’observer quand ils sont seuls ! »

Homme exceptionnel et écrits exceptionnels. Les mots sont ici toujours ajustés à la queste qui n’est jamais perdue de vue.

Le Courrier du Livre, 27 rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.

Les Orphées du Danube

Les Orphées du Danube. Jean Rousselot, Gyula Illyés et Ladislas Gara suivi de Lettres à Gyula Illyés par Jean Rousselot, par Christophe Dauphin & Anna Tüskés, Editions Editinter et Rafael de Surtis.

C’est le traducteur hongrois Ladislas Gara qui, par sa rencontre avec Jean Rousselot en 1954, va initier une amitié franco-hongroise poétique au fort rayonnement. Grâce à lui, Jean Rousselot découvre la Hongrie, sa culture, sa poésie, ses poètes dont le premier d’entre les poètes hongrois de l’époque, Gyula Illyés.

Couv Danube Orphée

Jean Rousselot et Ladislas Gara vont considérablement s’investir dans ce projet de partage auquel participeront, côté français, une cinquantaine de poètes et écrivains. Ladislas Gara traduira en français de nombreux poètes hongrois avec Jean Rousselot comme adaptateurs. Christophe Dauphin estime que ce travail de passeurs dans les deux sens est sans équivalent et reste tout à fait exceptionnel.

L’ouvrage est un livre de poésie mais une poésie que Christophe Dauphin et Anna Tüskés veulent inscrire dans les temps sombres et tumultueux qu’elle a traversés. Là encore, la poésie apparaît à la fois comme résistance et comme voie de liberté.

« Pendant de longs siècles, nous dit Christophe Dauphin, la Hongrie déchirée entre l’esclavage et la liberté, l’indépendance et l’assimilation, l’Est et l’Ouest, ne survécut que par sa langue qui reçut la mission redoutable de rester elle-même dépositaire de l’identité d’un peuple, tout en devenant lieu d’accueil et instrument d’acclimatation pour toute la culture occidentale, en dépit des aléas d’une histoire mouvementée. »

Les poètes hongrois de la seconde partie du XXe siècle n’ont pas seulement été confrontés au rideau de fer et à la dictature mais aussi à l’ignorance de l’Ouest, entre bêtise et préjugés, qui déconsidère ce petit pays qui a généré tant de grands poètes, et donc de penseurs ! Jean Rousselot et Ladislas Gara firent donc œuvre de réparation, réparation qui se poursuit aujourd’hui avec cet ouvrage qui rend compte de foisonnements multiples, celui des artistes hongrois à Paris, celui des traducteurs, créateurs de passerelles, parfois éphémères, parfois éternelles, celui des poètes d’une langue étonnante, source inépuisable du renouvellement de l’être. Aujourd’hui, la littérature et la poésie hongroise, non inféodées, apparaissent bien plus vivantes et rayonnantes que dans une France étriquée entre le littérairement correct et le carcan de la finance.

Dans la première partie de l’ouvrage, Christophe Dauphin fait revivre cette créativité exemplaire des artistes hongrois entre Seine et Danube, une créativité combattante qui, à Paris comme à Budapest, doit faire face à l’obscurantisme stalinien.

La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à douze poètes hongrois traduits par Ladislas Gara et adaptés par Jean Rousselot : Mihály Vörösmarty, János Arany, Sándor Petőfi, Imre Madách, Endre Ady, Mihály Babits, Dezső Kosztolányi, Lajos Kassák, Lőrinc Szabó, Attila József, Miklós Radnóti et Sándor Weöres. C’est souvent une poésie de sang, un cri qui se sait inaudible, sans concession envers le tragique, sans concession non plus envers la poésie elle-même.

Les troisième et quatrième parties du livre présentent les Poèmes hongrois de Jean Rousselot (1913 – 2004) et Sept poèmes de Gyula Illyés (1902 – 1983) après un bref portrait des deux hommes et une introduction à leurs œuvres respectives.

Voici un extrait de ce long poème d’Illyés, Une phrase sur la tyrannie, véritable manifeste, dont l’enregistrement par le poète lui-même fut diffusé sur les ondes en 1989 pour annoncer la fin de la république populaire de Hongrie :

 

La tyrannie, chez les tyrans,

ne se trouve pas seulement

dans le fusil des policiers,

dans le cachot des prisonniers ;

pas seulement dans l’in-pace

où les aveux sont arrachés,

ou dans la voix des porte-clefs

qui, la nuit, vient vous appeler ;

pas seulement dans le feu noir

du nuageux réquisitoire

et dans les « oui » du prévenu

ou le morse des détenus ;

pas seulement dans le glacial

verdict du mort du tribunal :

« vous êtes reconnus coupable ! »

Pas seulement dans l’implacable

« peloton, garde à vous ! » suivi

d’un roulement de tambour, puis

de la salve, et puis de la chute

d’un corps qu’aux voiries l’on culbute ;

(…)

elle est dans les plats, les assiettes,

dans ton nez, ta bouche, ta tête ;

c’est comme quand, par la fenêtre,

la puanteur des morts pénètre,

(ou bien, va voir ce qui se passe,

Peut-être une fuite de gaz ?) ;

Tu crois te parler, mais c’est elle

La tyrannie, qui t’interpelle !

Tu crois imaginer ? Lors même

elle est encor ta souveraine ;

ainsi de tout : la voie lactée

n’est plus qu’une plaine minée,

une frontière balayée

par le projecteur des douaniers ;

L’étoile ? un judas de cachot !

et les bivouacs d’astres, là-haut,

un immense camp de travail ;

la tyrannie où que tu ailles !

(…)

elle, en tout but que tu atteins !

elle, dans tous les lendemains !

elle encor qui te dévisage

dans ta pensée et dans ta glace ;

à quoi bon fuir ? Elle te tient !

et tu es ton propre gardien…

 

Ce poème n’est pas seulement bouleversant par son rapport aux événements terribles que l’auteur et le peuple hongrois traversent alors, il l’est surtout parce qu’il énonce ce que nous ne voulons pas voir. Cela, la tyrannie, n’existe dehors que parce qu’elle est en nous au quotidien, dans nos identifications aliénantes et banales. Il ne peut y avoir de libération populaire si nous ne nous libérons pas d’abord de nous-mêmes. La poésie de Gyula Illyés présente une dimension à la fois intime et universelle dans un nouveau paradigme de dissidence.

La cinquième partie est une longue étude d’Anna Tüskés, Jean Rousselot et la poésie hongroise, qui évoque les liens de Jean Rousselot avec les poètes hongrois et son travail d’adaptateur d’après les traductions de Ladislas Gara. Il précède un ensemble important de lettres de Jean Rousselot à Gyula Illyés qui témoignent de la construction d’une amitié profonde et de l’influence de cette amitié sur plusieurs décennies de littérature et de poésie.

Il s’agit d’un livre important, qui s’adresse à tous, à ceux qui souhaitent mieux comprendre les relations culturelles franco-hongroises, l’histoire de la Hongrie, à ceux qui désirent découvrir la poésie hongroise, ses singularités, ses saveurs, à ceux enfin qui veulent rester debout.

Vous trouverez une présentation plus complète sur le site des Hommes sans Epaules :

Les Orphées du Danube

Les surréalistes et la Bretagne

Les surréalistes et la Bretagne de Bruno Geneste et Paul Sanda, Editions Editinter.

Dans la préface de ce livre, qui rend notamment hommage à Jean Markale, Marc Petit rappelle qu’après s’être intéressés à la psychanalyse et au communisme, deux échecs, c’est vers le fouriérisme et les différentes expressions de la Tradition, notamment bretonnes, qu’André Breton et ses compagnons se tournèrent. « L’art et la culture du monde breton, nous dit-il, allaient devenir pour André Breton, réassumant symboliquement son patronyme, une des références les plus constantes de sa pensée, mais aussi l’objet d’une passion qui poussera le collectionneur invétéré, à acquérir, dans les quinze dernières années de sa vie, nombre de monnaies gauloises, principalement armoricaines, à côté de modestes et plus récentes productions d’art populaire… » L’influence de Jean Markale sur André Breton et le surréalisme fut certaine pour échapper à ce que Marc Petit désigne comme « l’ordre romain » et explorer de nouveaux modes de vie. Pour les auteurs, « La dynamique surréaliste peut se clarifier ainsi, par le signe ascendant : plus de liberté intérieure, plus d’invention exploratrice, plus de beauté, plus de merveilleux et plus d’amour. ». Cela pourrait sembler un programme digne du mouvement new-age le plus diluant s’il n’y a avait la suite : « Pour cela, faire éclater la morale bourgeoise, les barrières psychologiques de la culpabilité, les systèmes hiérarchisés matérialistes, le conformisme ambiant, les idées reçues et les aberrations entretenues par les clichés jacobins médiatisés, enfin tout le small talk de la conversation mondaine… »

Couv lessurrealistes

Le livre rend compte de l’émergence de la Bretagne dans la pensée et dans les œuvres des surréalistes. En 1949, André Breton rencontre Jean Markale et avec lui la poésie celtique et les mythes fondateurs de la Bretagne comme pensée magique et créatrice. Les surréalistes semblent avoir noué une relation singulière avec « le paysage breton d’une autre époque », « ce pays oublié dans les brumes gracquiennes, dénudant brusquement ces invisibles contours ».

L’ouvrage rend compte des rencontres nombreuses de surréalistes ou de proches du surréalisme avec la matière de Bretagne. Outre Breton, le lecteur croisera Yves Tanguy, Angèle Vannier, Jacques Baron, Benjamin Péret, Lucien Coutaud, Annie Le Brun, Max Jacob et bien d’autres. Mais, premiers témoins et éveilleurs, les hauts lieux de Bretagne, de Brocéliande à Ouessant, hantent le livre. Ils en sont le véritable sujet, eux qui habitent les esprits qui croient les habiter.

L’ouvrage, publié avec l’aide et le soutien de la Bourse Sarane Alexandrian de la Création d’avant-garde de la SGDL, se clôt sur deux lettres d’André Breton à Joyce Mansour.

www.edidinter.fr