Être conscient d’être conscient

Être conscient d’être conscient par Rupert Spira. Editions Accarias L’Originel, 3 allée des Œillets, 40230 Saint Geours de Maremne.

http://originel-accarias.com/

Les textes brefs rassemblés dans ce livre sont le fruit des méditations, ou contemplations, guidées par l’auteur lors de rencontres ou de retraites ces dernières années. Le choix de la mise en page, laissant beaucoup d’espace entre les textes, concorde aux longs silences qui espaçaient les paroles énoncées lors de ces moments laissant libre la place pour le silence et l’être.

En introduction, Rupert Spira insiste sur l’épuisement auquel conduit une recherche du bonheur dans les expériences objectives répétées. Une fois cet épuisement saisi et compris, il est alors possible d’opérer un retournement.

« Lorsque l’on est venu à bout de l’expérience objective – incluant toutes les pratiques religieuses ou spirituelles conventionnelles qui préconisent la direction de l’attention vers un objet plus ou moins subtil, tel qu’un dieu extérieur, un maître, un mantra ou la respiration – comme moyen possible d’accéder à la paix et au bonheur, seule reste une possibilité : retourner le mental sur lui-même et investiguer sa véritable nature. »

Ce retournement vers l’essence conduit à saisir la nature même du mental qui est paix et félicité. Cette saisie de l’être, d’où l’objet est absent, a été élaborée tout particulièrement en une voie directe par la tradition védantique, selon l’auteur.

Rupert Spira a voulu dépouiller l’approche védantique de ses aspects culturels pour n’en conserver que la « quintessence ». Conscient des limites de l’exercice, mais aussi de tout ce qu’il offre, il veille à orienter au mieux le lecteur dans un double mouvement. « La voie orientée vers l’intérieur » doit s’accompagner de la réintégration d’une compréhension nouvelle dans l’expérience objective sous peine d’être pris dans un rejet très dualiste de la vie incarnée. « Reconnaître la nature transcendante de la conscience » n’est pas suffisant, il faut encore s’attacher à son immanence.

Voici quelques extraits qui illustrent tout l’intérêt de ce livre pour « désemmêler la conscience » :

« Être conscient d’être conscient constitue l’essence de la méditation. C’est la seule forme de méditation qui n’exige pas de diriger, de concentrer ou de contrôler le mental. »

« Nous ne pouvons pas devenir ce que nous sommes essentiellement par le biais d’une quelconque pratique. Une pratique nous permet uniquement de devenir quelque chose qui ne nous est pas essentiel. »

« La présence de la conscience irradie toujours avec le même éclat, derrière et au beau milieu de toute expérience. Toute expérience est saturée de sa présence. Il ne faut que se « retourner ».

« La Voie Directe – la voie sans voie de l’investigation du soi, du demeurer en soi ou de l’abandon de soi – constitue le moyen qui permet au mental fini de se dépouiller des limitations qu’il s’est imposé à lui-même librement – en tant que conscience – jusqu’à ce que sa nature essentielle, irréductible, indivisible, indestructible et imperturbable de pure conscience se révèle à lui telle qu’elle est. »

Julius Evola et la voie héroïque du « détachement parfait »

Julius Evola et la voie héroïque du « détachement parfait » de Jean-Marc Vivenza. Editions Archè, via Troilo 2, 20136 Milan, Italie.

http://www.editionsarche.fr/

Nous connaissons surtout Julius Evola pour son apport à l’hermétisme italique qui reste sans égal en Europe mais comme d’autres hermétistes de la péninsule, il s’est intéressé, de manière rigoureuse, à d’autres courants, notamment orientaux.

Jean-Marc Vivenza cherche à identifier les sources et fondements métaphysiques de l’ouvrage publié en 1943 par Julius Evola sous le titre la Doctrine de l’Eveil. Son sous-titre en était Essai sur l’ascèse bouddhique. Mais, si les références bouddhistes sont bien réelles, les principes métaphysiques relevés par Julius Evola demeurent, indépendamment des temporalités et des cultures traditionnelles.

C’est lors d’une crise existentielle aigue, qui le conduisit à user de psychotropes, que Julius Evola rencontre le bouddhisme à travers un texte, le Majjhimanikâyo qui produira chez lui une sorte d’illumination qui le libère de ses penchants auto-destructeurs. La Doctrine de l’Eveil est un fruit de ce moment particulier et prendra une forme à la fois ascétique et héroïque, ce dernier caractère typifiant par ailleurs l’hermétisme italique.

S’appuyant sur ses connaissances du bouddhisme, des bouddhismes devrait-on dire, et par de nombreuses citations extraites des écrits de philosophes occidentaux, Jean-Marc Vivenza étaye la construction du texte d’Evola et en éclaire le sens comme la portée. C’est la question métaphysique de l’essence et de l’existence, celle du rapport entre le rien et la chose, le vide et le plein qu’approfondit l’auteur, sans apporter une réponse qui ne pourrait être que relative. Il s’agit d’aller toujours plus profondément vers l’insaisissable.

« Sans accès possible, l’être est présent dans son absence et absent en tant que présent. La révélation de l’inexistence de l’être, n’est qu’un moyen de sombrer plus avant dans l’absence de l’être. L’intolérable ne peut se comprendre, mais il est certain qu’une seule chance par lui nous reste offerte : celle d’accepter le « non-sens ». L’existant, le sujet, se retournant sur lui-même doit donc impérativement affronter dans l’angoisse, la nuit vide, l’absence cruelle, son expulsion hors de lui-même vers le délaissement. Le sujet n’est rien d’autre que cette ouverture au rien, à l’innommable altérité face à laquelle il affronte, tout en rencontrant sa tragique limite ; limite tragique mais joyeuse au sein de laquelle il atteint, tout en l’ignorant, son invisible souveraineté d’absence. Il n’est donc d’autre mission véritable pour l’être, il n’est d’autre fin authentique pour lui, qu’une souveraine perte définitive qui l’ordonne au silence du non-savoir. »

Outre cette approche de l’essentiel à travers les mots, agencés non en concepts mais en expériences mêmes, Jean-Marc Vivenza dégage des différents courants traditionnels évoqués une architecture non inféodée aux formes et distingue quelques repères invariables des voies d’éveil qui seront utiles au lecteur engagé dans une pratique.

« En définitive, dit-il, ʺl’Eveilʺ consiste à comprendre que rien ne peut conduire où l’on est déjà, que rien, strictement rien n’a été enseigné, car la libération n’a pas à être recherchée, puisque depuis toujours, et pour toujours, il n’y a jamais eu nul temps dans lequel nous avons été placés ; (…)

Rien n’est apparu, rien ne disparaît. Tout est vide au sein de l’éternel Néant. »

A lire.

Les racines du yoga

Les racines du yoga par James Mallinson et Mark Singleton. Editions Almora, 43 avenue Gambetta, 75020 Paris, France.

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C’est un livre indispensable, une somme considérable de textes fondamentaux sur le yoga qui permettent de retrouver les origines et les développements de ce que nous désignons comme « yoga » et qui recouvre en réalité une multitude de courants et pratiques différenciés et souvent contradictoires.

Mark Singleton est enseignant-chercheur à l’Université de Londres, spécialisé dans l’étude du hatha-yoga. James Mallinson est maître de conférence en sanskrit et civilisation indienne classique. C’est en constatant l’accès limité aux sources textuelles du yoga et des méconnaissances qui en découlent que les auteurs ont entrepris de mettre à disposition cette « compilation érudite » de textes très divers.

« Bien évidemment, précisent-ils, les textes ne reflètent pas à eux seuls toute l’évolution du yoga. Ils ouvrent des fenêtres sur des traditions particulières à des époques définies. L’absence de référence à telle ou telle pratique dans les textes n’est pas la preuve de son inexistence absolue dans le yoga. Inversement, l’apparition de nouvelles pratiques dans les textes signale bien souvent des innovations plus anciennes. Malgré ces réserves, les textes restent néanmoins la principale source fiable de connaissance du yoga à des périodes précises de l’histoire, à la différence des récits généralement invérifiables que les traditions et les lignées véhiculent sur leur propre compte. »

Cette problématique générale vaut d’ailleurs pour toutes les traditions, ce que n’ont pas intégré nombre d’historiens des traditions occidentales.

Un autre aspect de la démarche des auteurs réside dans la cible choisie :

« Les extraits de textes présentés ci-après portent principalement sur la pratique et non sur la philosophie. De façon générale, nous n’avons pas retenu les passages traitant de philosophie, sauf lorsqu’ils sont en lien avec la pratique (par ex. la méditation sur les éléments tattva). Le yoga traditionnel n’a que rarement, sinon jamais, existé en dehors d’environnements religieux et doctrinaux définis. Alors que ces derniers présentent une diversité considérable, le yoga en lui-même se réduit à quelques éléments essentiels, tant théoriques que pratiques, communs à la plupart des milieux. Nous nous sommes donc concentrés sur la pratique du yoga et avons laissé de côté les systèmes philosophiques sous-tendant cette pratique dans ses aspects spécifiquement sectaires. »

La construction de l’ouvrage est très intéressante et permet au lecteur de rechercher facilement une matière selon les questions qu’il se pose. En effet après des éléments historiques, des clarifications de vocabulaires et des généralités, les auteurs abordent les pratiques dans cet ordre : posture – contrôle du souffle – corps yogique – sceaux yogiques – mantra – retrait, fixation et méditation – samâdhi – pouvoirs yogiques – libération.

On peut ainsi, par exemple, découvrir l’évolution de certaines pratiques de l’école Kaula ou l’appropriation par des courants tantriques de pratiques de hatha yoga.

L’ensemble des textes rassemblés ici, peu connus sauf des spécialistes, permet de reconstituer une histoire plus ajustée du yoga, de dissoudre des croyances courantes et monolithiques sur le sujet, mais aussi d’extraire les pratiques d’environnements culturels pesants ou limitatifs (notamment pour les femmes). Le lecteur avisé distingue ainsi combien le degré d’intégration de la non-dualité joue sur la mise en œuvre des pratiques.

Véritable anthologie de textes inconnus ou négligés, fruit d’un travail aussi rigoureux qu’érudit, ce livre renouvèle et rectifie notre façon de considérer le yoga en l’enrichissant et la diversifiant. C’est désormais un ouvrage de référence essentiel.

La grandeur de l’homme par Svâmi Prajnânpad

La grandeur de l’homme par Svâmi Prajnânpad. Editions Accarias L’Originel, 5 passage de la Folie-Regnault, 75005 Paris.

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Rares sont les penseurs de l’éveil qui ont utilisé le langage pour dissoudre le langage et conduire à la non-dualité. Krishnamurti en est un exemple. Prajnânpad un autre, qui, souligne Roger-Pol Droit, sait « cheminer de phrase en phrase, vers un au-delà du dicible qui s’atteindrait par le discours ».

Cet ouvrage est construit par Colette et Daniel Roumanoff à partir des paroles de Prajnânpad recueillies dans des lettres confiées par les disciples ou extraites d’entretiens enregistrés. Ils insistent sur la modernité du langage utilisé. Prajnânpad évitait les mots sanskrits, instaurait le simple, le direct, l’immédiat.

Daniel Roumanoff distingue trois grands thèmes dans ces paroles :

La connaissance intellectuelle, celle du connaisseur des formules coupée de l’expérience, qui s’oppose à la connaissance réelle, de celui qui se connaît lui-même.

Connaître c’est être. Se connaître, c’est être soi-même. Non pas connaître le Soi mais revenir à soi après avoir perçu qu’il n’est pas possible de trouver à l’extérieur ce que l’on cherche.

La séparation entre moi et l’autre est la source de la souffrance ordinaire. Connaître, c’est annihiler cette séparation. La vraie connaissance est l’unité.

 

 

 

Les propos de Svâmi Prajnânpad commentent des Upanishad mais aussi des histoires. Commentaires déconcertants, remarque Roger-Pol Droit, « Au sens le plus simple de ce terme : défaire un concert. C’est-à-dire : désorganiser un ensemble, démanteler un réseau d’éléments renvoyant les uns aux autres. ». La déconstruction est un outil commun de la pensée mais ici, il s’agit d’autre chose, il apparaît qu’il n’y a ni déconstruction, ni construction, tout demeure, dans la non-séparation, et tout continue à vivre avec ses distinctions. La puissance des paroles est suffisante :

« L’Inde aujourd’hui vit dans ses rituels et ses sectes. L’Inde n’avait pas de sectes. L’Inde ne pouvait se limiter à une forme particulière. Dans les Upanishad, il n’y a pas de secte.

Il y est dit : « Connais-toi toi-même. » On y lance un défi : « Connais-toi toi-même et rien d’autre. Laisse tomber tout autre discours. »

Pas de mots, non, non. Seulement : connais-toi toi-même. Rien d’autre. Où sont les rituels ? Où est Dieu ? Où est le culte qu’on doit lui rendre ?

Seulement : connais-toi toi-même. C’est le pont vers la félicité, peut-on dire ou encore l’immortalité. L’état au-delà de la mort, l’état au-delà de la souffrance, l’ambroisie mais on ne peut pas traduire ainsi. Immortalité, félicité, mais cela ne rend pas le sens exact. Le sens exact d’amta : être au-dessus de la mort. L’état au-dessus de la mort ou au-dessus de la dualité, au-dessus de l’action-réaction en langage moderne.

C’est le pont vers l’immortalité.

Il y a la mort, il y a l’immortalité.

Quel est le chaînon qui les relie ?

Connais-toi toi-même.

Se connaître soi-même seulement.

Seulement cela. »

 

Même dans les choses connues de la philosophie, Prajnânpad instille l’inattendu, c’est connu mais c’est étranger, connu intellectuellement seulement mais sans l’expérience intime. Il ne s’agit pas de repousser l’intellect mais de l’aiguiser, d’en faire un allié. Il ne laisse pas le langage recouvrir le langage, il cherche à passer au travers, maintenant, de manière directe d’abord mais aussi de manière gradualiste si nécessaire pour son interlocuteur.

Ne pas adhérer, ne pas nommer, ne pas retenir, ne pas projeter… juste vivre l’instant présent qui est éternité. Reconnaître la Vérité de ce qui se présente et dans ce qui se présente.

« Quand la perfection est-elle atteinte ? Quand on voit que tout est neutre. Quand on sent, quand on voit que partout tout est neutre.

Il agit, il agira ou l’action se produira selon les circonstances. Il n’a rien de particulier à imposer.

Alors il agit, il semble agir, mais non, il n’agit pas.

L’action a lieu en lui.

Parce qu’il n’est pas responsable.

Il n’a aucune initiative pour agir. Selon la demande de la situation, il agit.

Il voit la différence, il sent la différence de situation et il est avec cette différence.

Quand la vérité, la réalité est connue, alors vivre, se mouvoir parmi les gens devient une source de joie. »

 

Selon le rapport établi avec les paroles de Prajnânpad, rassemblées dans ce livre, le lecteur connaîtra une agréable satisfaction intellectuelle ou une véritable expérience.

Ted Chiang, la question de la langue

La tour de Babylone de Ted Chiang. Editions Gallimard-Folio
5 rue Gaston-Gallimard, 75328 Paris cedex 07.

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Ted Chiang fait parties des auteurs actuels de science-fiction qui se sont emparés de la question de la langue comme l’ont fait auparavant A.E. Van Vogt ou Ian Watson.

Vous avez pu le découvrir en regardant l’excellent film Arrival, réalisé par Denis Villeneuve, sorti en 2016 sur les écrans, avec Luise Banks qui joue le rôle d’une linguiste chargée de communiquer avec des extra-terrestres. L’histoire est tirée de la nouvelle L’histoire de ta vie, l’une des nouvelles rassemblées dans l’ouvrage intitulé La tour de Babylone.

Ted Chiang est un spécialiste en informatique. Il a écrit plusieurs nouvelles de science-fiction qui ont été primées. Ce n’est pas la première fois qu’il aborde la question de la langue dans une nouvelle. Déjà dans le même recueil, le personnage principal de la nouvelle Comprends cherche à construire une langue nouvelle capable de servir ses immenses potentialités, libérées par une drogue.

 

 

 

Dans L’histoire de ta vie, Louise Banks cherche à comprendre la structure de la langue des heptapodes venus de l’espace pour se poser en douze lieux du globe terrestre. Si l’intrigue semble classique, le véritable sujet est bien celui de la langue. Il est traité en s’appuyant sur l’hypothèse de Sapir-Whorf et le principe de Fermat. C’est la langue qui structure notre construction et expérience du monde et nos interactions. Cette approche a été explorée de manière approfondie par des chercheurs comme Alfred Korsybski, Paul Watzlawick, John Grinder, Richard Bandler, Edward T. Hall et leurs équipes.

Nous touchons avec ces questionnements aussi bien aux sciences quantiques qu’aux métaphysiques non-dualistes tant la grammaire est essentielle à l’actualisation de la conscience.

En effet, les heptapodes utilisent pour communiquer une langue non phonologique, formée de sémagrammes qui échappent aux limites des causalités linéaires et temporelles. Ils font usage de deux langues, l’heptapode A et l’heptapode B pour échanger avec les humains :

« En l’examinant, je comprenais que les heptapodes aient créé un système d’écriture sémasiographique ; il convenait mieux à une espèce au mode de conscience simultané pour laquelle le discours tenait lieu de goulet d’étranglement, à exiger que chaque mot suive le précédent, séquentiellement. Avec l’écriture, par contre, tous les signes portés sur une page étaient visibles en même temps. Pourquoi enfermer l’écriture dans une camisole glottographique, requérir d’elle le caractère séquentiel du discours ? Cela ne serait jamais venu à l’esprit de ces extraterrestres. L’heptapode B tirait parti des deux dimensions ; au lieu de filer les morphèmes un par un, il en proposait une pleine page à la fois.

Maintenant que l’heptapode B m’avait offert un mode de conscience simultané, je voyais en quoi la grammaire de l’heptapode A se justifiait : ce que mon esprit séquentiel percevait jusque-là comme inutilement complexe se révélait une tentative d’introduire une certaine flexibilité dans les confins du discours séquentiel. Par voie de conséquence, je pouvais plus facilement utiliser l’heptapode A, mais il me paraissait toujours un méchant substitut de l’heptapode B. »

 

Voici deux autres extraits qui illustrent la puissance de la pensée de l’auteur :

« Avec l’heptapode B, je vivais l’expérience exotique de pensées codées graphiquement. Je passais des moments de transe où mes pensées ne s’exprimaient plus par le biais de ma voix interne ; à la place, je me représentais des sémagrammes qui s’épanouissaient telles des fleurs de givre sur un carreau de fenêtre.

Mieux je maîtrisais la langue et plus je voyais des dessins sémagraphiques complets susceptibles d’exprimer des idées complexes. Mes processus mentaux n’accéléraient pas. Mon esprit campait sur la symétrie inhérente des sémagrammes, lesquels me semblaient plus qu’un langage : des mandalas. Ainsi je méditais sur le caractère interchangeable des prémisses et des conclusions. Il n’y avait pas de direction implicite à l’articulation des propositions, de « cheminement » précis ; tous les éléments d’un raisonnement étaient aussi puissants, tous possédant la même importance. »

 

L’heptapode B permet d’échapper à la prison du temps linéaire, de distinguer les rétro-causalités et d’ouvrir le champ des possibles. En échappant au dialogue interne pour une perception directe et élargie c’est une autre expérience du monde qui se profile, infiniment plus riche de nuances et de créativités grâce à un niveau élevé d’enchâssement.

« L’univers physique pouvait être considéré comme une langue à la grammaire des plus ambiguë, chaque événement physique impliquant un énoncé analysable de deux manières totalement différentes, causale et téléologique, toutes deux valables. Quel que soit le contexte disponible, on ne pouvait en disqualifier aucune.

Lorsque les ancêtres des humains et des heptapodes avaient acquis la première étincelle de conscience, ils avaient perçu le même monde physique, mais ils avaient effectué des analyses grammaticales différentes de leurs perceptions ; les visions du monde qu’ils avaient fini par adopter résultaient de cette divergence. Les humains avaient acquis un mode de conscience séquentiel, les heptapodes un mode de conscience simultané. Nous faisions l’expérience des événements dans un certain ordre, et nous percevions leur relation comme une relation de cause à effet. Ils faisaient l’expérience de tous les événements à la fois, et ils percevaient un objectif sous-jacent au tout. Un objectif de minimisation et de maximisation. »

La kabbale dénouée de Jean-Charles Pichon, nouvelle édition

La kabbale dénouée de Jean-Charles Pichon. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Voici une nouvelle édition d’un texte fondamental de Jean-Charles Pichon (1920-2006), enrichie et complétée d’extraits et de citations de différents ouvrages de Jean-Charles Pichon, au sujet de la Kabbale et de la métaphysique.

Jean-Charles Pichon est un penseur aussi exceptionnel que méconnu, à la fois inconnu romancier, poète, auteur dramatique, dialoguiste, philosophe, métaphysicien, en quête d’un modèle intégral ouvert.

 

 

Extrait de la préface de Rémi Boyer :

« Jean-Charles Pichon « explore extrêmement » l’évolution humaine à travers les cycles qu’elle manifeste. S’il s’inscrit ainsi dans les pas d’un Mircéa Eliade ou de quelques autres auteurs traditionnels, il va bien au-delà, tout comme un Lucian Blaga, par son questionnement et sa démarche des explorations linéaires et temporelles.

Toujours, il cherche à rendre dynamique ses modèles théoriques. Il conçoit ainsi une machine à penser rigoureuse, nourrie du langage des noms, des nombres et des signes[1]. Une méta-machine plutôt puisqu’elle est destinée à mettre en évidence les mécanismes, les interactions mais aussi les erreurs d’autres machines à penser comme celles de Goethe, Joachim de Flore, Kafka, Duchamp, Artaud… autant de regards posés sur le monde, autant de lucidités diverses.

Il convient de distinguer deux types de machines. Nous avons d’une part les « grandes machines » mythiques et ésotériques, celles-là rigoureuses (Maya, Homère, Hésiode, Platon, la Kabbale, etc.), en regard d’autres machines littéraires plus « flottantes ». Les premières prendraient leurs sources dans l’Imaginal pour venir féconder les esprits tandis que les secondes orienteraient, plus ou moins adroitement, au gré du vent de l’inspiration de l’auteur, vers ce même « Entre-Deux ». Avec Louis-Claude de Saint-Martin, nous pourrions dire que les « grandes machines » sont inventées par les penseurs, et les machines littéraires par des « pensifs ». Jean-Charles Pichon aurait sans doute froissé Quintilien et Tertullien. Ses discours et ses écrits exigent un effort de l’esprit. Pourtant, ces machines sont simplement efficaces et sobres. Elles dissipent la confusion, elles clarifient, elles confèrent de l’ordre, plutôt qu’elles n’organisent. Jean-Charles Pichon sait autrement. Il enseigne autrement. Il éveille autrement au Réel, à la fois toujours le même et toujours autre.

Porteur d’un art de vivre qui allie poésie et rigueur encyclopédique, Jean-Charles Pichon renvoie dos à dos l’Eglise et le scientisme, c’est pour mieux contribuer, tout en s’en gardant farouchement, à une alliance du religieux et de la science, le premier parce qu’il relie, la seconde parce qu’elle dénoue.

La pensée de Jean-Charles Pichon n’est jamais chronique, il investit avec fermeté l’aïon et  ses dynamiques spiralaires. Procès, figures, lois, forme-vide… préparent l’élaboration d’une scolastique machinale mais c’est son utilisation des verdicts zodiacaux qui demeure la plus étonnante et la plus riche en perspectives créatrices. »

[1] Le petit métaphysicien illustré de Jean-Charles Pichon. Editions L’œil du Sphinx.

L’enchâssement

L’enchâssement de Ian Watson. Editions Le Bélial’, 50 rue du Clos 77670 St-Mammès, France.

https://www.belial.fr/

Rares sont les ouvrages qui mêlent linguistique et science-fiction. Nous pensons bien sûr à la célèbre trilogie d’A.E. Van Vogt, Le Monde des Non-A, Les joueurs du Non-A et La Fin du non-A, non-A pour non-aristotélicien,  basée sur les principaux axiomes de la Sémantique Générale d’Alfred Korsybski, publiée dès 1945. L’ouvrage de Ian Watson, original et fascinant, traite de la question de l’enchâssement, d’un possible au-delà du langage.

 

 

C’est le premier roman de Ian Watson, passionné par l’œuvre de Raymond Roussel, particulièrement Nouvelles impressions d’Afrique (1932). Trois intrigues se mêlent dans ce roman. La première s’organise autour d’expérimentations secrètes sur le langage. Des enfants sont isolés pour vivre dans un langage artificiel qui se veut une approche d’une base infralinguistique humaine par un procédé d’enchâssement. Nous sommes proches des théories de Noam Chomsky sur une grammaire universelle, théorie que nous retrouvons dans les grandes métaphysiques non-dualistes.

La deuxième intrigue conduit le lecteur auprès d’une tribu isolée de la forêt amazonienne qui pratique deux langages, le xemahoa A et B. Le second, lui aussi enchâssé, porteur des mythes et traditions, est accessible grâce à un hallucinogène.

Enfin, la troisième intrigue consiste en une rencontre avec un peuple extra-terrestre qui compile tous les langages de l’univers, autant de cartes de la réalité. Ils imaginent qu’en compilant tous les langages, ils pourraient accéder à leur créateur et au réel.

Les trois intrigues se mêlent habilement dans une quête de l’être fondateur du langage. C’est une forme de recherche de la Parole perdue ou de la Lettre perdue, le pressentiment d’une structure absolue.

 

 

Certains passages, rejoignent les thèmes développés dans les voies d’éveil.

Exemple côté extra-terrestre :

« Ce sont des entités variables. Ils manipulent ce que nous appelons réalité grâce au cours flottant de leurs signes. Leurs signes ne connaissent pas de constante et ne reposent que sur des référents variables. Nous sommes enchâssés dans cet univers, prisonniers de lui. Eux, non. Ils s’en échappent. Ils sont libres. Leur faculté de change leur fait traverser les réalités. Mais lorsque nous aurons réussi à superposer tous les programmes constitutifs de la réalité établis par tous les langages, là-bas dans la lune qui orbite entre nos mondes jumeaux, alors nous serons également libres. »

Exemple côté tribu amazonienne :

« Ce discours enchâssé n’est autre que la châsse où sont serrés l’âme, les mythes, de la tribu. Mais cela permet également aux Xemahoa de faire l’expérience immédiate de leur vie mythique au cours de ces célébrations à la fois chantées et dansées. Le dialecte vernaculaire quotidien, le xemahoa A, est passé au crible d’un re-codage extrêmement élaboré qui brise les séquences linéaires du parler normal et restitue le peuple xemahoa à cette unité spatiotemporelle de laquelle, nous autres, avons été coupés. Car nos langages se comportent comme des barrages entre la Réalité et notre Idée de la Réalité.

« Je suis enclin à penser que le xemahoa B est le langage le plus vrai que j’aie jamais rencontré. Il est évident qu’à d’autres égards – pour tout ce qui concerne la vie quotidienne – il met à mal, paralyse, infirme notre vision strictement euclidienne du monde. C’est un langage extravagant, semblable en cela à celui de Roussel, mais pire. L’esprit ne peut espérer seul, sans adjuvant, l’appréhender. Mais dans leurs hallucinations, ces Indiens ont découvert l’élixir vital de la compréhension ! »

Au passage, Ian Watson, soit par accident, soit par compréhension, livre quelques clefs de l’usage traditionnel des puissances serpentines.

C’est un roman-expérience qu’il ne faut pas négliger. Il porte beaucoup de questionnements, d’intuitions mais aussi de connaissances en mouvement et véhiculent aussi certains fondamentaux de la sémantique générale.

 

Satipatthâna. Le chemin direct pour la réalisation

Satipatthâna. Le chemin direct pour la réalisation par Bhikkhu Anâlayo. Editions Almora, 43 avenue Gambetta, 75020 Paris, France.

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Tous ceux qui s’intéressent réellement à la méditation de pleine conscience et qui ne souhaitent pas en rester au phénomène de mode trouveront un grand intérêt à étudier ce livre. Le Satipatthâna sutta est en effet un texte essentiel à la compréhension de la pratique de pleine conscience dans son contexte originel bouddhiste.

 

 

L’auteur, Bhikkhu Anâlayo, devenu moine bouddhiste au Sri Lanka en 1995, a consacré sa thèse de doctorat au Satipatthâna sutta. Il allie érudition universitaire, connaissance traditionnelle et pratique approfondie dans des retraites solitaires et silencieuses répétées. Il présente ainsi sa démarche :

« La pleine conscience et la manière correcte de la mettre en pratique sont certainement des sujets d’importance capitale pour toute personne qui souhaite suivre le chemin du Bouddha vers la libération. Et cependant, pour une compréhension et une pratique correctes de la méditation de pleine conscience, il faut prendre en considération les instructions originelles du Bouddha au sujet de satipatthâna. Considérant cela, ma recherche s’intéresse en particulier aux discours rapportés dans les quatre Nikâyas principaux et les parties les plus anciennes du cinquième Nikâya, en tant que matériau de base d’importance capitale. »

Bhikkhu Anâlayo s’est soucié tout au long de son ouvrage de l’efficacité et de la rigueur de la pratique en même temps que du contexte historique et du champ philosophique qui encadre ou soutient cette pratique.

Le texte du Satipatthâna sutta est dense et bref. Il débute et s’achève par ces mots :

 

[LE CHEMIN DIRECT]

« Moines, voici le chemin direct pour la purification des êtres, pour le dépassement de la tristesse et des lamentations, pour la disparition de dukkha et du mécontentement, pour acquérir la vraie méthode, pour la réalisation du Nibbâna, à savoir les quatre satipatthânas.

 

Bhikkhu Anâlayo, après avoir rappelé la définition du chemin direct selon le satipatthâna, décrit précisément la structure du texte avant de présenter et commenter chacun de ses aspects :

 

« Après cette « définition », le discours décrit en détail les quatre satipatthânas du corps, des ressentis, de l’esprit et des dhammas. Le premier satipatthâna, la contemplation du corps, progresse de l’attention à la respiration, aux postures et aux activités, puis les divisions du corps en ses différentes parties anatomiques et éléments, jusqu’à la contemplation d’un cadavre en décomposition. Les deux satipatthânas suivants sont consacrés à la contemplation des ressentis et de l’esprit. Le quatrième satipatthâna énumère cinq types de dhammas objets de contemplation : les obstacles mentaux, les agrégats, les sphères des sens, les facteurs d’éveil, et les quatre nobles vérités. Après les pratiques de méditation en tant que telles, le discours revient à l’affirmation du chemin direct, en passant par une prédiction sur la durée à l’issue de laquelle la réalisation peut être escomptée. »

Chaque pratique est soulignée par un « refrain » qui rappelle l’essentiel.

L’ouvrage suit cette structure en développant chaque point sans toutefois le diluer dans le commentaire.

Satipatthâna est une pratique centrale, et suffisante, non seulement dans le contexte bouddhiste mais dans toute démarche d’éveil, gradualiste ou subitiste, même si elle trouve sa force dans une approche résolument directe. Elle concerne aussi bien le débutant que le pratiquant avancé dans la méditation intensive.

Jean Klein, la liberté d’être

La Liberté d’être par Jean Klein. Editions Almora, 43 avenue Gambetta, 75020 Paris, France.

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Jean Klein fut l’un des premiers penseurs français introduits au non-dualisme du Cachemire. S’il a étudié et pratiqué d’autres courants de l’Inde traditionnelle, son enseignement direct est imprégné de la fulgurance des maîtres cachemiriens.

 

 

Cet ensemble d’entretiens, accordés dans la première partie des années 80, ne perd jamais de vue la non-séparation. Jean Klein cherche toujours à conduire son interlocuteur, ou le lecteur, à sa véritable nature, absolument libre. Les propositions de Jean Klein sont à la fois techniques et affranchies de toute technicité.

 

Voici quelques paroles de Jean Klein qui mettent en évidence la pertinence de ce qu’il offre :

« Dans une situation d’ouverture, vous êtes amour inconditionné. Et inhérente à cet amour, il y a une intelligence qui vous indique exactement comment vous comporter à l’égard de votre frère. Mais vous devriez aussi comprendre qu’effacer la souffrance de votre frère n’est pas un réel bienfait pour lui. La souffrance indique quelque chose. Tout comme une alarme, elle vous alerte. Mais ne tentez pas de vous dérober en posant une quelconque interprétation psychologique. On doit réellement voir ce vers quoi pointe la souffrance.

Vous pouvez aider votre frère à découvrir qui est celui qui provoque la souffrance. Comme tout objet, comme toute perception, la souffrance nous rapatrie vers la conscience, vers l’Ultime, car c’est l’Ultime qui éclaire l’objet. »

« Une expérience survient. Elle ne peut être pensée. Penser n’est pas une expérience directe, c’est traquer une sensation qu’on s’efforce de réitérer. Dans une expérience réelle, la personne qui expérimente est totalement incorporée à ce qui est expérimenté – les deux ne font qu’un, sans qu’interviennent mémoire et problème d’identité. En fait il s’agit d’une non-expérience car il n’y a personne pour expérimenter quoi que ce soit.

Dans le domaine de la technologie, multiplier les expériences est nécessaire, et ne conduit pas à un conflit. Mais sur le plan psychologique, qui est gouverné par la dualité plaisirs-déplaisirs, accumuler des expériences ne fait que renforcer l’ego et rend impossible la véritable expérience, c’est-à-dire la non-expérience. »

 

Au cours de ces entretiens, tous les aspects de la vie spirituelle ou psychologique sont abordés, peurs, désirs, stratégies, adhérences, conditionnements… Mais Jean Klein ne répond pas aux questions sur le même niveau logique, qui maintiendrait dans la dualité, il traverse le questionnement et entraîne le lecteur dans cette traversée avec bienveillance.

« Mais vous touchez quelque chose de plus profond au moment où vous vous demandez « quelle est la raison qui me pousse à poser cette question ? ». Derrière la question il y a une image, celle que vous avez de vous-même, une image marquée par l’insécurité et la peur. L’observation de cette peur vous place à l’extérieur de cette peur. Ainsi la question est-elle une distraction, une façon de vous fuir.

Mais qui essaie de fuir ?

C’est la personne, c’est « l’ego », toujours en quête de distraction, qui pose la question. Aussi faites de cette image du « Je » un objet d’observation. La personne est simplement une image projetée dans l’espace-temps. Elle est discontinue. L’observation, elle, en se tenant en dehors de l’espace-temps, est continue. C’est dans votre conscience que vous voyez apparaître l’objet, la personne, et c’est alors que cesse l’envie de vous identifier à cette image projetée. »

 

Jean Klein, au fil des questions, décrypte le fonctionnement de la mémoire et sa participation à la constitution de cet assemblage que nous appelons « moi » ou « personne ». Ce sont les mécanismes de la relation entre le sujet et l’objet qui sont mis à nu, soit les mécanismes de la séparation. Leur simple observation permet de s’orienter vers la non-séparation, vers l’unité.

Kodo Sawaki

A toi de Kodo Sawaki. Editions L’Originel – Charles Antoni, 27 rue Linné, 75005 Paris, France.

https://loriginel.com/

Dans le monde du zen, Kodo Sawaki (1880 – 1965) dit « Kodo dans demeure », tient une place à part. Il ne fait aucun compromis et désintègre toutes les formes, tous les concepts, y compris celles ou ceux du zen. Ne reste qu’une liberté totalement vécue.

Avec humour ou drôlerie, avec une lucidité implacable, il déloge le moindre conditionnement, la moindre adhérence ou identification et offre l’opportunité de la dissoudre radicalement.

 

 

Il n’a évidemment pas écrit ce livre, on ne le voit pas en train de laisser des traces. Les paroles rassemblées ici le furent par ses disciples proches.

 

Voici quelques extraits pour illustrer, le ton, la pertinence impertinente et la profondeur de ce moine et enseignant incomparable :

 

« Impossible d’échanger ne serait-ce qu’un pet avec le voisin. Chacun d’entre nous doit vivre sa propre vie. Ne perds pas ton temps à te demander qui est le plus doué. »

 

« Savoir que le hara en question ne vaut pas un clou, voilà le vrai hara et le vrai zazen.

Certains veulent renforcer leur hara par la pratique de zazen dans l’espoir de devenir capable de pousser un tel rugissement que le percepteur prendre ses jambes à son cou. Mais ils n’ont pas besoin de zazen pour cela, il leur suffit de boire du saké comme de vrais hommes.

On trouve des livres avec des titres comme « le zen et l’art de développer le hara ». Cette culture du hara ne mène qu’à la paralysie. »

 

« Celui qui cherche sa véritable mission n’a pas envie de faire carrière. Celui qui veut devenir président a perdu la boussole.

Leur élection est tellement importante à leurs yeux que les présidents et les parlementaires font campagne pour gagner des voix. Quels imbéciles ! Même si on me demandait, je refuserais de devenir président : « Vous me prenez pour un idiot ? ». »

 

Mais ne nous laissons pas prendre par cet humour ou cette impertinence, il s’agit de nous à chaque fois. En deux ou trois pages, il s’adresse successivement « A toi qui te mets à ruminer sur la vie » ou « A toi qui penses qu’il faut toujours être « dans le coup » ou encore « A toi qui commences naïvement à te poser des questions sur ton vrai soi »… Chacune de ces interpellations qui ne laissent aucune échappatoire, nous concerne directement.

 

« Repose-toi un moment et tout ira bien. »

Nous avons juste besoin de faire une petite pause.

Être Bouddha veut simplement dire cesser d’être un être humain le temps d’une petite pause.

La boudhéité n’est pas le fruit d’un travail accompli par un être humain. »

 

« On ne pratique pas pour obtenir le satori. C’est le satori qui tire notre pratique. On pratique tirés de toute part par le satori.

Ce n’est pas toi qui cherches la Voie, c’est la Voie qui te cherche. »

 

Kodo Sawaki sait exactement ce qu’il fait :

 

« Ils disent : « Quand j’entends parler Sawaki, ma foi refroidit. » Je vais maintenant plonger leur foi dans un sceau de glace : la foi dont ils parlent n’est rien d’autre que de la superstition.

Ils disent : « Les discours de Sawaki n’éveillent pas la moindre foi chez moi. »

Ils n’éveillent aucune superstition, c’est tout. »