Vies de Saint-Artaud

Vies de Saint-Artaud de David Nadeau, La vertèbre et le rossignol n°5.

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C’est un très beau projet qu’a conduit David Nadeau autour d’Antonin Artaud. Le texte de David Nadaud, puissant et subtil, érudit et créatif, bénéficie d’une centaine d’illustrations d’artistes les plus divers, faisant de ce cahier grand format un objet d’art.

Parmi les artistes illustrateurs, citons : Duccio Scheggi, Rémy Leboissetier, Jean Paul Loriaux, Guy Girard, Valter Unfer, Klervi Bourseul, Marco Baj, Gorgo Patagei, Jean-Pierre Brazs, Harry Jomère, Mario Persico, Giovanni Ricciardi, giAcomo Faiella, Marie-Claire, Carl Lampron, Joelle Gagnon, Nadia Saad, DelaSablo, Ody Saban, Zazie, Craig S Wilson, Luiz Morgadinho,  The Recordists (Sherri Higgins et William Davison), Susana Wald, Enrique de Santiago, Aldo Alcota, Janice Hathaway, Alex Januario, John Welson, John Richardson, David Coulter,Amirah Gazel, Doug Campbell, Maurice Greenia Jr, Irene Plazewska, Jon Graham, Rodrigo Mota, Verónica Cabanillas Samaniego, Daniel Cotrina, Tan Tolga Demirci, Raman Rao, Byron Baker, CAPA (Patricio Blues et Freddy Flores), Rodia Ibaveda,Jaime Eduardo Alfaro Ngwazi, Karl Howeth, Kirstin Chappell, Tunç Gençer, Pinina Podestà, Nelson DP, Sing Wan Chong Li, Paul McRandle, Jason Abdelhadi,Tony Convey, Sylvia Convey, Floriano Martins, Steve Morrison, Malcolm Green, Sean Cornelisse, Helen Frank, Floriana Rigo,Fabienne Guerens, Jacques Marchal, Jean-Paul Verstraeten, Mauro Césari, Jorge Vigil, Catherine Geoffray, Nelly Sanchez, Donjon Evans, Steve Venright, Mitchell Pluto, Rémi Boyer et Jean Gounin…

 

Couv Artaud

 

 

L’œuvre d’Artaud recèle de multiples dimensions et parmi elles, la magie, la métaphysique, le religieux sont explorés et interrogés, parfois par des méthodes très contraignantes ou au contraire selon des innovations renversantes et salutaires. David Nadeau étudie et révèle les nombreuses vies de Saint-Artaud qui pourrait être l’Avatar du futur.

 

« Le vrai nom de Dieu est Antonin Artaud, un être humoristique éternel. Les aum Anges soufflés par la Vierge, c’est lui. Des versions différentes de la Complainte du vieil Artaud assassiné dans l’autre vie, et qui ne reviendra pas dans celle-ci, sont transmises dans le Popol Vuh, ainsi que dans certaines légendes mazdéennes ou étrusques. Cette complainte était encore récitée il y a six siècles, dans les lycées d’Afghanistan, ou « Artaud » s’épelait « Arto ». Des moines bouddhistes tibétains, pendant la pratique de leurs exercices de méditation rituelle, ont entendu monter en eux les syllabes de ce vocable : AR-TAU, nom désignant ce gouffre corporel qu’ils prirent è tort pour le néant, alors que c’est un homme.

Il est Caïn, père des forgerons ; celui qui a accompli les travaux d’Hercule et détruit la Tour de Babel. Kraum-dam est le vocable qui désigne l’âme de cet homme. Dans ses différentes vies, il a toujours été chargé de responsabilités terribles, soutenues par des pouvoirs eux aussi terribles, et écrasants. Il y a plus de 4000 ans, en Chine, il est Lao Tseu et possède alors une canne dont le bout est terminé par une tête de dragon. »

 

Le cahier est disponible ici :

http://www.lulu.com/shop/la-vert%C3%A8bre-et-le-rossignol/vies-de-saint-artaud/paperback/product-23562213.html

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Charles Coutarel et la danse de l’instant

La danse de l’instant de Charles Coutarel. Editions Accarias L’Originel, 5 passage de la Folie-Regnault, 57005 Paris.

http://originel-accarias.com/

 

Ce Carnet de notes d’un voyageur imprudent, « Eveil et autres folies », s’offre au lecteur comme une peinture impressionniste. Plus efficace qu’un essai construit par le discours linéaire, les touches d’immédiateté juxtaposées par l’auteur, évoquent, suggèrent, appellent le Réel, « l’Être véritable, au-delà des jeux imaginaires de la personne conditionnée ».

 

Couv Ch Coutarel

 

Ai-je une question ou suis-je cette question ? demande l’auteur.

Ai-je une réponse ou suis-je cette réponse ?

Où il n’est plus question de (se) plaire ou de (se) déplaire,

il n’est plus question, la réponse est là.

Je suis !

 

Le chemin d’Eveil peint dans ce livre est un « découvrement », une mise à nu absolument unique car chaque être est d’une totale singularité. Et pourtant, ce découvrement nous est aussi familier car à portée de main, ou plutôt d’esprit.

 

Ne cherchez pas l’éveil, avertit Charles Coutarel, ne cherchez pas quelque chose de « spécial ».

Vous ne voudriez peut-être pas de ce que vous découvririez.

Vivez simplement votre vie au plus près, au plus vrai.

Et si l’éveil vous « tombe » dessus…

 

Ce chemin, parcours initiatique souvent parlé comme voyage de retour, nous disons réintégration, reconnaissance de soi-même, ressouvenir… implique une pré-conscience, un pressentiment de soi-même, de la finalité du voyage. Mais le défi de la non-séparation est immense comme le saisit très bien l’auteur :

En ce parcours vous vous trouvez dans un impossible et solitaire face-à-face et aussi l’incompréhension affligeante de normalité réductrice, aussi intelligente qu’elle puisse paraître ou se prétendre, de vos consoeurs ou confrères humains… Rien n’est épargné. Explorer et raccommoder ou s’accommoder au moins pire des traits et tendance de sa petite personne est une chose ; rencontrer et embrasser sans juger ou condamner la totalité du vivant dans tous ses aspects est un défi d’une toute autre envergure ! Mais demeure finalement, quel que soit l’exorbitance du prix à payer et ses aléas et péripéties innombrables, le seul digne de ce nom…

 

Déambulatoire, labyrinthique, ce voyage très aléatoire et serpentin est pourtant radicalement le plus direct qui soit.

 

C’est toujours Ici & Maintenant.

Aussi simple que ça.

 

Simple jouissance.

 

C’est en l’instant même que l’Êtreté se révèle, libre de toute contrainte, et pure joie.

 

Avant la Conscience, je Suis.

 

Avant « je Suis » déjà « je Suis ». Je ne peux pas ne pas Être.

C’est irréductible.

 

Rien à accomplir, tous s’accomplit déjà.

 

C’est l’Accomplissement même, Maintenant.

 

Ni début ni but. Personne pour accomplir quoi que ce soit.

C’est l’Être en Soi.

 

Tout ce chemin imaginé pour se Réaliser Soi-même, dans la même Liberté.

 

La même Paix, la même Sérénité, le même Amour, la même Conscience, la même Joie.

Jean-Charles Pichon : Rencontres de Berder 2017

Rencontres de Berder 2017 autour de Jean-Charles Pichon par l’Association Les Portes de Thélème. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Voici un très beau recueil des interventions aux dixièmes rencontres de Berder qui se renouvèlent avec talent pour explorer de nouveaux espaces de pensée et de création.

Cette fois, le thème central fut l’Apocalypse en ses diverses dimensions, philosophiques, théologiques, artistiques, cinématographiques et la relation que nous entretenons avec ce sujet à travers la question de notre propre mort et de la disparition éventuelle de l’espèce humaine. Lauric Guillaud note le fort usage du mot apocalypse en notre époque qui cumule les incertitudes.

 

Couv Berder 2017

 

Cependant, d’autres sujets, sans lien direct avec ce thème dominant ont pu être abordés.

Sommaire : Cinéma et apocalypse de Jean-Charles de Oliveira – Les nouveaux prophètes de Julien Pichon – Les 5 oosei de Haruchika Noguchi par Emmanuel Thibault – Pluton, le dieu qui fait danser les mythes par Geneviève Béduneau – John Dee à propos d’une exposition à Londres par Philippe Marlin – Cinéma et censure de Jean-Christophe Pichon – La conversion du pétale ou un mois de questions dessinées de Silvanie Maghe – Du gai savoir à l’absurde de Julie Cloarec-Michaud – Science-fiction et apocalypse : écologie et catastrophisme de Lauric Guillaud – Débat. L’Apocalypse de Claude Birman et Lauric Guillaud – La langue des oiseaux de Sylvie Pinet – « Frise Pichon «  faite à la main : on avance ! de Julien Debenat – Les secrets de l’efficacité de l’acupuncture enfin dévoilée par Jean-Marie Lepelletier – Etc.

 

Julien Pichon prolonge le travail métaphysique de Jean-Charles Pichon sur la trace des prophètes et surtout des nouveaux prophètes que l’on peut chercher du côté de la recherche en mathématiques et physiques quantiques avec, entre autres, la prédiction d’objets cosmologiques.

« Le temps a été le support et l’outil du prophète. Mais il a été aussi l’objet même de la quête ontologique. On peut également se poser la question du rôle des mathématiques. Est-ce un outil pour prédire des phénomènes du réel ? Ou est-ce les mathématiques sont des éléments structurant de la chose ? Est-ce que les mathématiques constituent les propriétés principales de la chose ? Est-ce que ce sont les seules propriétés principales ? Est-ce que les mathématiques sont la chose ? Est-ce que les mathématiques ont été génératrices de nouveaux concepts ? Et si oui, à quelle réalité doit-on faire face ? Qu’est-ce que la Réalité ? »

Derrière cette cascade de questionnements apparaît une autre question, celle de notre rapport au langage mathématique. Est-il le langage de la nature ou celui de l’homme qui pense la nature ? Dans quelle mesure devons-nous faire nôtre ce langage et pour quelles finalités ?

 

De l’ego au Moi Unique

De l’ego au moi unique. Les 5 étapes de l’Eveil spirituel de Marc Gafni. Editions Almora, 43 avenue Gambetta, 75020 Paris, France.

www.almora.fr

Marc Gafni est proche du mouvement intégral de Ken Wilber mais il possède aussi une grande connaissance traditionnelle, celle du Talmid et de la kabbale, dans la perspective du hassidisme.

Il peut sembler paradoxal de parler d’étapes quand il est question d’Eveil, cet affranchissement radical de toute temporalité et de toute règle. Nous sommes pourtant dans la tradition classique des voies gradualistes qui proposent une pédagogie de l’Eveil tout en acceptant ce paradoxe.

Même si nous ne pouvons pas réellement parler de nouvel enseignement comme le font les préfaciers, il s’agit bien d’une expression singulière, pertinente, adaptée à nos temps, comme le font tous ceux qui reformulent l’enseignement traditionnel depuis toujours à l’aune du langage, des arts et des sciences de leur époque. Nous sommes dans une expression non-dualiste classique qui conjugue avec talent et originalité les fondements du shivaïsme cachemirien, du bouddhisme Theravada comme du christianisme libéré des contraintes des institutions ou de la kabbale.

Couv Ego-et-moi-unique

« Chacun, nous dit Marc Gafni, est responsable de son propre éveil. De même chaque génération est responsable de son propre apport à l’évolution de la conscience. C’est un contrat de partenariat entre générations. Chaque génération s’engage à apporter ses idées originales à la transformation continue et à l’évolution de la conscience. A son cœur, la conscience est l’amour : l’évolution de la conscience n’est donc rien moins que l’évolution de l’amour. Si, par conséquent, vous réalisez que Dieu est synonyme d’amour, vous comprenez du même coup que l’évolution de l’amour n’est rien moins que l’évolution de Dieu. Dieu est l’infini. L’infini est intime. Dieu est l’infini de l’intimité.

Être éveillé, c’est être amoureux : débordant de vie, enflammé et totalement ouvert comme l’amour. »

Marc Gafni présente les mécanismes d’identification, les conditionnements et contraintes causales, des dénis sophistiqués, les nœuds multiples, les narrations qui constituent et maintiennent l’ego, le « faux-moi ». A partir de sa propre expérience, il rend compte d’un procès qui conduit au-delà de l’ego vers le « Moi Unique », un chemin amoureux qui fait passer d’un amour avec objet à un amour sans objet, né de l’expérience de la non-séparation.

« Le Moi unique se révèle et se réalise tout au long de la vie, dans des moments d’abandon et de grâce, quel que soit notre niveau de conscience. Pourtant, ce n’est qu’après avoir commencé à dépasser l’emprise de l’ego du moi séparé et après avoir réalisé que notre nature est indivisible du champ de conscience infini absolu, que le Moi Unique se révèle et aboutit à la pleine réalisation stable de notre éveil. »

Marc Gafni postule alors pour un processus nécessaire, un dévoilement par prises de conscience successives qui concilie l’unicité et la singularité de son expression en un individu. Il distingue huit stations sur le chemin du Moi Unique, chemin qui commence au tout début de la vie avec le moi-pré-personnel, avant la constitution d’un moi séparé, premier niveau du moi personnel, qui va se figer sur un mode non sain en un « faux moi ». La station 4 concerne le Soi véritable. C’est l’éveil classique selon l’auteur, l’accès à l’impersonnel. Mais le procès se poursuit avec un nouvel éveil, qu’il désigne comme niveau 2 du personnel.

« A la cinquième station, vous êtes témoin de l’émergence du Moi Unique. Le personnel revient au premier plan, mais à un niveau de conscience supérieur, « expression unique du Soi Véritable ». Ce qui caractérise alors le Moi Unique est sa dimension évolutionnaire. La station 6, post-éveil par conséquent, consiste à réduire les parts d’ombre qui persistent, les « petites poches d’identité ». Il introduit le principe d’une « Ombre Unique » pendant du Moi Unique qui doit trouver sa place dans la conscience. Enfin la station 7 est celle du don unique :

« L’obligation que suscite en vous la prise de conscience évolutionnaire de votre Moi Unique est qu’il vous incombe d’offrir les dons que vous seul pouvez donner, dons que le reste de la création désire et qui lui sont nécessaires. Chaque être humain possède un ensemble de dons particuliers à offrir au monde. Votre Perspective Unique donne naissance à ce que j’appelle votre Don Unique. »

Le Don Unique est une contribution à l’évolution de la conscience.

Une grande partie de l’ouvrage consiste en une mosaïque de regards sur les interrogations que le thème de l’éveil ne manque pas de provoquer. Il évoque finalement un chemin vers l’assentiment total à la Vie afin de « donner à Dieu toute sa puissance ». Il s’agit bien de Grâce, entendue comme l’auto-communication de Dieu en nous et par nous.

L’Art du Chaos

L’Art du Chaos de Dominique Bertrand. Editions Signatura, Le Défens, 84750 St Martin de Castillon, France.

www.signatura.fr

En nous rappelant dès les premiers mots que l’étymologie grecque du mot « chaos » renvoie à la « béance » et au défi que cet essai propose de relever, faire de cette « béance » une « source ».

« L’originel immémorial, confie l’auteur, devient alors originaire, disponible à l’instant même, « pratique ». Sa fécondité exceptionnelle – largement inexplorée – peut ouvrir des perspectives nouvelles, impliquant de nouveaux rapports au monde, à l’autre, à soi-même, à la parole. En réponse aux tentations apocalyptiques, s’il s’agit non seulement de survivre à la tempête qui menace, mais d’user de sa dynamique pour ouvrir de nouveaux champs de présence, il pourrait être utile – sinon urgent – de préciser les conditions d’un art du chaos. »

Couv art-du-chaos

Cet art du chaos se révèle rapidement comme art de vie, un ordonnancement créatif du foisonnement des possibles, une traversée des dualités, qui passe par la quête de l’intervalle, l’auteur évoque « une faille au sein même de la logique, donnant sur ce qui lui échappe ».

La dynamique du chaos demande à être orientée et cela ne peut se concevoir sans éthique ni sans sagesse.

« C’est là l’Œuvre en son ouvrage : dans l’entre-deux, le contact avec l’en-puissance. Transition de phase, seuil entre ce qui est et ce qui peut être. Où l’art devient sagesse : la fine apparition d’un amour sans objet, sinon l’Ouvert, source de ciel en nous. L’éveil d’une joie indéfinissable face au surgir du monde, identique et pourtant inexplicablement nouveau, radieux du possible… Cachée dans l’ombre des mots et des certitudes – prête à donner un coup de patte si la pensée oublie de se surprendre elle-même en chemin – la sagesse du chaos se tient aux aguets, fort curieuse de la fin de l’histoire qui commence ici. »

Le voyage auquel nous sommes conviés sur l’océan du chaos conduit vers les multiples dimensions de l’être, un voyage qui suscite ou même exige d’être présent, au sens de « pré-être », précise l’auteur en s’appuyant sur l’étymologie, afin d’être témoin « du permanent surgissement du monde ».

Métaphysiques, mathématiques, mythes, puissance, chute, gaste puissance, double, entre-deux, extases, ivresses, logiques, langage… sont autant d’îlots (d’expériences) qui jalonnent le voyage jusqu’aux « rivages du sans forme ». Voyage en non-séparation.

« Par son incontournable retour au point-zéro « paradigmatique », charnière des transitions de phases collectives, l’époque se présente comme initiatique, au sens premier. A l’ »initial », le caillou solitaire, marqué du sceau du Double qui, le divisant reliant à lui-même, le divise relie soudain à l’autre, et potentiellement à tout. Faire avec le chaos, c’est éprouver la façon dont à tout instant il nous forme, déforme, transforme. Si le mot « frère » prend ici son sens radical, c’est d’être tous ses enfants, à tout instant de lui naissant, comme l’univers lui-même. »

L’essai de Dominique Bertrand transforme la surface des choses en profondeurs, libère des formes. La poésie de la non-dualité affleure entre les mots et les concepts pour nous arracher au spectacle.