Jacques Lacarrière chez les Hommes sans Epaules

Les Hommes sans Epaules, Jacques Lacarrière & les Poètes grecs, Cahiers littéraires n°40.

Ce très beau numéro est consacré à Jacques Lacarrière et à la poésie hellénique. Dans son éditorial, Christophe Dauphin nous rappelle que la Grèce et l’Arménie sont des terres de souffrance et de résistance dans lesquelles la poésie est irriguée par le sang perdu.

Jacques Lacarrière, qui nous a quittés en 2005, « aventurier de l’esprit et l’un des meilleurs connaisseurs du monde antique et de la Méditerranée », rebelle précieux qui s’est toujours efforcé de transmettre ce qui est, témoigne, dans une œuvre multiple, du rayonnement permanent de la Grèce. Les poèmes choisis pour cet hommage sont d’une grande densité, souvent charnus pour mieux souligner l’esprit qui demeure.

 

Cinabre

 

Soleil emprisonné dans les macles du soir,

blessure d’où suinte le mercure,

tu dis l’ultime cri du sang avant qu’il ne se fige

la grande paix des cicatrices et la convalescence de la terre

 

Nous retrouverons avec grand plaisir dans le dossier l’un des grands auteurs grecs du XXème siècle, grand ami de Nikos Kazantzakis, Anghélos Sikélianos, dont on se rappellera le merveilleux Dithyrambe de la Rose. La poésie grecque des dernières décennies du siècle passé fut particulièrement riche comme en témoigne Jacques Lacarrière :

« Je crois qu’il est bon de préciser ici que la Grèce, à l’inverse de la France, n’a jamais connu d’écoles, de mouvements, de chapelles ni de cercles poétiques. Les poètes grecs n’ont jamais manifesté, à quelque génération qu’ils appartiennent, un besoin de communauté littéraire. Très vite, ces poètes nouveaux – ou du moins dont les œuvres opérèrent une évolution sans marquer pour autant de rupture avec les poètes antérieurs – vont faire poésie à part, si je puis dire. Je ne vais pas ici me mettre à dresser l’inventaire de leurs noms ni de leurs oeuvres car à partir de ces années 70, la poésie se caractérise par un foisonnement d’œuvres et de publications, une véritable explosion de revues, une multiplicité de personnalités, d’individualités pour qui la poésie se trouve désormais affranchie de toute sujétion à l’histoire. Je dis bien : à l’histoire mais sans pour autant braver ou brader aussi la mémoire… »

Le choix de poèmes rassemblés dans HsE démontre que les Hellènes n’ont pas quitté la Grèce depuis des siècles comme certains l’ont avancé imprudemment en Grèce même. L’essentiel est toujours de revenir en Ithaque comme l’affirme Constantin Cavafy :

 

Et surtout n’oublies pas Ithaque.

Y parvenir est ton unique but.

Mais ne presse pas ton voyage,

Prolonge-le le plus longtemps possible

Et n’atteins l’île qu’une fois vieux.

Riche de tous les gains de ton voyage,

Tu n’auras plus besoin qu’Ithaque t’enrichisse.

Couv HsE40

Sommaire : Editorial, « Une voix grecque dans la nuit arménienne », par Christophe Dauphin – Les Porteurs de Feu : Jacques Lacarrière, par César Birène, Claude Michel Cluny, par Paul Farellier, Jean Pérol, Poèmes de Jacques Lacarrière, Claude Michel Cluny – Ainsi furent les Wah : Poèmes de Kiki Dimoula, Francesca Yvonne Caroutch, Hervé Sixte-Bourbon, Frédéric Tison, Christine Guinard – Dossier : Jacques Lacarrière & les poètes grecs contemporains, par Christophe Dauphin, avec des textes de Jacques Lacarrière, Poèmes de Constantin Cavafy, Anghélos Sikélianos, Georges Séféris, Andréas Embirikos, Yannis Ritsos, Odysséas Elytis, Nanos Valaoritis, Aris Alexandrou, Dimitri Christodoulou, Titos Patrikios – Le peintre du surréel grec : Nikos Engonopoulos, par Nanos Valaoritis, Poèmes de Nikos Nikos Engonopoulos – Les inédits des HSE : « Ecrit à l’Ange de Smyrne », par Paul Farellier – La mémoire, la poésie : Armen Lubin, par Paul Farellier, Poèmes de Armen Lubin – Dans les cheveux d’Aoûn, proses : Gwen Garnier-Duguy, par Pierrick de Chermont, Hélène Durdilly, par Odile Cohen-Abbas, Jean-Gabriel Jonin, par Rémi Boyer, Alain Breton, par Odile Cohen-Abbas – etc.

Les Hommes sans Epaules, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen – France.

http://www.leshommessansepaules.com/

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Hervé Delabarre

Prolégomènes pour un ailleurs par Hervé Delabarre, Les Hommes sans Epaules Editions.
Hervé Delabarre, né à Saint-Malo en 1938, est peintre et poète qui s’inscrit dans l’esprit du surréalisme tout en portant une originalité qui lui est propre. Tout comme André Breton, sa poésie est un véhicule pour traverser les voiles qui dissimulent le réel.
Dans une longue et riche préface, Christophe Dauphin dit toute l’importance de l’œuvre qui fascina André Breton.
« Hervé Delabarre est un poète dont chaque œuvre est un défi à l’abstraction, une plongée dans le concret, le merveilleux. Ses poèmes possèdent un pouvoir insurrectionnel qui n’est pas sans rapport direct, avec le Merveilleux, l’humour noir, le mystère, l’amour, certes, mais avant tout avec l’être et ces fêlures… »

Couv Delabarre

Au cœur de la démarche de ce « Chevalier du Merveilleux », la femme est à la fois inspiratrice et initiatrice, celle qui introduit la merveille dans la réalité pour mieux révéler l’être en ses intensités. Dans un long poème dédié à l’actrice Louise Lagrange, c’est la queste du Féminin libre et secret qu’il invoque. Extrait :

Vos lèvres tachées
Vos lèvres peintes
Soigneusement tracées au crayon
Vos regards tristes
Mouillés d’araignées mauves sous le parasol blanc du songe
Surgissent dans l’une de ces rues
Où je suis la ligne de cœur
L’émotion du désir fait refluer le sang de votre visage
Les narines pincées sous l’étau des yeux d’hommes
Vous essayez de découvrir
Sous le déferlement des oiseaux de proie
Sous les ailes séchées des corbeaux et des papillons carnassiers
Le tableau peint de toute éternité dans le midi du noir
Quand le glaive y descend pour entrouvrir les fruits
Où dorment emprisonnées les femmes…

Hervé Delabarre développe un rapport particulier au langage. Il rend étrangement vivants les mots qui tendent à devenir cadavres sous les chaînes du conformisme. En libérant la langue, c’est le monde qu’il délie. Ainsi, avec l’ouverture des Portraits-Flashs :

Contrairement à ce qui se dit
On n’a jamais vécu ici d’amour et d’eau fraîche

Le tabernacle ne contient plus que des cendres
L’encens s’épand dans l’air comme une cicatrice

Si la poésie d’Hervé Delabarre est initiatique, si elle rapproche de l’être, c’est par discipline, la discipline de l’arcane, presque naturelle au poète, qu’il décrit ainsi à Jean-Claude Tardif :
« Encore faut-il faire le vide, m’éloigner de toute réflexion, de toute pensée contrôlée, rejeter tout jugement critique, demeurer en état de réceptivité, à l’écoute. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela nécessite aussi un labeur, une discipline, ouvrant une brèche qui nous relie à cette voix intérieure et nous permet de rester « branchés », d’aucuns diraient « connectés ». »

Roncevaux

Un ciboire peut en cacher un autre
A même de nous enivrer
Et la Bible n’est plus désormais
Que le versant doré d’un corps

Les lèvres saignent de trop aimer
Tandis qu’un cœur
S’ouvre comme une blessure
Et nous conduit tout droit aux enfers

Il n’y a pas ici de nautonier
C’est Roncevaux
Roncevaux vous dis-je
Avec à son extrémité
La belle Aude pour nous accueillir

Les Hommes sans Epaules, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen – France.
http://www.leshommessansepaules.com/

In memoriam Jean-Gabriel Jonin

Jean-Gabriel Jonin nous a quittés le 29 octobre 2014, vers quatre heures du matin, une heure matinale propice à la méditation et au départ en voyage. Le voilà en route pour l’Île des Bienheureux mais il demeure parmi nous, dans nos souvenirs, dans les temps de partage intime. Il continue aussi de nous enseigner par son œuvre exceptionnelle.

 

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Il n’est pas anodin de rencontrer une peinture initiatique. C’est toujours prendre le risque de soi-même en même temps que celui du voyage imaginal. La peinture de Jean-Gabriel Jonin est sans conteste initiatique au sens où elle conduit l’observateur à se rapprocher de lui-même en le faisant passer du statut de simple observateur à celui de témoin de soi-même, avant de laisser le témoin disparaître pour laisser toute la place au Soi, à l’Être. Du « Moi, je… » au « Je suis. ». En cela, sa peinture est bien l’héritière de celle des « grands anciens » comme Salvador Dali, qu’il a côtoyé longuement et de manière privilégiée[1], ou Victor Brauner, le peintre de la haute magie et des voies internes et, plus loin dans les replis du temps, l’improbable Jérôme Bosch ou le Gréco, l’éternel Gréco. De la même manière qu’il existe des lignées initiatiques dans la Tradition, il existe peut-être dans les Arts des lignées de peintres et de poètes, chargés d’éviter à l’humanité l’ensevelissement dans les marais fétides de la bêtise. Ils sont des prophètes, des visionnaires, parfois même à leur insu, de la liberté absolue.

L’art initiatique de Jean-Gabriel Jonin emprunte deux modalités complémentaires, celle de « l’enseigneur », le chemin du symbolisme classique, entendu comme un langage fondamental à vocation universelle, celle du mage-poète, du pressentiment de l’Être, de l’insaisissable, du mot avant le mot. Il s’agit de dominante, l’un n’excluant pas l’autre.

 

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Ce qui frappe même le passant inattentif balayant du regard les toiles de Jean-Gabriel Jonin, c’est l’omniprésence de la Femme. Elle est là, dans sa constance lumineuse et charnelle, inévitable bien que ne s’imposant pas. Le passant, homme ou femme, s’arrête. L’homme pour contempler les arcanes de la nudité féminine. La femme pour affronter, ne serait-ce qu’un instant, son propre mystère.

Toute peinture initiatique révèle la femme et l’érotique sans laquelle aucune voie de libération n’est possible. La chair enseigne l’esprit, l’esprit enseigne la chair. Érotique et érotisme se fondent.

La peinture de Jean-Gabriel Jonin, peinture initiatique en soi, célèbre la beauté, toujours présente sous les manteaux déguenillés des peurs, des angoisses, des désirs et des interrogations, pour nous rapprocher de nous-mêmes, de notre part indivisible.

http://www.jean-gabriel-jonin.com/

[1] Lire Jours intimes chez Dali de Jean-Gabriel Jonin, préface de Sarane Alexandrian, Editions Rafael de Surtis et Editinter.

Lucien Coutaud, peintre du Surréel

Lucien Coutand, peintre du Surréel, Musée des Beaux-Arts de Gaillac, Editions Rafael de Surtis.

Après l’essai remarqué de Christophe Dauphin intitulé Le peintre de l’Eroticomagie, publié chez le même éditeur, Lucien Coutaud est de nouveau à l’honneur avec l’exposition qui s’est tenue à Gaillac, au Musée des Beaux-Arts des 27 juin au 21 septembre 2014 et le catalogue très riche qui l’accompagne.

Lucien Coutaud (1904 – 1977) est un personnage complexe, « l’un des peintres les plus singuliers et les plus féconds du XXème siècle nous dit Christophe Dauphin dans son étude introductive sur les rapports du peintre, et poète, avec le mouvement d’André Breton. Son œuvre demeure mystérieuse à bien des égards même si des périodes peuvent être déterminées, culminant dans une période dite « métaphysique », pendant laquelle, poursuit Christophe Dauphin, « la création de Coutaud prend toute son ampleur, se diversifie, s’impose par ses recherches et la puissance de sa thématique. Cette période reflète les angoisses du peintre et le traumatisme de la guerre. »

« La peinture de Lucien Coutaud active autant notre conscience que nos émotions. Ses images se présentent à nous chargées de désirs et d’angoisses, réclamant une éclatante matérialisation de l’espace ; elles brisent les cadres usés de la réalité pour faire apparaître le réellement vrai, dont l’expression la plus directe est l’image éroticomagique, qui, en vertu du pouvoir qui lui est conféré d’objectiver l’union de tous les éléments, aussi opposés qu’ils soient, dans des ensembles insolites, inattendus, pousse l’intellect à une audace culminant avec l’absolu discrédit de la raison statique. »

Christophe Dauphin évoque à propos de cette œuvre une association entre pensée magique et pensée pragmatique, une dialectique, non sans tension, entre inconscient et conscient.

La relation entre Lucien Coutaud et le surréalisme ne va pas de soi, elle fut et demeure interrogée. Lucien Coutaud a fréquenté les membres du groupe, sans fréquenter le groupe. Il fait partie de ces artistes, assez nombreux, qui passèrent dans l’orbite du groupe sans se laisser happer, refusant d’appartenir et libres de la reconnaissance. Le surréalisme ne fut pour lui qu’une tentation suggère Jean Binder qui retrace à travers les œuvres la quête initiatrice du peintre-poète.

La puissance d’évocation des œuvres est renversante. Elle met à terre les représentations courantes et désigne les espaces inexplorés, inexplorables pour certains, comme les dimensions de l’esprit dans l’érotisme. S’il traverse une période dite ésotérique dans les années 30, c’est surtout trente ans plus tard qu’il s’intéressera aux cathares et aux templiers, notamment au mythe entretenu autour de Gisors.

L’association par la désassociation, l’union par la déstructuration, la présence absolue des éléments absents, concourent chez Coutaud à une traversée, à un « transparaître » qui conduit à l’essentiel. Un presque rien infiniment signifiant.

 

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Catalogue de l’exposition Lucien Coutaud, Peintre du surréel, 114 pages, format 21 x 21 cm, Textes : Préface de Bertrand de Vivié, Conservateur en chef des Musées de Gaillac,  Le chevalier du temple, Paul Sanda, Lucien COUTAUD et le surréalisme, Christophe Dauphin, La vie et l’œuvre de Lucien COUTAUD, une quête initiatrice, Jean Binder.

 

http://www.luciencoutaud.com/

 

Au rendez-vous des amis

Au rendez-vous des amis 2, collectif, Editions Rafael de Surtis.

Ce second volume rassemble de beaux textes de Jehan Van Langhenhoven, Paul Sanda, Christophe Dauphin, Yves Martin, Sabine Huynh, Guy Chambelland.

Dans un préambule nécessaire, Christophe Dauphin souligne le principe de ce recueil :

« Le Rendez-vous des amis, depuis cinq ans, ce sont des expositions de peintures, dessins et photographies ; des publications collectives et individuelles ; des débats, des performances et donc avant tout des rencontres entre porteurs de clefs. Le Rendez-vous des amis s’intéresse aux êtres en tant qu’ils sont des « porteurs de clés », sans se cacher que ceux-ci forment une minorité. Breton s’estimait lui-même par exemple comme celui qui tendait aux hommes la clé des champs. Il avait lui-même vu en Jacques Vaché le porteur de la clé du dandysme. Les porteurs de clés ne sont pas nécessairement des amis, et vice versa ; tels êtres avec qui vous avez eu des rapports de complicité intellectuelle et d’affection, peuvent avoir une action moins déterminante sur votre éthique que certains autres qui n’ont fait que passagèrement croiser votre route.

A la manière du tableau peint par Max Ernst en 1922, Le Rendez-vous des amis est un portrait de groupe où se mêlent aux amis vivants, des écrivains et artistes d’autres temps ou disparus. Le Rendez-vous des amis est en fait une fresque qui réunit de nombreuses personnes. »

C’est Christophe Dauphin qui ouvre la danse avec un bel hommage à Alain-Pierre Pillet, dans Trois dythirambes de l’alambic qui pétillent comme le Perlé qui accompagne les rencontres cordaises.

Sabine Huynh poursuit A l’origine de nos cris :

 

A l’origine de nos cris, une absence de concordance.

Le pain est le pain et l’oignon est l’oignon.

La main est la main et le moignon est le moignon.

La langue d’Abraham n’est pas celle des Francs, qui n’est pas celle du Fleuve rouge, qui n’est pas celle de Shakespeare, qui n’est pas celle de Cervantès ni celle de Dante.

         

Il y a des jours d’hybridité où rien n’est rien.

Des jours où je ne puis dire si vraiment je suis qui je suis.

Des jours où dire qui l’on est ne convoque que des squelettes.

Des jours où mon visage lie tout ce que j’articule.

Des jours où vous n’entendez que lui et ses chinoiseries de cassures nettes.

Ses lignes, à mes yeux dénuées de clef et d’horizon, sur lesquelles je ne parviens pas à placer une seule note, un seul mot, sans que ceux-ci ne sombrent dans l’avalanche d’une cacophonie me privant de sortie…

 

Et les autres… un rendez-vous à ne pas manquer.

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint Michel, 81170 Cordes sur Ciel, France.

http://www.rafaeldesurtis.fr/

Casanova à la Maison des Surréalistes

Giacomo Casanova ou l’épuisement du Mal de Paul sanda, Editions Rafael de Surtis.

Casanova est non seulement méconnu mais sa vie et son œuvres sont déformées, tronquées, réduites.

Casanova fut un grand penseur, un philosophe de la liberté pertinent et un grand écrivain. Un écrivain français puisqu’il écrivit directement en français notamment ses célèbres mémoires. Au cœur de son œuvre le corps, ou plutôt les corps, corps, physique, corps amoureux, corps philosophique, corps littéraire, tous corps de liberté. rares sont ceux qui restaurent Casanova dans toutes ses dimensions, audacieuses ou non. Philippe Sollers, l’un des rares.

C’est sur une idée de Michael Ingrassia que Paul Sanda, naturellement surréaliste, fut invité à écrire sur Casanova pour un projet de film de Jean-Pierre Mocky.

Le texte est étrange, alchimique, initiatique comme la vie de Casanova elle-même. Casanova et Saint Germain s’y trouvent comme dans un jeu de miroirs sans fin sur lequel planerait la She de Henry Rider Haggard.

C’est à la fois la queste et la révélation de Elle. Elle, Femme, Mère, Amante, qui éveille et initie.

« Le but véritable est la transmutation des êtres, je suis assailli alors par l’obligation folle de devoir spiritualiser toute cette matière, par la certitude que ce serait l’élixir, le bruit du chaudron, le ravin, la terre qui fond, la bête qui se tourne à la morsure… Dans l’inferno, son être est dans ma peau, et ma peau est dans la sienne.

Elle se prépare à s’évader… Elle psalmodie les mots de Shakespeare : « L’amour est l’étoile qui guide tout navire vagabond. Quel sextant pourrait mesurer sa valeur ? ». »

« Il semble que pour l’efficacité de la Voie alchimique, la féminité de la matière doive être réveillée, par l’acceptation de sa féminité même, de sa capacité à être le dangereux dissolvant, cette eau corrosive capable de réduire à néant la prétention au pouvoir… Ainsi la chute initiale dans la matière est l’oubli d’une condition préalable, la séparation d’avec l’huile de saturne et la couronne d’or. Le corps humain demande ainsi des choses parfaites pour se nourrir, car le corps est le véhicule indissociable de l’âme. Sans doute faut-il ainsi tout expérimenter : le savoir, l’oubli, et le poison que l’immensité a déposé au cœur de la vie… ; et je dis qu’il ne saurait y avoir de Dieu s’il n’y avait eu, auparavant, le néant, car Dieu est le tout et le rien, le plein et le vide, la totalité. Il est l’immensité de la matière et sa non-existence. Et cela dans le même instant, dans la même forme non-existante et existante. L’alchimiste opère par cette géométrie, il mène à bien l’expérience par sa voie, cette Voie sacerdotale qui va passer invariablement par l’oubli… »

Paul Sanda nous offre un texte puissant qui dissout, qui serpente, qui révèle et voile les arcanes de la voie interne du cinabre.

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint Michel, 81170 Cordes sur Ciel, France.