Haïkus, assemblages et autres détournements de Rémi Boyer

 

Haïkus, assemblages et autres détournements de Rémi Boyer et Marc Bernol. Editions Unicité, 3, sente des Vignes, 91530 Saint-Chéron.

http://www.editions-unicite.fr/

Ce troisième recueil d’haïkus de Rémi Boyer bénéficie des œuvres de Marc Bernol.

 

 

Les haïkus sont un équivalent de la calligraphie ou de l’art du sabre, ils visent juste au jaillissement, que cela soit dans la banalité ou l’exceptionnel. Ils ne font que souligner le Réel que nous traversons sans le voir.

Classiques ou métaphysiques, les haïkus rassemblés ici cherchent l’essentiel et le simple.

 

Les nuits trop sombres

Les nuages arrondis

Cachent l’abîme

 

La fin de la nuit

Un corbeau échevelé

Cherche son chemin

 

Le pain du matin

Mille odeurs de bonheur

Mon vieux compagnon

 

 

Dans un pur matin

Des papillons transparents

Célestes Voiliers

 

 

L’ouvrage rassemble aussi quelques eshutis, textes invocatoires rédigés dans une langue purement sonore dans laquelle seuls les sons et non les mots portent les sens.

 

Lupasipa
Desifarabela

Pasilu pasipa

Desirafabela

E scalipina maderuda lubiana

Smalinada kati

Smalinada kata

Origaamana sculianti

Shotericali orashgama

Alitera

 

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L’heure tiède de Franck Balandier

L’heure tiède par Franck Balandier. Librairie-Galerie Racine, 23 rue Racine, 75006 Paris.

https://editions-lgr.fr

La poésie vivante de Franck Balandier s’écoule avec une rare justesse depuis les temps de vie de l’être jusqu’aux confins de la mort, aussi banale que redoutée.

Romancier, essayiste et poète, il publie son premier poème à quatorze ans, Franck Balandier est riche d’un parcours atypique choisi. Il fut ainsi à l’origine de la première radio diffusée en milieu carcéral au tout début des années 80 mais nous le retrouvons aussi vidéaste, réalisateur d’une quarantaine de documentaires pour le Ministère de la Justice.

 

 

L’amour et tout ce qui s’oppose à lui afin de l’empêcher, de l’user, de le détruire, anime nombre de ses textes. Malgré le réalisme et la lucidité, le goût de la vie est sans cesse réaffirmer, souvent par l’attachement aux détails qui tissent le bonheur, la bonne heure.

 

Je revendique des apogées à fleur de peau

Dans le gras de nos rêves

Ce peu de confettis dans nos cheveux

Nos amours défaites

Le cri des gens au bord des trottoirs

Assis à regarder les nuages

Il faut des pluies au creux de nos larmes

Pas le temps

Pas le temps de nos bras serrés

Tu te souviens dis

Tu te souviens de nos amygdales

De nos rhinopharyngites

De nos salpingites

On avait quoi

Quinze ans à peine

 

Garde-moi

Garde-moi au plu près de toi

A l’abri des crachats

De nos promesses non tenues

On s’en fout hein

On s’en fout de se réveiller demain

Un autre jour

On sait bien

On sait bien que la mort est pour un autre jour

Alors pardon de nous

Pardon d’avoir oublié le plus beau des baisers

Celui qui traîne encore au coin de tes lèvres

Il sera pour après

Quand nous serons bien vieux

Pour nous aimer toujours.

 

Le recueil présente de longs poèmes, qui évoquent chez le lecteur le chapelet de souvenirs enfouis, et des poèmes brefs qui font jaillir la lumière de l’instant :

 

Il y avait vous

Le temps de la ville pas très loin

La mort à portée de nuages

A un jet de pierre la mort

L’intifada de vos baisers

Dans l’urgence d’une guerre devenue inutile

 

L’heure tiède est un fleuve de nuances poétiques qui nous emportent vers nous même. Il ne s’agit pas de nostalgie mais plutôt d’une puissante récapitulation des petites intensités qui sont les constituants mêmes du vivant.

 

Davantage sur l’auteur :

http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Franck_BALANDIER-122-1-1-0-1.html

Claude Debussy

Debussy et l’échelle mystérieuse par Yvon Gérault. Editions de La Tarente, Mas Irisia, Chemin des Ravau, 13400 Aubagne.

https://latarente.com/

Claude Debussy, tout comme Alexandre Scriabine, sut établir un rapport singulier avec les sept degrés de la gamme diatonique qui conféra à sa musique son originalité et sa dimension symbolique. Toute sa vie, il chercha à explorer les possibilités de modulation de cette gamme et à reculer les limites du possible, à « troubler l’esthétique de son temps » et « révolutionner la musique ».

Son temps justement est celui d’une tension entre positivisme triomphal et une résistance foisonnante à travers l’occultisme, l’ésotérisme, le symbolisme, entre autres courants ou mouvements. Yvon Gérault, tout au long de l’ouvrage, nous fait vivre le parcours de Claude Debussy au sein de ses milieux créatifs et non conformistes. Déjà insoumis au Conservatoire, il ne pouvait que s’y sentir à l’aise.

 

 

Debussy fréquente les lieux de bohème parisien, le Cabaret du Chat Noir, non loin des loges et arrière-loges, bien sûr mais bien d’autres établissements où il croise peintres, auteurs et autres artistes, dont Marcel Proust ou Maurice Maeterlinck. S’il aime s’encanailler et il est aussi habitué des salons plus huppés. L’époque est agitée par les sociétés initiatiques, notamment rosicruciennes avec les manifestations organisées par Péladan. Debussy est à la fois intéressé, par les thèmes, et réservé face aux excès et aux divisions. Il voit en la musique une science hermétique et aurait souhaité la fondation d’une « société d’ésotérisme musical ».

L’un des compagnons de route les plus marquants de Debussy, habitué du Chat Noir fut Erik Satie (1866-1925). Une véritable amitié unira les deux compositeurs, amitié qui résistera quand Debussy connaîtra le succès alors que Satie demeurera dans la pauvreté trop longtemps.

Yvon Gérault décrit avec talent les milieux les plus divers dans lesquels évolua Claude Debussy, les rencontres, les alliances et mésalliances, les amitiés, les amours et les déceptions, qui nourrirent, à la croisée du visible et de l’invisible, du rationnel et du mystère, les œuvres du compositeur.

La troisième partie est consacrée à certaines œuvres marquées par le symbolisme, l’ésotérisme et l’étrange comme Pelléas et Mélisande ou Le Martyre de Saint Sébastien. Il travaille des années sur deux opéras : La chute de la maison Usher et Le Diable dans le beffroi.

« Le choix de ces textes de fiction comme base de livret potentiels, indique Yvon Gérault, n’est pas indifférent et les thèmes abordés vont bien au-delà de l’hermétisme, puisque les nouvelles, traduites par Baudelaire, relèvent du genre « fantastique ». Il y est question de transe cataleptique, de magie, de nécromancie et même, de possession diabolique. »

Toute sa vie, Claude Debussy oscillera entre attrait et distance envers l’ésotérisme, l’occultisme, le fantastique… Il fréquentera des personnalités marquantes de ces courants. Yvon Gérault pose la question des raisons de cette attirance. Peut-être qu’il y avait là des matières et des forces qui l’aidaient à traverser les carcans et les conformismes de son époque. Hier, comme aujourd’hui, s’affranchir nécessite d’explorer les zones incertaines.

C’est un beau livre qui intéressera les amoureux de la musique mais aussi un bel hommage à Claude Debussy et à son époque, haute en couleur mais riche de possibilités créatrices, que nous offre Yvon Gérault.

Isabelle Lelouch

Jusqu’à Ta paume Par Isabelle Lelouch. Librairie-Galerie Racine, 23 rue Racine, 75006 Paris.

https://editions-lgr.fr

Isabelle Lelouch est connue pour ses écrits à destination de la jeunesse, théâtre et poésie et pour ses pièces de théâtre. Elle collabore à la revue de poésie Poésie première à la rubrique « théâtre ».

Jean-Pierre Boulic dans la préface à ce recueil de poèmes évoque le besoin d’intériorité de ce monde, besoin qui appelle une queste spirituelle.

« Parce qu’elle arrête le temps, qu’elle le mesure, la poésie est rencontre de la présence de l’intime tout en permettant d’accéder à l’univers des choses, voire de le traverser, écrit-il. Cette appréhension met en éveil, en chemin « Les mains suspendue/ aux étoiles » et en action. Elle rejoint l’aspiration à découvrir « ce que la réalité refuse » (Georges Bataille). »

 

 

Parce que le poète peut dire ce qu’il ne connaît pas, Isabelle Lelouch traverse les murs du monde clos pour explorer d’autres possibles, plus réels que la réalité, plus légers, créatifs et libres surtout.

 

« Je n’ai d’autre équité

Qu’un azur de poème

Je lance une gloire

Cliquetante

                                                De syllabes ouvertes ! »

 

Le murmure des mots, parfois violent, porte à la limite du supportable et, soudain, fait du lecteur un passe-muraille, surpris de se retrouver de l’autre côté de lui-même.

 

« Nul doute

 

Tu m’avais rencontrée

 

Entre deux portes

Mes yeux glissaient déjà

 

Jusqu’à Ta paume

 

Tu regardes Ton visage

Dans mon miroir

 

Tu es mon plus ancien visage

Le plus sûr

 

Nul doute

Je T’avais rencontré

 

J’avais seulement perdu

 

Ta voie.

Le Sacre du Noir

Le Sacre du Noir de Lauric Guillaud. Editions Cosmogone 6, rue Salomon Reinach, 69007 Lyon.

www.cosmogone.com

Lauric Guillaud, professeur émérite de littérature et de civilisation américaines à l’Université d’Angers, est un spécialiste des imaginaires anglo-saxons et notamment de Lovecraft. Dans ce nouvel ouvrage, beau par sa forme et passionnant par son propos, il invite le lecteur à explorer l’imaginaire gothique et ses relations avec l’imaginaire maçonnique.

Lauric Guillaud ne s’est pas restreint à la littérature, ni à la culture nord-américaine et britannique, il a mis en place une véritable démarche interdisciplinaire, s’inscrivant même dans cette transdisciplinarité appelée de ses vœux par Gilbert Durand, et a recherché des matériaux dans les cultures allemande et française.

 

 

D’emblée, le lecteur se demandera quel peut bien être le lien entre le gothique et la Franc-maçonnerie. Lauric Guillaud met au jour pour la première fois des terreaux, des influences, des croisements improbables qui ont pu irriguer certains aspects de l’imaginaire maçonnique.

« Nous verrons d’abord, annonce Lauric Guillaud, les grandes tendances du gothique avant de les mettre en perspective avec certains rituels maçonniques. Nous vérifierons enfin cette double influence sur les productions contemporaines. A l’ombre des colonnes, nous découvrirons l’effroi délicieux du romantisme noir ; à l’ombre des cachots et des souterrains gothiques, nous découvrirons les mystères de la Franc-maçonnerie. »

Lauric Guillaud commence ce voyage imaginaire, parfois imaginal, dans l’Angleterre des débuts du XVIIIème siècle, un siècle où prolifèrent les clubs les plus divers et les sociétés plus ou moins secrètes. Nous découvrons les Hell-Fire Clubs, réceptacles d’anciens cultes, de pratiques libertines ou de défis divers. Le premier de ces clubs, transgressif, anti-religieux, libertaire fut fondé à Londres en 1719 par le duc de Wharton. Il accueille femmes et hommes sur un pied d’égalité. Ce nouvel égalitarisme réservé contribuera plus tard à faire évoluer les pratiques dans la société anglaise et tardivement dans la Franc-maçonnerie. Les Hell-Fire Clubs se développeront sous des formes et avec des objectifs très divers allant de la société savante aux cérémonies sexuelles pseudo-satanistes, en passant par les très nombreux rites paramaçonniques qui animent la scène ésotérique britannique. Progressivement, ces groupes quittent les tavernes pour la clandestinité. L’expérience des Hell-Fire Clubs semble caractériser cette période de transition et de confusion pendant laquelle la religion perd de son influence sous les avancées de la science, la pensée rationnelle se développe, et les pouvoirs se déplacent.

« Ainsi, nous dit Lauric Guillaud, coexistaient les perspectives progressistes reflétées par les philosophes des Lumières et la fascination durable pour les pratiques rituelles dont l’origine se perdait dans la nuit des temps (cultes païens, druidisme, rosicrucianisme, etc.). »

Dans cette tension entre ombre et lumière, entre ville et nature, entre progrès et régression, entre conformisme et excès, de nouvelles créativités vont apparaître qui influenceront aussi bien les arts que la pensée, initiatique ou profane. Dès le siècle précédent, la mélancolie annonce le romantisme, noir puis gothique. La rupture des Lumières avec les sociétés traditionnelles est violente et suscite un mal-être sociétal, des résistances et des résurgences de pratiques anciennes plus ou moins comprises.

Lauric Guillaud analyse divers aspects de ce vaste mouvement de transformation complexe : Y-a-t-il eu un proto-gothique américain ? Comment se sont développées les sociétés secrètes gothiques, quelles questions pose le Frankenstein de Mary Shelley ? Qu’est-ce qui caractérise l’initiation gothique ?

La seconde entrée de l’ouvrage est donc maçonnique et débute par une recherche sur l’impact littéraire et artistique de la Franc-maçonnerie. L’un des ponts entre l’imaginaire maçonnique et l’imaginaire gothique se trouve dans leurs approches respectives de l’architecture et de l’archéologie.

« Pourquoi, interroge Lauric Guillaud, le roman « maçonnique » se présente-t-il comme une extension culturelle d’une pratique circonscrite à la Loge ? Sans doute parce que l’imaginaire du romantisme dit « noir » a été exacerbé par des notions purement maçonniques comme le lieu clos (reflet de la Loge), l’obligation du secret, les oppositions ténèbres/lumière, rejet/admission, soleil/Lune et surtout vie/mort. C’est l’initiation qui cimente ces notions en les incorporant dans des rituels proches du psychodrame. »

Au fil des pages, à travers les très nombreux extraits ou références, apparaît au lecteur une « étroite parenté de plusieurs textes gothiques et de certains rituels maçonniques marqués par le goût du noir et du cérémonial ». Cette attirance vers l’obscur et la nuit est cependant associée à une orientation vers un « centre », un axe, à une recherche de verticalité. Il s’agit de rester dans l’ombre pour mieux trouver la lumière. Il existe une dimension initiatique propre à l’originalité et la liberté du courant gothique qui trouve un reflet, parfois une réponse dans l’imaginaire maçonnique.

Un livre à ne pas manquer pour son originalité et la richesse de son contenu.

Les murmures qui font l’évidence de Jacques Basse

Ces murmures qui font l’évidence de Jacques Basse. Edition de l’auteur.

Jacques Basse, poète et dessinateur de grand talent, être de liberté et d’éthique, habitant les hauteurs de l’esprit, poursuit sa galerie de portraits d’auteurs et poètes. Son œuvre restera comme un témoignage inestimable de la vie poétique et littéraire de la période que nous traversons et qu’il contemple dans sa profondeur, avec délice et humour.

 

 

Ce livre s’inscrit dans la continuité des six volumes des Visages de Poésie, cette belle anthologie des poètes et penseurs contemporains. Nous retrouvons ainsi les portraits au crayon, célèbres désormais, de Jacques Basse, soutenus par des sonnets présentant quelques facettes du personnage.

Dans une préface très intéressante, Jean-Paul Gavard-Perret précise la force de ces portraits :

« Chaque écrivain est plus dans qu’à l’image. S’intéressant au visage comme miroir de l’identité caché, l’artiste en donne la « visagéité ». Partant pourtant de photographies en tant que base le créateur fait éclater les masques. A l’écrivain toujours peu ou prou en quête d’identité il arrache la fixité du visage pour en souligner et faire émerger l’opacité révélée d’un règne énigmatique. Les traits de Jacques Basse accentuent le dedans d’une existence prisonnière. Chaque portrait s’appuie sur le jeu des dégradés de gris où balbutient des ombres d’un « qui je suis » qui viendrait enfin tordre le cou au « si je suis ».

Jacques Basse (…) prouve comment le visage à la fois « s’envisage » et de « dévisage ». Il prouve aussi que l’art apporte un supplément de réalité. (…)

Jacques Basse franchit un seuil en nous faisant passer de l’endroit où tout se laisse voir vers un espace où tout se perd pour approcher une renaissance incisée de nouveaux contours. Il y a là cristallisation, scintillation étrange. C’est pourquoi il faut savoir contempler de telles œuvres comme un appel à une traversée afin de dégager non seulement un profil particulier aux visages mais au temps et plus particulièrement à celui que Proust nomma « un peu de temps à l’état pur ». »

Connues ou moins connues, les personnalités qui habitent ce livre, invités par Jacques Basse, apparaissent sous son crayon et sa plume, avec une force inhabituelle, concentrée sur l’essentiel.

Margaux Lefebvre

Les Oiseaux lacunaires de Margaux Lefebvre. Librairie-Galerie Racine, 23 rue Racine, 75006 Paris.

https://editions-lgr.fr

Chanteuse, comédienne, poétesse, Margaux Lefebvre coache également de nombreux artistes et enseigne la prise de parole en public. Après avoir longuement exploré le rapport entre le corps et la voix, en recherchant accords et harmonies qui libèrent, c’est naturellement qu’elle est arrivée à la trace écrite avec ce premier recueil poétique dans lequel nous retrouvons la recherche d’un alignement créatif entre l’esprit et le corps (ici la main).

Ici, point de rhétorique mais la tension libre vers le don d’une émotion affranchie des conditionnements afin de laisser aller et venir l’énergie émotionnelle sans l’altérer. L’absence devenue intense présence. L’obscurité réalisée comme lumière. La solitude révélatrice de la plénitude…

Les trois actes de la pièce poétique offerte par Margaux Lefebvre, qui invite le lecteur à voir l’intime comme il regarde la scène de théâtre avant de se rendre compte qu’il est lui-même sur la scène, sont intitulés La lézarde – Chaînon manquant – Les crachats par pitié. Les oiseaux lacunaires seraient-ils de mauvais augures ? Tout autrement, la poésie de Margaux Lefebvre est pleine d’amour, un amour qui hésite à se réaliser au milieu d’un tas de ruines et de cendres, que les ruines soient personnelles ou sociétales.

Je me réveille

Avec le vent sur l’oreiller

Courants d’air

Qui sonnent le glas de la présence

 

N’as-tu été qu’une ombre

Une pensée de crépuscule dans la lézarde

Des attentes

 

Mon coeur trop cuit

N’a jamais su aimer

 

Je bute

Sur l’ivresse tarie des affinités feintes

L’amour en deuxième place

Derrière l’absence

 

Sur les graviers

Les mouettes s’effondrent avec fracas

Couv oiseaux lacunaires

La poésie de Margaux Lefebvre est évocation subtile, ce qui lui permet de franchir légèrement les murs sombres des crispations et des spasmes égotiques. La liberté est toujours en danger dans ses poèmes, lucidité, l’ennemi clairement désigné. Parfois cri pour ne pas devenir fantôme, s’assurer du vivant, le mot cherche la lumière à travers les fissures du temps linéaire. C’est un appel obsédant.

Pied sûr et rein creusé

Nos sirops s’enchevêtrent

Dans la fureur de notre intimité

 

Nos désirs s’entrechoquent

Labyrinthiques

Multicolores

Sur nos trois corps superposés

 

Ils disent notre amour anomique

Et viennent avec leur sabre

Découper nos étreintes

 

Fuyez plaisirs, fuyez tendresses

La rumeur vous voit criminels

Et la rumeur vous caresse

 

La poésie comme antidote à la perte et à l’horreur, la poésie comme révélation de l’être.