Marc Thivolet

Marc Thivolet

 

(7 avril 1931 Fontenay aux Roses – 30 août 2016 Paris)

 

Être éternel par refus de vouloir durer. (René Daumal)

 

 

Marc Thivolet nous a quittés le 30 août à l’hôpital Pitié-Salpêtrière Paris 13.

Il s’en est allé avec l’élégance et la discrétion qui l’ont tant caractérisé. Tous ceux qui ont connu Marc Thivolet ont été frappés par sa simplicité et par la force de sa pensée et son exigence à pousser la réflexion à des hauteurs toujours plus élevées.

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Son nom est associé au Grand Jeu, mouvement auquel il a consacré sa vie et un grand nombre d’écrits. Ami du peintre Sima (1891 – 1971), de Monny de Boully (1904 – 1968), d’Arthur Adamov (1908 – 1970)… son intérêt pour Le Grand Jeu ne fut pas celui d’un spécialiste, voire d’un exégète. La quête entreprise par Roger Gilbert-Lecomte et René Daumal, Marc l’avait poursuivie avec la singularité qui lui était propre et toutes les implications à la fois psychiques et physiques que cela sous-tend. Il incarnait — dans l’acception de faire corps et esprit — la continuité de l’expérience fondamentale. Les passionnés du Grand Jeu gardent en mémoire sa lumineuse préface Le sang, le sens et l’absence du tome I des œuvres complètes de Roger Gilbert-Lecomte pour les éditions Gallimard (1974), sans oublier le numéro spécial de L’Herne intitulé Le Grand Jeu (1968) dont il assuma la direction. En 1996, les éditions Arma Artis publièrent son dernier écrit La crise du Grand Jeu – Entre présence et expérience.

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Dans les années 50, Marc fait la connaissance de Carlo Suarès (1892 – 1976), ami et traducteur français de Krishnamurti et proche des membres du Grand Jeu. Une longue amitié allait lier ces deux hommes remarquables et Marc s’initia à la Cabale selon l’enseignement de Carlo Suarès. Avec sa compagne, Danielle, ils mirent en scène Le Cantique des Cantiques selon la Cabale. Désigné exécuteur testamentaire de l’œuvre écrite de C. Suarès, Marc en assura la réédition pour les éditions Arma Artis dans la collection « Traités Adamantins ».

Il fut l’un des premiers en France à s’intéresser aux communications médiumniques de l’Américaine Jane Roberts (1929 – 1984). Celle-ci en état de transe entrait en relation avec des plans supérieurs et une entité nommée Seth. Il entreprit la traduction des deux principaux livres de J. Roberts co-écrit avec son époux, Robert Butts  : L’enseignement de Seth – permanence de l’âme. Éd. J’ai Lu (1993) et Le livre de Seth. Éd. J’ai Lu (1999). En parallèle à son activité professionnelle au sein des Éditions Armand Colin, il mena celle d’auteur pour Encyclopædia Universalis et pour Planète, revue créée et dirigée par Jacques Bergier et Louis Pauwels.

Membre du groupe surréaliste de Paris qu’il quitta au début des années 90, Marc était animé par la nécessité impérieuse de voir, comprendre pour mieux percevoir. Il laisse en nous l’empreinte de son énergie à la fois subtile et puissante. Converser avec lui appartenait à ces moments privilégiés dont on mesurait la valeur, la portée et le retentissement intérieur dans l’immédiateté de l’échange.

« Franchir le seuil de soi-même/se dira désormais “passer l’arche” ». Ce sont ses paroles extraites de son recueil de poèmes L’ample vêtement sorti du sel qu’on appelle présent chez les barbares. Éd. La maison de verre (1996). Ce titre s’est imposé à lui dans une phase/phrase de demi-sommeil, autrement dit entre rêve et réalité.

Il a désormais passé l’arche. Nous, nous restons sur le seuil sans perdre de vue le fil de sa trajectoire.

 

(…)

Il fallait ce péril extrême

posé sur la tête de la femme aimée pour te faire lever

et pour t’entraîner à lutter sans intermédiaire

pour réduit ainsi à ton seul désespoir

confronter l’énergie à l’énergie

 

Je cherche éperdument à être vaincu

mais pas au prix de ma faiblesse

Je ne connais ni pitié ni regret

Je ne te comprends que si tu me vaincs

car je sais que si tu me vaincs

c’est que tu n’as rien omis de toi-même

que tu es présent tout entier

 

Tout ce qui prend corps constitue l’ultime résistance

de l’énergie à elle-même

Tout ce qui prend corps visible ou invisible

a vocation à la restitution

Rien n’est irréversible

mais tout se renverse

                                     Marc Thivolet

 

 

                                                                                                                      Fabrice Pascaud

 

Entretien avec Marc Thivolet et Fabrice Pascaud sur Baglis TV : Introduction au Grand Jeu.

https://www.youtube.com/watch?v=CbIlPi6P3Fs

 

Benjamin Péret

Les Hommes sans Epaules, Cahiers Littéraires n°41, Nouvelle série, premier semestre 2016.

Le dossier de ce beau numéro est consacré à Benjamin Péret. Dans son éditorial, intitulé « Le passager du Transatlantique », Christophe Dauphin explique ce choix :

« Les poètes ont toujours été et sont toujours de ce monde, mais ils sont rares, ceux qui, de la trempe de Benjamin Péret, demeurent toujours et définitivement à l’avant-garde du Feu poétique. Et pourtant, si le Passager du Transatlantique n’a jamais cessé d’être à flot, ce fut trop souvent sur un océan d’ombre, que n’emprunte qu’une minorité, certes, mais active et éclairée. Ce constat a motivé l’écriture du dossier central de ce numéro des HSE. Avec Péret, nous ne sommes jamais dans l’histoire de la littérature, tellement ce poète est actuel – et surtout en ces temps d’assassins et du médiocre dans lesquels nous vivons  -, mais dans la vie. Comment alors expliquer l’audience confidentielle de son œuvre ? »

Si la France a, depuis des décennies, du mal avec la poésie en général et les poètes en particulier qui, souvent, obligent à penser dans un monde qui a vu, avec les soi-disant nouveaux philosophes des années 60-70, l’opinion remplacer la pensée et le savoir. Benjamin Péret, un anticonformiste cher à Sarane Alexandrian, n’a jamais fait la moindre concession à la mondanité.

L’œuvre, toujours injustement méconnue de Benjamin Péret, est immense, aux poèmes s’ajoutent des contes, des écrits politiques, des écrits ethnologiques, des écrits critiques sur le cinématographe et les arts plastiques, sur le surréalisme, la littérature, sans compter les entretiens. Une œuvre éditée aujourd’hui en sept volumes sous le titre Œuvres complètes grâce à l’association des amis de Benjamin Péret.

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Son œuvre, toujours aussi actuelle, dérange et secoue. Elle réveille. Benjamin Péret qui poussera de manière exemplaire la pratique de l’écriture automatique dans ses retranchements soulève l’hostilité et l’incompréhension dès la fin des années 1920, notamment de la N.R.F., incompréhension qui demeure.

Voici pourtant ce qu’en dit André Rolland de Renéville en 1939 :

« L’écriture automatique apparaît en harmonie avec le tempérament de Péret, au point qu’il semble que notre poète n’eût pas écrit si le surréalisme n’avait pas été découvert. Benjamin Péret ne conserve de notre langage que la construction syntaxique, l’allure et le ton. Les mots lui deviennent des signes. Il leur redonne un sens absolument libre, dégagé des objets qu’il désigne. De nouveaux objets semblent naître de ces moules dont le contenu nous était imposé par l’usage. Et le miracle est que ces réalités nous les comprenons, tandis que nous traverse l’immense éclat de rire d’un être que nulle contrainte ne retient plus de se lancer à travers notre flore et notre faune urbaines, comme s’il s’agissait pour lui de celles d’une contrée primordiale, ouverte à ses instincts. Il suffit de lire au hasard l’un de ses plus beaux poèmes pour y trouver l’exemple d’une conscience qui décide d’accepter sans y introduire de contrôle, la succession des idées qui se présentent à elle par le mécanisme de leur libre association.  Péret annihile la distance entre l’homme et l’objet, entre l’espace et le temps, entre le réel et le rêve : Sois la vague et le bourreau la lance et l’orée – et que l’orée soit l’étincelle qui va du cou de l’amante à – celui de l’amant – et que se perde la lance dans la cervelle du temps – et que la vague porte la poutre – et que la poutre soit une hirondelle – blanche et rouge comme mon CŒUR et ma peur. »

Christophe Dauphin note que si Benjamin Péret, ce « surréaliste par excellence », « est presque toujours qualifié d’opposant-né », il convient aussi de parler de lui comme d’ « un homme du oui et de l’adhésion à la liberté, à l’amour sublime, au merveilleux, à l’amitié ». Péret, nous dit-il, a aussi « magistralement établit l’analogie entre la démarche poétique et la pensée mythique ». Christophe Dauphin rappelle que Benjamin Péret est définitivement vivant quand bien des prétendus poètes d’aujourd’hui sont déjà morts. En 1945, il tenait ces propos, à la fois réalistes et visionnaires, dans Le déshonneur des poètes.

« Les ennemis de la poésie ont eu de tout temps l’obsession de la soumettre à leurs fins immédiates, de l’écraser sous leur dieu ou, maintenant, de l’enchaîner au ban de la nouvelle divinité brune ou « rouge » – rouge-brun de sang séché – plus sanglante encore que l’ancienne. Pour eux, la vie et la culture se résument en utile et inutile, étant sous-entendu que l’utile prend la forme d’une pioche maniée à leur bénéfice. Pour eux, la poésie n’est que le luxe du riche, aristocrate ou banquier, et si elle veut se rendre « utile » à la masse, elle doit se résigner au sort des arts « appliqués », « décoratifs », « ménagers », etc. »

Benjamin Péret est plus que jamais précieux dans un monde ou la compromission, la trahison et la falsification sont la norme.

 

A travers le temps et l’espace

Attendre sous le vent et la neige des astres

la venue d’une fleur indécente sur mon front décoloré

comme un paysage déserté par les oiseaux appelés soupirs du sage

et qui volent dans le sens de l’amour

voilà mon sort

voilà ma vie

Vie que la nature a fait pleine de plumes

et de poisons d’enfants

je suis ton humble serviteur

 

Je suis ton humble serviteur et je mords les herbes des nuages

que tu me tends sur un coussin qui

comme une cuisse immortelle

conserve sa chaleur première et provoque le désir

que n’apaiseront jamais

ni la flamme issue d’un monstre inconsistant

ni le sang de la déesse

voluptueuse malgré la stérilité d’oiseau des marécages intérieurs

 

Sommaire du numéro :
Editorial : « Le Passager du Transatlantique », par Christophe DAUPHIN
Les Porteurs de Feu : Marc PATIN, par Christophe DAUPHIN, Jean-Clarence LAMBERT, par César BIRÈNE, Poèmes de Marc PATIN, Jean-Clarence LAMBERT
Ainsi furent les Wah: Poèmes de Philip LAMANTIA, Hervé DELABARRE, Guy CABANEL, Jean-Dominique REY, Emmanuelle LE CAM, Ivan de MONBRISON, Gabriel ZIMMERMANN
Dossier : La parole est toujours à Benjamin PÉRET, par Christophe DAUPHIN, avec des textes de Jean-Clarence LAMBERT, Poèmes de Benjamin PERET
Une voix, une oeuvre : Annie LE BRUN, par Karel HADEK, Poèmes de Annie LE BRUN
Portraits éclairs : Lionel RAY, par Monique W. LABIDOIRE, Fabrice MAZE, par Odile COHEN-ABBAS
Dans les cheveux d’Aoûn, proses de : Jean-Pierre GUILLON, Fabrice PASCAUD
La mémoire, la poésie : Jehan MAYOUX, par César BIRÈNE, Alice MAYOUX, Poèmes de Jehan MAYOUX
Les pages des Hommes sans Epaules : Poèmes de Paul FARELLIER, Alain BRETON, Christophe DAUPHIN, Gisèle PRASSINOS
Avec la moelle des arbres: Notes de lecture de Nicole HARDOUIN, Paul FARELLIER, Jean CHATARD, Christophe DAUPHIN, Béatrice MARCHAL
Infos/Echos des HSE : par Claude ARGÈS, avec des textes de Alain JOUBERT, Jacques LACARRIERE, Jean-Pierre GUILLON, Abdellatif LAABI, Jean ROUSSELOT, Christophe DAUPHIN, Roger KOWALSKI, Jacques SIMONOMIS, Alain JOUFFROY, Lemmy KILMISTER
Les inédits des HSE: « Poèmes », par Ashraf FAYAD, avec des textes de Christophe DAUPHIN, Abdellatif LAABI

 

http://www.leshommessansepaules.com/

http://www.benjamin-peret.org

Le polar ésotérique

Le polar ésotérique. Sources, thèmes, interprétations de Lauric Guillaud & Philippe Marlin, Editions L’œil du Sphinx.

Lauric Guillaud est professeur émérite de littérature et de civilisation américaine à l’Université d’Angers. Il a publié de nombreux articles sur l’imaginaire anglo-saxon et une série de travaux très intéressants sur des mythes anciens ou modernes.

Philippe Marlin, fondateur et principal animateur de l’association L’œil du Sphinx a su rassembler autour de lui des talents très divers pour créer la maison d’éditions du même nom, une maison particulièrement dynamique qui a proposé depuis l’an 2000 plus de deux cents titres, essais et romans, à des lecteurs de plus en plus nombreux dans les domaines du fantastique, de la science-fiction, de l’ésotérisme, de l’étrange notamment.

Lauric Guillaud et Philippe Marlin nous offrent une étude très exhaustive et passionnante d’un sous genre en vogue du roman criminel ou policier, le polar ésotérique, on parle parfois d’ « eso-polar » qui, nous disent-ils, « allie énigme, suspense et révélation de secrets mystiques, religieux ou occultes, avec un arrière-plan privilégiant sociétés secrètes, conspirationnisme et eschatologie. »

« La structure récurrente du genre, remarquent-ils, repose sur un procédé narratif consistant à dresser des parallèles ou des comparaisons entre la société actuelle et celle d’un siècle passé, opérant un effet de distanciation visant à transférer les problèmes du temps vers quelques lointaines société. »

Toutefois, le genre, particulièrement foisonnant, donnant lieu à des créations protéiformes est particulièrement difficile à typifier. Les auteurs évoquent même « une ivresse des mélanges ». Il s’agit toujours d’écriture hybride selon Françoise Moulin Civil, « à la lisière entre histoire et fiction, entre document et réécriture ». Le polar ésotérique est un espace de liberté,  à la fois ludique et philosophique quand il vient percuter et interroger les évidences d’une pensée trop conformiste. Le genre est à la fois l’expression et le symptôme de notre rapport à l’imaginaire, un rapport trop contraint par les normes. Il n’est pas anodin que ce genre connaisse un grand développement depuis la seconde moitié du XXème siècle.

Questionner l’histoire, l’approfondir, la détourner, la retourner pour écrire des histoires vivantes dans lesquelles la psyché se délecte. Les généalogies du genre sont nombreuses et se croisent nécessairement tant les thèmes sont transversaux. Des noms illustrent apparaissent : Balzac, Hugo, Nerval, Goethe, Villiers de l’Isle-Adam, Bulwer-Lytton qui, en associant littérature et ésotérisme, ont donné au genre ses références et ses exigences de qualité, une qualité qui n’est bien sûr pas toujours au rendez-vous.

Lauric Guillaud et Philippe Marlin, par leur érudition, réussissent à dresser un tableau clair d’un genre qui aime la confusion. Ils analysent tout d’abord les tendances de l’éso-polar, de l’enquête profane à la quête ésotérique et remarque « le retour du détective de l’occulte ». Dans une deuxième partie, ils identifient et étudient les sous-genres de l’éso-polar : polar maçonnique, théo-fiction, livres maudits, éso-polar pictural, éso-polar archéologique, technothriller, éso-polar régional, ésotérisme nazi, polar pontifical… Enfin ils présentent la structure de l’éso-polar autour de l’opposition chronologique, typique du genre :

« Dans l’éso-polar, la notion de construction narrative est inséparable des paramètres de temporalité et d’espace. Si le temps de la fiction épouse le temps chronologique durant l’action du roman, le genre requiert, soit une construction à rebours (on remonte le temps, souvent des effets vers les causes, à partir d’un point précis du temps chronologique), soit une construction avec feed-back (le récit alternant un déroulement chronologique et des retours en arrière ponctuels), soit une construction simultanée ou alternée (deux ou plusieurs récits se déroulent dans le même temps). »

L’éso-polar fait partie de la littérature populaire, c’est-à-dire de la littérature. La littérature populaire est à la fois un témoin des tensions, des carences et des peurs de nos sociétés et un vecteur de changement sociétal. L’éso-polar pourrait être « plus qu’un phénomène socio-culturel (…) une réaction sur le mode de la terreur au matérialisme ambiant ». « L’éso-polar vise tout simplement à réenchanter le monde en réveillant paradoxalement les peurs de la nuit. »

Couv Polar ésotérique

Voici un essai riche et passionnant, qui fait désormais référence sur ce thème, dont la couverture de notre ami Jean-Michel Nicollet évoquera pour chacun d’entre nous le charme de ces moments de lecture entre rêve et réalité.

Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Cheminer avec Valère Sataselski

 

Entretien avec Valère Staraselski de Vincent Ferrier, collection Portraits, Editions L’Ours Blanc.

Valère Staraselski inaugure cette nouvelle collection, Portraits, voulue par l’équipe des Editions L’Ours Blanc pour proposer d’autres rencontres, atypiques, que celles organisées par la Société du Spectacle que dénonçait déjà Guy Debord.

Ecrivain talentueux, engagé, exigeant, à la croisée des mondes et des cultures, habitué des chemins de traverse et des écoles buissonnières, Valère Staraselski est un romancier, avant tout un penseur, à la fois éveilleur politique et philosophe du quotidien, c’est-à-dire qu’il vit en philosophe, qu’il vit en incarnant ce qu’il enseigne et transmet. Un homme rare par conséquent dans un monde où l’artifice est célébré à chaque instant.

Couv Valère

Valère Staraselski, c’est une œuvre considérable. Des romans dont Un homme inutile, Une histoire française, Nuit d’hiver, L’adieu aux rois, Sur les toits d’Innsbruck, des romans historiques, des romans intimistes, qui interrogent nos sociétés et portent des sens profonds. Des essais, notamment ceux consacrés à Aragon dont il est l’un des tout meilleurs spécialistes, et des livres qui témoignent comme Un siècle d’Humanité 1904-2004 ou Un siècle de Vie ouvrière. Des nouvelles aussi et de très nombreux textes publiés dans des ouvrages collectifs. Une constante : la liberté, la fraternité, l’humanisme, la profondeur de l’être incessamment rappelée, restaurée, y compris à partir de la matière lourde et sordide qu’est le pire de l’être humain. Parfois dans un cri, parfois dans un murmure, parfois dans un chant d’amour.

Vincent Ferrier décline les thèmes qui structurent l’architecture de l’œuvre de Valère Staraselski. Ils sont aussi les traces du cheminement d’un homme : la nation, l’altruisme, le christianisme, le communisme, le militantisme, la littérature, la femme…

Viennent ensuite des analyses des différents ouvrages de Valère Staraselski par Vincent Ferrier et une sélection de chroniques diverses concernant ses ouvrages, des regards différents et complémentaires portés sur les aspects forts d’une même œuvre.

Quelques extraits des réponses de Valère Staraselski aux questions de Vincent Ferrier :

A propos de son engagement communiste :

« Néanmoins, pas question pour moi de me dédire, mais je dois avouer que tenir un engagement communiste, un tant soit peu utile, un engagement au service du bien commun qu’on peut nommer, je le répète, du communisme, est devenu une entreprise qui, depuis quelques temps, tient de l’héroïsme. Pour Mahmoud Darwich : « Les héros, tel est le sort, sont toujours acculés à des batailles inégales face à l’ennemi. » (En chacun de nous, quelque chose d’Arafat) ou du sacerdoce ajouterai-je…

Par ailleurs, je veux dire dans des conditions politiques, historiques qui sont les nôtres aujourd’hui, celles du capitalisme généralisé, ce qui me frappe le plus, c’est la progression fulgurante dans de larges couches de la population, non pas de l’immoralité seulement mais de l’amoralité. Mais ceci est un autre aspect de notre époque… »

A propos du bonheur, de la conscience et de la liberté :

Ce que je pense ? Le bonheur n’est pas interdit, il est même nécessaire, mais il ne doit pas primer sur le devoir. Du reste, cela ne me paraît pas contradictoire avec ces mots de Raoul Vaneigem lorsqu’il affirme dans Le Chevalier, la dame, le diable et la mort : « La conscience que le bonheur de chacun s’accroît du bonheur de tous est plus utile à la révolution de la vie quotidienne que toutes les objurgations éthiques de l’intellectualité militante. » Il dit bien la conscience, car que chacun continue à vivre, à jouir de sa liberté sans aucune attention à l’autre, et les catastrophes arriveront ! »

A propos de la femme et du féminin :

« Et lorsqu’une personne aimée ou qu’on a aimé, qui est sa propre mère, voit sa vie saccagée par une maladie mentale incurable, ou bien qui est un être avec qui on a vécu et s’est construit, subit en pleine force de l’âge, une descente aux enfers et meurt d’un cancer, c’est-à-dire d’une mort terrible, injuste et scandaleuse, alors s’applique à l’infini ce que profère l’écrivain tchèque Bohumil Hrabal : « L’amour est la loi la plus haute et cet amour est compassion. ». »

Cheminer avec Valère Staraselki, c’est se rapprocher de soi-même, se découvrir dans le regard lucide de l’écrivain et du lutteur, découvrir notre être intrinsèque au sein même de la complexité et des contradictions de l’humain.

L’Ours Blanc, 28 rue du Moulin de la Pointe, 75013 Paris.

http://assocloursblanc.over-blog.com

Alain-Pierre Pillet

 

Alain-Pierre Pillet nous a quittés brutalement le 16 décembre 2009, à l’âge de 62 ans. Une mort devenue vie grâce, notamment, aux Amis d’Alain-Pierre Pillet qui, rassemblés en association, l’ADADAPP, font vivre son œuvre. Ils ont publié, aux Editions La Doctrine, le premier volume des Œuvres complètes d’Alain-Pierre Pillet.

Ce qui caractérisait la pensée ou la parole d’Alain-Pierre Pillet était sans doute l’élégance qui toujours pointait sous l’humour, la lucidité froide, la sensibilité exacerbée ou contenue. Cette élégance de l’être lui aura permis de traverser ce monde qu’il comprenait trop et qui le comprenait si mal à moindre douleur peut-être. Cet adepte de l’alternative nomade, voyageur des géographies physiques comme psychiques, fut un témoin étonnant de ce qui est là par ses regards décalés, éclairant soudainement ce que nous ne voulions voir.

Son humour qui le mettait à distance salutaire de l’autre, de l’ami qui trahit comme de l’ennemi qui passe, n’aura pas toujours suffit à le préserver. Les mots, avec plus de certitude, lui ont permis avec le talent étrange et délicieux qui était le sien, de s’échapper tout en révélant.

Ce premier volume rassemble tous les ouvrages publiés en autoédition à l’exception de Venezia Traviata qui sera intégré au volume cinq. C’est un volume très réussi, à la fois sobre et exigeant dans sa forme comme dans son contenu, les textes, poèmes ou proses, étant étayés par de nombreuses illustrations d’artistes comme Max Schoendorff, Pierre Nadal, Robert Lagarde, Jean Terrossian pour les signalisations du texte Les Dangers de la route, Anne-Lise Déhée et d’autres encore.

L’un des textes les plus surprenants est l’enquête André Breton à Venise, pour laquelle il recueillit quarante contributions, alors que Breton n’est jamais allé à Venise. Trois questions sont posées aux participants : Vous avez été à une époque de votre vie proche d’André Breton. Vous a-t-il parlé de Venise ? Quelles sont les rencontres entre le surréalisme et Venise ? Quels rapports entretenez-vous avec cette ville ? Parmi les réponses, nous trouvons celles de Nelly Kaplan, Léo Ferré, Jean Rollin, Edgar Morin, Philippe Soupault, Henri Pastoureau…

La force subtile et inattendue des mots et de la pensée d’Alain-Pierre Pillet se dévoile sans doute de manière plus évidente dans ses poèmes, comme lieu de l’intime.

 

L’aurore

 

S’enfoncer

dans l’amour

comme un pieu

dans sa soie

à peine

ourlée

de gouttelettes

rouges

et ton bras

étoilé

sur ma cuisse

ton bras

qu’enlacent au désir

et lacèrent

en sang

ces longs jours

d’incertitude

 

Mais elle émerge aussi, dans un temps autre, avec une grande évidence dans des irruptions :

 

Avis à la population !

La population n’aura plus lieu.

 

D’abord le rire ou le sourire, puis l’incertitude et le doute, le vide et le tragique presque prophétique. Alain-Pierre Pillet par ses regards sur la situation interrogent non seulement notre époque mais la nature humaine, et son mensonge sans cesse renouvelé, qui traverse les époques.

 

Editions La Doctrine, 11 rue Verte, CH-1205 Genève (Suisse).

Les Orphées du Danube

Les Orphées du Danube. Jean Rousselot, Gyula Illyés et Ladislas Gara suivi de Lettres à Gyula Illyés par Jean Rousselot, par Christophe Dauphin & Anna Tüskés, Editions Editinter et Rafael de Surtis.

C’est le traducteur hongrois Ladislas Gara qui, par sa rencontre avec Jean Rousselot en 1954, va initier une amitié franco-hongroise poétique au fort rayonnement. Grâce à lui, Jean Rousselot découvre la Hongrie, sa culture, sa poésie, ses poètes dont le premier d’entre les poètes hongrois de l’époque, Gyula Illyés.

Couv Danube Orphée

Jean Rousselot et Ladislas Gara vont considérablement s’investir dans ce projet de partage auquel participeront, côté français, une cinquantaine de poètes et écrivains. Ladislas Gara traduira en français de nombreux poètes hongrois avec Jean Rousselot comme adaptateurs. Christophe Dauphin estime que ce travail de passeurs dans les deux sens est sans équivalent et reste tout à fait exceptionnel.

L’ouvrage est un livre de poésie mais une poésie que Christophe Dauphin et Anna Tüskés veulent inscrire dans les temps sombres et tumultueux qu’elle a traversés. Là encore, la poésie apparaît à la fois comme résistance et comme voie de liberté.

« Pendant de longs siècles, nous dit Christophe Dauphin, la Hongrie déchirée entre l’esclavage et la liberté, l’indépendance et l’assimilation, l’Est et l’Ouest, ne survécut que par sa langue qui reçut la mission redoutable de rester elle-même dépositaire de l’identité d’un peuple, tout en devenant lieu d’accueil et instrument d’acclimatation pour toute la culture occidentale, en dépit des aléas d’une histoire mouvementée. »

Les poètes hongrois de la seconde partie du XXe siècle n’ont pas seulement été confrontés au rideau de fer et à la dictature mais aussi à l’ignorance de l’Ouest, entre bêtise et préjugés, qui déconsidère ce petit pays qui a généré tant de grands poètes, et donc de penseurs ! Jean Rousselot et Ladislas Gara firent donc œuvre de réparation, réparation qui se poursuit aujourd’hui avec cet ouvrage qui rend compte de foisonnements multiples, celui des artistes hongrois à Paris, celui des traducteurs, créateurs de passerelles, parfois éphémères, parfois éternelles, celui des poètes d’une langue étonnante, source inépuisable du renouvellement de l’être. Aujourd’hui, la littérature et la poésie hongroise, non inféodées, apparaissent bien plus vivantes et rayonnantes que dans une France étriquée entre le littérairement correct et le carcan de la finance.

Dans la première partie de l’ouvrage, Christophe Dauphin fait revivre cette créativité exemplaire des artistes hongrois entre Seine et Danube, une créativité combattante qui, à Paris comme à Budapest, doit faire face à l’obscurantisme stalinien.

La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à douze poètes hongrois traduits par Ladislas Gara et adaptés par Jean Rousselot : Mihály Vörösmarty, János Arany, Sándor Petőfi, Imre Madách, Endre Ady, Mihály Babits, Dezső Kosztolányi, Lajos Kassák, Lőrinc Szabó, Attila József, Miklós Radnóti et Sándor Weöres. C’est souvent une poésie de sang, un cri qui se sait inaudible, sans concession envers le tragique, sans concession non plus envers la poésie elle-même.

Les troisième et quatrième parties du livre présentent les Poèmes hongrois de Jean Rousselot (1913 – 2004) et Sept poèmes de Gyula Illyés (1902 – 1983) après un bref portrait des deux hommes et une introduction à leurs œuvres respectives.

Voici un extrait de ce long poème d’Illyés, Une phrase sur la tyrannie, véritable manifeste, dont l’enregistrement par le poète lui-même fut diffusé sur les ondes en 1989 pour annoncer la fin de la république populaire de Hongrie :

 

La tyrannie, chez les tyrans,

ne se trouve pas seulement

dans le fusil des policiers,

dans le cachot des prisonniers ;

pas seulement dans l’in-pace

où les aveux sont arrachés,

ou dans la voix des porte-clefs

qui, la nuit, vient vous appeler ;

pas seulement dans le feu noir

du nuageux réquisitoire

et dans les « oui » du prévenu

ou le morse des détenus ;

pas seulement dans le glacial

verdict du mort du tribunal :

« vous êtes reconnus coupable ! »

Pas seulement dans l’implacable

« peloton, garde à vous ! » suivi

d’un roulement de tambour, puis

de la salve, et puis de la chute

d’un corps qu’aux voiries l’on culbute ;

(…)

elle est dans les plats, les assiettes,

dans ton nez, ta bouche, ta tête ;

c’est comme quand, par la fenêtre,

la puanteur des morts pénètre,

(ou bien, va voir ce qui se passe,

Peut-être une fuite de gaz ?) ;

Tu crois te parler, mais c’est elle

La tyrannie, qui t’interpelle !

Tu crois imaginer ? Lors même

elle est encor ta souveraine ;

ainsi de tout : la voie lactée

n’est plus qu’une plaine minée,

une frontière balayée

par le projecteur des douaniers ;

L’étoile ? un judas de cachot !

et les bivouacs d’astres, là-haut,

un immense camp de travail ;

la tyrannie où que tu ailles !

(…)

elle, en tout but que tu atteins !

elle, dans tous les lendemains !

elle encor qui te dévisage

dans ta pensée et dans ta glace ;

à quoi bon fuir ? Elle te tient !

et tu es ton propre gardien…

 

Ce poème n’est pas seulement bouleversant par son rapport aux événements terribles que l’auteur et le peuple hongrois traversent alors, il l’est surtout parce qu’il énonce ce que nous ne voulons pas voir. Cela, la tyrannie, n’existe dehors que parce qu’elle est en nous au quotidien, dans nos identifications aliénantes et banales. Il ne peut y avoir de libération populaire si nous ne nous libérons pas d’abord de nous-mêmes. La poésie de Gyula Illyés présente une dimension à la fois intime et universelle dans un nouveau paradigme de dissidence.

La cinquième partie est une longue étude d’Anna Tüskés, Jean Rousselot et la poésie hongroise, qui évoque les liens de Jean Rousselot avec les poètes hongrois et son travail d’adaptateur d’après les traductions de Ladislas Gara. Il précède un ensemble important de lettres de Jean Rousselot à Gyula Illyés qui témoignent de la construction d’une amitié profonde et de l’influence de cette amitié sur plusieurs décennies de littérature et de poésie.

Il s’agit d’un livre important, qui s’adresse à tous, à ceux qui souhaitent mieux comprendre les relations culturelles franco-hongroises, l’histoire de la Hongrie, à ceux qui désirent découvrir la poésie hongroise, ses singularités, ses saveurs, à ceux enfin qui veulent rester debout.

Vous trouverez une présentation plus complète sur le site des Hommes sans Epaules :

Les Orphées du Danube

La littérature contre les dictatures

Les écrivains contre les dictatures en Europe centrale, orientale et occidentale par Alain Vuillemin, Editions Rafael de Surtis.
En 1989, Alain Vuillemin avait publié aux Editions Méridiens-Klincksieck un ouvrage, tiré de sa thèse, intitulé Le dictateur ou le dieu truqué dans les romans français et anglais de 1918 à 1984. Il reprend et prolonge cette étude importante pour mieux évaluer les processus à l’œuvre dans le traitement de la littérature et des auteurs par les dictatures et l’émergence des « littératures de résistance ».
Familier de la Roumanie, Alain Vuillemin débute cet essai avec le cas exemplaire du « dictateur roumain », qui a nourri singulièrement la littérature roumaine d’expression française de 1983 à 1998.
Il distingue dans la « littérature de résistance », née en Europe sous l’occupation allemande de 1939 à 1945 et désignée plutôt comme « dissidence » à partir des années 1960-1970, plusieurs types de littérature.
Il existe une « littérature du silence » faite d’écrits cachés, parfois de journaux intimes, chez ceux qui, ne pouvant s’exiler et refusant toute compromission, se sont repliés dans « une espèce d’émigration intérieure », prenant parfois refuge, comme le bulgare Lubomir Guentchev dans une langue autre, en l’occurrence pour Guentchev le français. Certains de ces textes silencieux furent définitivement perdus, d’autres publiés des années plus tard, souvent après la mort de leurs auteurs.
Nous trouvons aussi une « littérature de l’exil », à laquelle donnèrent vie des écrivains en exil à la fois de leur pays et de leur langue, rythmée par les drames que furent le « coup de Prague » de 1948, l’insurrection de la Hongrie en 1956, celle de la Tchécoslovaquie en 1968 et d’autres événements majeurs. A cette littérature de l’exil se rattachent de nombreux auteurs dont Ionesco, Cioran, Georghiu, Gombrowicz, Milosz…
La « littérature de la déviance » ou de la dissidence se caractérise par des formes nouvelles de contestation au sein même des pays en dictature, parfois clandestines, parfois non, selon la pression de l’étau dictatorial et la créativité des auteurs pour contourner les interdits.
La « littérature de protestation » rassemble des écrivains qui se sont élevés de manière plus évidente, parfois violente, contre les dictatures, sans avoir toujours été entendus, loin s’en faut. Ce fut le cas face au nazisme comme au stalinisme.
Toutes ces littératures portent bien entendu des paradoxes et des ambigüités, elles n’en sont pas moins une source pour comprendre les périodes concernées et une richesse sur le plan littéraire.

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La deuxième partie de l’ouvrage s’intéresse à la contestation du pouvoir à travers des auteurs comme Georges Astalos, Oana Orlea, Tudor Eliad ou encore Liliana Lazar. Ces auteurs ont traité l’inscription de la dictature dans la chair mais aussi dans les esprits, les auto-aveuglements des peuples, les métamorphoses des individus, les comportements énantiodromiques, les basculements d’une aliénation à une autre, les cicatrices cachées qui suppurent.
Avec des auteurs comme Alan Sillitoe, Michel Del Castillo, Tudor Eliad encore ou Petru Dumitriu, Alain Vuillemin aborde la question de l’exaltation du pouvoir à travers les tensions entre liberté et violence, ordre et intimité, nihilisme et altérité, totalitarisme et poésie, culpabilité et insurrection.
Les procès staliniens et leur démesure sont l’objet d’une étude particulière qui met en évidence, le grotesque officiel d’une part et la faiblesse de la vérité, qu’elle soit murmurée dans les larmes ou hurlée dans le sang. Face aux « assassinats légaux », la littérature de protestation peine même à rendre compte du gigantisme de l’arbitraire qui devient « incroyable ». La littérature des procès sommaires engendrera son complément « naturel », la littérature de l’univers concentrationnaire, on pense bien sûr à Ana Novac et Elie Wiesel, « deux témoins de l’inhumanité en Europe centrale » mais aussi, côté roumain, à Madeleine Cancicov, Lena Constanté, Oana Orlea ou Lélia Trocan.
Le lecteur ne sort pas indemne de cet essai et c’est une bonne nouvelle. De même que les auteurs de la littérature de résistance se sont heurtés, décennie après décennie, à l’indifférence, la lâcheté, la médiocrité, l’oubli, il ne faudrait pas que l’essai puissant d’Alain Vuillemin passe inaperçu car ce livre traite moins d’un passé récent que de notre présent et d’un futur sombre qui voudrait s’approcher. La littérature et particulièrement la poésie ont vocation à combattre toute forme d’aliénation et d’atteinte à la liberté. A l’heure où une fausse littérature, dissimulée sous un éphémère maquillage pailleté, cherche à endormir les peuples inféodés, il est bon de s’armer contre le processus mortifère d’exclusion – claustration – expiation.
Pour conclure son essai, Alain Vuillemin se tourne vers le mythe occidental du dictateur si vivant dans les romans français et anglais du XXème siècle et évoque, invoque même, dans les derniers mots du livre, ce principe orwellien, « une puissance de résistance qu’aucun dictateur ne réussira jamais à abattre ».
Editions Rafael de Surtis, 7, rue Saint Michel, 81170 Cordes-sur-Ciel.
http://www.rafaeldesurtis.fr/