Absinthe & Cocaïne selon Aleister Crowley

Absinthe & Cocaïne par Aleister Crowley. Editions de Paris – Max Chaleil, 54 rue des Saints-Pères, 75007 Paris.

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Aleister Crowley (1875 – 1947) est surtout connu pour ses travaux dans le domaine de l’occultisme. Il a démontré cependant qu’il était aussi un excellent dramaturge et un poète. Ce petit livre rassemble pour la première fois en français des textes variés publiés dans les années 1910 à 1920, dans plusieurs revues dont Vanity Fair ou The international. Ces textes présentent d’autres facettes de la personnalité si complexe d’Aleister Crowley.

Couv absinthe

Les deux textes les plus intéressants traitent des paradis artificiels et donnent le titre à l’ouvrage, Absinthe – La déesse verte d’une part, Cocaïne d’autre part.

« Certes, j’ai déjà beaucoup écrit pour rendre clairement une vanité pitoyable : se peut-il que l’opalescence de l’absinthe ait un lien occulte avec ce mystère de l’arc-en-ciel ? Car, sans doute, un verre insinue indéfinissablement et subtilement le buveur dans la chambre secrète de la Beauté, attise ses pensées jusqu’à l’extase, ajuste son point de vue à celui de l’artiste, au moins dans la mesure où il est capable de tisser pour sa seule fantaisie une robe de gala à l’étoffe aussi colorée que l’âme d’Aphrodite.

Ô Beauté ! Depuis longtemps je t’aime, longtemps je t’ai poursuivi, toi l’insaisissable, toi intangible ! Et voilà ! Tu m’enveloppes nuit et jour dans les bras d’un gracieux, luxueux et chatoyant silence. »

A propos de la cocaïne :

« A l’un, la drogue peut apporter de la vivacité, à un autre langueur ; à l’un force créatrice, à l’autre énergie inlassable ; à l’un glamour, et à l’autre enfin, convoitise. Mais chacun à sa manière est heureux. Pensez-y ! – C’est si simple et si transcendantal ! L’homme est heureux !

J’ai voyagé dans tous les coins du globe, et j’ai vu de telles merveilles de la nature que mon stylo crie encore quand j’essaye de les écrire. J’ai vu beaucoup de miracles du génie de l’homme, mais je n’ai jamais vu une merveille comme celle-ci. »

Aleister Crowley s’attaque au prohibitionnisme et demande aux autorités de faire confiance à la population, capable, selon lui, de s’autoréguler malgré quelques dérives marginales. Il met en avant tout ce que l’humanité doit aux drogues, notamment la créativité de nombre d’artistes et auteurs. Il le démontre avec un texte opiacé, Aux pieds de Notre-Dame des Ténèbres.

« Maintenant, le bleu du crépuscule vient au milieu du bruissement des feuilles. Les oiseaux, fatigués de voler, envoient leurs plaintes au ciel, avant de mettre leur tête sous leurs ailes, et la mer, la grande sauvage, avec de longs gémissements, écrase contre les roches ses hautes vagues qui se cabrent.

Le soleil s’est caché, tachant l’horizon d’une teinte sanglante. C’est l’heure du mirage !

Mélancolique et lent, enveloppé de mille voiles sombres, je marche sur la rive, et j’écoute l’éternel gémissement des eaux et le léger chant de la brise. L’herbe grasse du petit bois près de là, lavée par la rosée (et si tendrement verte !), me demande de la piétiner avec mes pieds nus.

Vivement, j’enlève mes sandales, et ainsi, debout dans le vert humide, enveloppé dans mes voiles, je pense à moi-même comme un grand lys noir, né d’une baguette magique. »

Nous trouverons aussi dans ce recueil quelques haïkus, un texte humoristique intitulé Sur la gestion des blondes, qui n’épargne ni les blondes ni les brunes, une critique du cinéma de mauvaise qualité et quelques autres surprises.

La pensée d’Aleister Crowley demeure étonnamment pertinente pour notre époque à hauts risques.

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Jean-Charles Pichon : L’anthologie ontologique

L’anthologie ontologique de Jean-Charles Pichon. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

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Voici une triple histoire relatée par Jean-Charles Pichon, une histoire de l’humanité, une histoire de lui-même et une histoire de la pomme, celle d’Eve, celle de Pâris, celle de Guillaume Tell, celle de Newton, et d’autres, autant de symboles puissants.

« D’autres symboles, nous dit Jean-Charles Pichon, traversent les Ages, plus émouvants ou créateurs ; mais rares sont ceux dont la légende, en son évolution, exprime aussi clairement le chemin ambigu de l’homme vers la mort et la liberté ; car, dans le péché, le rapt, le choix, le don, le péril, la lucidité ou la création, c’est bien toujours une liberté qui est en cause, si menacée qu’elle soit. »

Car cette histoire tridimensionnelle est bien une queste de liberté, d’infini et de beauté, antidote aux monstruosités humaines :

« La négation du diable, dit-il, a ressuscité le diable. Plus certainement que le cercle noir de l’occultisme, la rune du druide ou l’effigie magique du prêtre vaudou, la naïveté, la vanité contemporaine ont su tirer les grands démons de leur sommeil en sollicitant la raison.

Où l’envoûteur n’affaiblissait qu’un homme, le psychanalyste en a réduit deux cents millions ; où le médecin-man a changé la population de vingt-cinq grands Etats en aimables sursitaires, handicapés dès le berceau où ne vivant plus qu’à force de drogues, de vitamines qui ne vitalisent pas et d’un quelconque antibiotique qui dénature de fait la vie. Où le sorcier, pendant une heure ou une journée, contraignait le futur initié à vivre un peu contraint dans une case étroite, un peu épouvanté par les cris de la nuit, nos planificateurs ont jeté deux milliards de citoyens conscients dans le tumulte vain des prisons capitales. Et quand, hier, les peuples – artisans, paysans – vivaient dans l’ignorante intelligence des signes, des saisons et des plantes (cette ignorance s’appelait l’instinct), nos démons les ont liés à l’érudition conne que l’instruction dispense aux races civilisées.

Sous sa triple figure destructrice, menteuse et enlaidissante, le démon est parmi nous. Il règne. Il tue, abêtit, démolit, avec l’aide des Pouvoirs, dont les représentants ont le visage même, cruel ou sardonique, veule, repu, de Satan, le menteur, de Léonard à la double face ou de Belzébuth, le dieu des mouches et des voleurs. Or, très étrangement, ce retour du démon, de moins en moins de gens en doutent ; mais la pensée se fait jour qu’il doit en être ainsi pour que les choses changent, et je n’y disconviens pas.

Ce que je veux dire dans ce livre n’est pas aisé à dire, mais je le crois nécessaire. C’est que ces diables sont aussi des dieux. Je voudrais qu’on apprenne à respecter les dieux – et les démons – pour désapprendre à détruire l’homme. Je voudrais donner de l’homme et des dieux une figure bien plus fraternelle, humaine chez ceux-ci et divine chez celui-là. Pour que celui qui me lira ne soit plus dupe des sorciers qui mènent et nous tuent. »

 

Couv anthologie JC Pichon

 

Il s’agit d’une vaste entreprise de démystification mais aussi de réhabilitation, voire de restauration, d’exploration cyclique des infinis et de l’identification des limites humaines.

Ce volume de six cents pages est une sorte d’encyclopédie d’un nouveau genre en deux volumes : La méthode et l’illusion puis L’erreur et la réalité. La dialectique joue un rôle important dans ce traité qui n’est pas seulement de métaphysique. Nous pourrions aussi évoquer une infraphysique, une physique des abîmes obscurs, d’où extraire les pépites de l’expérience à la recherche, non de révélations, mais d’équilibre. Cela passe par un auto-abolissement de la personne, afin de laisser libre la conscience.

« Et sans doute il est vrai : même s’il répond au Sphinx, s’il pénètre jusqu’au cœur en étoile du dédale, le chercheur est mangé. Mais, pour que ce néant suive toutes les quêtes, il faut qu’à chaque étape du labeur pénétrant, une faille s’ouvre en ce qui est, comme le bois se creuse à chaque tour de vis, la terre à chaque coup de pioche, le flot à chaque brasse, le feu sous le tisonnier. Et, de fait, il n’est pas de forme révélée au cours de la pénétration absurde qui ne soit étincelle, écume, terreau, copeau, il n’est pas de néant qui ne soit une ouverture.

Puisque l’entropie seule mène à l’abîme sans fond, j’en préfère croire les retours de la pensée païenne, réinventée, qui, tous les dix ans, tous les deux mille ans, toutes les ères glacières ou tous les kalpa, renvoie l’humanité à de nouvelles espérances, plus folles et plus conscientes que l’espérance passée. Même si, à mi-chemin des montagnes sublimes, l’humanité s’installe, pour cinq cents ans ou dix siècles, dans les vallées de péché où murissent les fruits. »

La démystification ouvre l’espace pour un réenchantement qui ne réduit pas la liberté.

«  Les orbites du temps, conclut Jean-Charles Pichon, où s’inscrivent les symboles et où les dieux éclosent, épousent en cet instant (le premier jour d’hiver) la pierre où je me dore, ronde et plate, empourprée sous le soleil de midi. »

Un livre profond et magnifique par un sublime éveilleur.

Râmana Mahârshi

Libre de toutes pensées de Râmana Mahârshi. Editions Accarias L’Originel, 5 passage de la Folie-Regnault, 57005 Paris.

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Râmana Mahârshi incarne la non-dualité au sein de la dualité du monde. Sa présence adamantine est une opportunité pour tout chercheur.

Patrick Mandala présente et traduit ces propos inédits de Râmama Mahârshi en trois parties. La première traite des satsangs, instructions spirituelles, la deuxième consiste en un « bouquet d’instructions spirituelles, instructions, pratique, expérience, réalisation, la troisième est un journal, établi par Swâmi Annamalai, lors d’un satsang avec Râmama Mahârshi.

 

Couv Ramana Maharshi

 

Les paroles de Mahârshi sont succinctes, directes. Il évite les longs développements, utilise des métaphores et des images pour favoriser l’expérience plutôt que le concept. Ces paroles sont inséparables de sa présence, de ses silences, de ses regards qui fondent, plus que les mots, la transmission, qui est présence du Soi. Cependant, les mots ont ici leur propre force de libération. Les sujets abordés sont nombreux : lâcher-prise, illusion, méditation, le cœur, le libéré, la mort, la non-dualité… Mais quel que soit la question, le propos ne relève que du Soi et ne vise que le Soi.

Exemples :

« Nombreux sont ceux qui méditent sur certains centres dans le corps jusqu’à ce qu’ils se fondent en eux, mais, tôt ou tard, ils devront investiguer quant à leur véritable nature – c’est inévitable. Aussi, pourquoi ne pas vous concentrer directement sur vous-même jusqu’à ce que vous soyez établi dans votre propre Source ? »

 

« La véritable renaissance est la mort de l’ego pour renaître dans l’Esprit. C’est la signification de la crucifixion de Jésus. Quand l’identification avec le corps existe – un corps est toujours disponible – que cela soit dans celui-ci ou dans tout autre, il existe jusqu’à ce que disparaisse ce sens de l’identification au corps en se fondant avec sa Source – l’Esprit, ou le Soi. […]

Bien qu’elle soit indestructible par nature, par une fausse identification avec son instrument impermanent – le corps – la conscience s’imprègne d’une fausse appréhension de sa disparition. C’est la raison pour laquelle l’être essaie de perpétuer cet instrument, d’où résulte une suite de renaissances sans fin. Mais quelle que soit leur durée de vie, ces corps arrivent à leur fin, et rejoignent le Soi, qui seul demeure pour toujours. »

 

Si, Râmana Mahârshi insiste sur la pratique, une pratique totalement dépouillée, il rappelle la permanence de la Grâce, nature même du Soi, souvent actualisée par le guru. La pratique est la prise de conscience permanente de la non-séparation. Différentes méthodes peuvent être nécessaires pour favoriser la pratique jusqu’à l’établissement dans sa propre nature.

Ramana Mahârshi fait usage d’une discrimination totale et bienveillante. Il clarifie et ouvre les voies vers le simple.

« Il est vrai, confie Patrick Mandala dans un avant-propos, que Râmana Mahârshi s’inscrit dans le cadre d’une pureté et d’une simplicité d’être confondantes. S’il évolue dans le cadre traditionnel de l’Advaïta et de l’Ajata-vâda, de la non-dualité absolue, il donne voie à cette doctrine millénaire en incarnant l’unicité de jnâna et bhakti, connaissance du Soi et dévotion au divin, au sadguru, et à toutes les créatures, tout en restant libre de toute « mission », de toute dépendance et de tout attachement. Il a toujours affirmé ne pas être un « guru », ni avoir de « disciple », ni même « enseigner » quoi que ce soit à qui que ce soit – comme Mâ Anandamayï, d’ailleurs.

Le Sage affirme sans cesse la vérité de l’Être, sous une forme ou sans une autre : connaissance et amour sont indissociables, comme le feu et sa chaleur. D’ailleurs ses deux mots-mantras ne sont-ils pas « Silence » et « Cœur » ? Tous deux résument l’homme et sa transmission – ou, pour être plus juste : ce dont il témoigne. »

Un livre précieux.

François Malespine

Je suis né… Et maintenant ? de François Malespine. Editions Accarias L’Originel, 5 passage de la Folie-Regnault, 57005 Paris.

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Cet ouvrage de François Malespine sur l’Eveil, ce basculement de la dualité à la non-dualité, est d’une rare et délicate justesse.

En avant-propos, François Malespine distingue utilement petit satori et grand satori. Le petit éveil, Rigpa chez les tibétains, se caractérise par « la vue de la nature de son esprit ». C’est le commencement de la voie et non sa fin.

Couv Malespine

«  La pratique, précise-t-il, n’est plus un appris, ce n’est plus l’enfant qui essaye d’être un bon élève. C’est d’instant en instant un « dé-couvert ». Ce n’est pas un « moi » qui regarde, c’est un « moi » qui est vu, aimé, compris, et dans toute la mesure du possible, dont il n’est pas pris livraison, même quand, consciemment, et par réponse, « Cela », ici et maintenant, l’aide à s’accomplir. Accomplir est l’opposé de prendre livraison. Prendre livraison c’est simplement être pris par. »

Avec ce petit éveil, toute identification est reconnue comme telle. Il est alors possible de s’orienter vers l’Eveil.

«  Lorsque «  Cela » est retrouvé, il n’y a personne pour pratiquer, pour prier, pour aller vers. La pratique devient le cheminement, le cheminant et le but. « Voir » devient la pratique. Voir est le but et le résultat, dans l’instant. Rien n’est alors atteint ou à atteindre. L’œil de la conscience devient peu à peu vision.

Le vu devient ce qui révèle la vision. La vision n’est plus l’outil pour voir le vu. »

François Malespine cherche la précision. Il donne ainsi à son  propos une grande pertinence quand tant d’écrits sur l’éveil ne font que dériver sur la structure de surface de l’expérience humaine. Ainsi :

« J’utilise le mot « centre » car il est largement employé dans la littérature spirituelle. J’y ajoute pourtant cette précision : ce que le mot « centre » désigne, c’est ce que nous sommes, non un lieu en nous. De même, le mot « conscience identifiée » désigne ce que nous croyons être lorsque nous nous prenons « pour ». Deux aspects de « la Conscience », Une et Vacuité en son Origine, ou duelle et identifiée lorsqu’elle se quitte.

Autre précision, le « vu, perçu, ressenti, conceptualisé », est la production de la Conscience indépendamment de son identification ou non. Que la conscience soit identifiée à, ou qu’elle demeure Une/Vacuité et Origine, la vie manifestée demeure. Par contre, le point de vue étant différent, la vie manifestée vécue à partir de l’Origine « Je » est célébration, alors que, vécue à partir de la conscience identifiée, elle est consommation et prédation. Simple constat. »

Afin d’accompagner le lecteur dans la compréhension de ce qui est en jeu et enjeu, François Malespine examine ce qui se passe après la naissance, la genèse du « moi », depuis la toute première identification à l’objet, le premier attribut collé au sujet. Il invite à « oser être sans certitude », à découvrir concrètement que « Je » n’est pas « moi », « Je », la Conscience/Origine, par une quête « à rebours » qui commence par le dévoilement de la genèse du « moi ». Traverser les formes, reconnaître les pensées, autant de faux problèmes comme « agir ou ne pas agir », jusqu’à retrouver la saveur du « Je », Connaître au lieu d’apprendre, « rester tranquille ».

« En cette vacuité originelle « ici » qui demeure, il n’y a rien à faire, à vouloir, à rejeter, à condamner. Située en elle-même, Elle se connaît en tant que « Cela/espace/vacuité » en quoi tout survient et revient. Et tous les mouvements observés sont par Elle connus. Et chaque mouvement connu retourne à jamais en sa source. Ainsi, situé en le « rester tranquille » la peur s’éloigne, la pratique est le moyen et le but, comme dit Nisargadatta Maharaj, car tout alors concourt à ramener l’âme en son origine. »

En entrant en conscience, en incluant tout ce qui se présente sans comparaison, la Conscience est « désenclavée » du « moi agissant ».

«  Moi » ne s’éveillera jamais. Il n’est pas le sujet. Le Sujet ne s’est jamais endormi. « Je » attend « ici » que « moi » s’ouvre à son baiser pour l’éveiller à ce qu’il EST. »

Vies de Saint-Artaud

Vies de Saint-Artaud de David Nadeau, La vertèbre et le rossignol n°5.

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C’est un très beau projet qu’a conduit David Nadeau autour d’Antonin Artaud. Le texte de David Nadaud, puissant et subtil, érudit et créatif, bénéficie d’une centaine d’illustrations d’artistes les plus divers, faisant de ce cahier grand format un objet d’art.

Parmi les artistes illustrateurs, citons : Duccio Scheggi, Rémy Leboissetier, Jean Paul Loriaux, Guy Girard, Valter Unfer, Klervi Bourseul, Marco Baj, Gorgo Patagei, Jean-Pierre Brazs, Harry Jomère, Mario Persico, Giovanni Ricciardi, giAcomo Faiella, Marie-Claire, Carl Lampron, Joelle Gagnon, Nadia Saad, DelaSablo, Ody Saban, Zazie, Craig S Wilson, Luiz Morgadinho,  The Recordists (Sherri Higgins et William Davison), Susana Wald, Enrique de Santiago, Aldo Alcota, Janice Hathaway, Alex Januario, John Welson, John Richardson, David Coulter,Amirah Gazel, Doug Campbell, Maurice Greenia Jr, Irene Plazewska, Jon Graham, Rodrigo Mota, Verónica Cabanillas Samaniego, Daniel Cotrina, Tan Tolga Demirci, Raman Rao, Byron Baker, CAPA (Patricio Blues et Freddy Flores), Rodia Ibaveda,Jaime Eduardo Alfaro Ngwazi, Karl Howeth, Kirstin Chappell, Tunç Gençer, Pinina Podestà, Nelson DP, Sing Wan Chong Li, Paul McRandle, Jason Abdelhadi,Tony Convey, Sylvia Convey, Floriano Martins, Steve Morrison, Malcolm Green, Sean Cornelisse, Helen Frank, Floriana Rigo,Fabienne Guerens, Jacques Marchal, Jean-Paul Verstraeten, Mauro Césari, Jorge Vigil, Catherine Geoffray, Nelly Sanchez, Donjon Evans, Steve Venright, Mitchell Pluto, Rémi Boyer et Jean Gounin…

 

Couv Artaud

 

 

L’œuvre d’Artaud recèle de multiples dimensions et parmi elles, la magie, la métaphysique, le religieux sont explorés et interrogés, parfois par des méthodes très contraignantes ou au contraire selon des innovations renversantes et salutaires. David Nadeau étudie et révèle les nombreuses vies de Saint-Artaud qui pourrait être l’Avatar du futur.

 

« Le vrai nom de Dieu est Antonin Artaud, un être humoristique éternel. Les aum Anges soufflés par la Vierge, c’est lui. Des versions différentes de la Complainte du vieil Artaud assassiné dans l’autre vie, et qui ne reviendra pas dans celle-ci, sont transmises dans le Popol Vuh, ainsi que dans certaines légendes mazdéennes ou étrusques. Cette complainte était encore récitée il y a six siècles, dans les lycées d’Afghanistan, ou « Artaud » s’épelait « Arto ». Des moines bouddhistes tibétains, pendant la pratique de leurs exercices de méditation rituelle, ont entendu monter en eux les syllabes de ce vocable : AR-TAU, nom désignant ce gouffre corporel qu’ils prirent è tort pour le néant, alors que c’est un homme.

Il est Caïn, père des forgerons ; celui qui a accompli les travaux d’Hercule et détruit la Tour de Babel. Kraum-dam est le vocable qui désigne l’âme de cet homme. Dans ses différentes vies, il a toujours été chargé de responsabilités terribles, soutenues par des pouvoirs eux aussi terribles, et écrasants. Il y a plus de 4000 ans, en Chine, il est Lao Tseu et possède alors une canne dont le bout est terminé par une tête de dragon. »

 

Le cahier est disponible ici :

http://www.lulu.com/shop/la-vert%C3%A8bre-et-le-rossignol/vies-de-saint-artaud/paperback/product-23562213.html

Charles Coutarel et la danse de l’instant

La danse de l’instant de Charles Coutarel. Editions Accarias L’Originel, 5 passage de la Folie-Regnault, 57005 Paris.

http://originel-accarias.com/

 

Ce Carnet de notes d’un voyageur imprudent, « Eveil et autres folies », s’offre au lecteur comme une peinture impressionniste. Plus efficace qu’un essai construit par le discours linéaire, les touches d’immédiateté juxtaposées par l’auteur, évoquent, suggèrent, appellent le Réel, « l’Être véritable, au-delà des jeux imaginaires de la personne conditionnée ».

 

Couv Ch Coutarel

 

Ai-je une question ou suis-je cette question ? demande l’auteur.

Ai-je une réponse ou suis-je cette réponse ?

Où il n’est plus question de (se) plaire ou de (se) déplaire,

il n’est plus question, la réponse est là.

Je suis !

 

Le chemin d’Eveil peint dans ce livre est un « découvrement », une mise à nu absolument unique car chaque être est d’une totale singularité. Et pourtant, ce découvrement nous est aussi familier car à portée de main, ou plutôt d’esprit.

 

Ne cherchez pas l’éveil, avertit Charles Coutarel, ne cherchez pas quelque chose de « spécial ».

Vous ne voudriez peut-être pas de ce que vous découvririez.

Vivez simplement votre vie au plus près, au plus vrai.

Et si l’éveil vous « tombe » dessus…

 

Ce chemin, parcours initiatique souvent parlé comme voyage de retour, nous disons réintégration, reconnaissance de soi-même, ressouvenir… implique une pré-conscience, un pressentiment de soi-même, de la finalité du voyage. Mais le défi de la non-séparation est immense comme le saisit très bien l’auteur :

En ce parcours vous vous trouvez dans un impossible et solitaire face-à-face et aussi l’incompréhension affligeante de normalité réductrice, aussi intelligente qu’elle puisse paraître ou se prétendre, de vos consoeurs ou confrères humains… Rien n’est épargné. Explorer et raccommoder ou s’accommoder au moins pire des traits et tendance de sa petite personne est une chose ; rencontrer et embrasser sans juger ou condamner la totalité du vivant dans tous ses aspects est un défi d’une toute autre envergure ! Mais demeure finalement, quel que soit l’exorbitance du prix à payer et ses aléas et péripéties innombrables, le seul digne de ce nom…

 

Déambulatoire, labyrinthique, ce voyage très aléatoire et serpentin est pourtant radicalement le plus direct qui soit.

 

C’est toujours Ici & Maintenant.

Aussi simple que ça.

 

Simple jouissance.

 

C’est en l’instant même que l’Êtreté se révèle, libre de toute contrainte, et pure joie.

 

Avant la Conscience, je Suis.

 

Avant « je Suis » déjà « je Suis ». Je ne peux pas ne pas Être.

C’est irréductible.

 

Rien à accomplir, tous s’accomplit déjà.

 

C’est l’Accomplissement même, Maintenant.

 

Ni début ni but. Personne pour accomplir quoi que ce soit.

C’est l’Être en Soi.

 

Tout ce chemin imaginé pour se Réaliser Soi-même, dans la même Liberté.

 

La même Paix, la même Sérénité, le même Amour, la même Conscience, la même Joie.

Jean-Charles Pichon : Rencontres de Berder 2017

Rencontres de Berder 2017 autour de Jean-Charles Pichon par l’Association Les Portes de Thélème. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

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Voici un très beau recueil des interventions aux dixièmes rencontres de Berder qui se renouvèlent avec talent pour explorer de nouveaux espaces de pensée et de création.

Cette fois, le thème central fut l’Apocalypse en ses diverses dimensions, philosophiques, théologiques, artistiques, cinématographiques et la relation que nous entretenons avec ce sujet à travers la question de notre propre mort et de la disparition éventuelle de l’espèce humaine. Lauric Guillaud note le fort usage du mot apocalypse en notre époque qui cumule les incertitudes.

 

Couv Berder 2017

 

Cependant, d’autres sujets, sans lien direct avec ce thème dominant ont pu être abordés.

Sommaire : Cinéma et apocalypse de Jean-Charles de Oliveira – Les nouveaux prophètes de Julien Pichon – Les 5 oosei de Haruchika Noguchi par Emmanuel Thibault – Pluton, le dieu qui fait danser les mythes par Geneviève Béduneau – John Dee à propos d’une exposition à Londres par Philippe Marlin – Cinéma et censure de Jean-Christophe Pichon – La conversion du pétale ou un mois de questions dessinées de Silvanie Maghe – Du gai savoir à l’absurde de Julie Cloarec-Michaud – Science-fiction et apocalypse : écologie et catastrophisme de Lauric Guillaud – Débat. L’Apocalypse de Claude Birman et Lauric Guillaud – La langue des oiseaux de Sylvie Pinet – « Frise Pichon «  faite à la main : on avance ! de Julien Debenat – Les secrets de l’efficacité de l’acupuncture enfin dévoilée par Jean-Marie Lepelletier – Etc.

 

Julien Pichon prolonge le travail métaphysique de Jean-Charles Pichon sur la trace des prophètes et surtout des nouveaux prophètes que l’on peut chercher du côté de la recherche en mathématiques et physiques quantiques avec, entre autres, la prédiction d’objets cosmologiques.

« Le temps a été le support et l’outil du prophète. Mais il a été aussi l’objet même de la quête ontologique. On peut également se poser la question du rôle des mathématiques. Est-ce un outil pour prédire des phénomènes du réel ? Ou est-ce les mathématiques sont des éléments structurant de la chose ? Est-ce que les mathématiques constituent les propriétés principales de la chose ? Est-ce que ce sont les seules propriétés principales ? Est-ce que les mathématiques sont la chose ? Est-ce que les mathématiques ont été génératrices de nouveaux concepts ? Et si oui, à quelle réalité doit-on faire face ? Qu’est-ce que la Réalité ? »

Derrière cette cascade de questionnements apparaît une autre question, celle de notre rapport au langage mathématique. Est-il le langage de la nature ou celui de l’homme qui pense la nature ? Dans quelle mesure devons-nous faire nôtre ce langage et pour quelles finalités ?