François Malespine

Je suis né… Et maintenant ? de François Malespine. Editions Accarias L’Originel, 5 passage de la Folie-Regnault, 57005 Paris.

http://originel-accarias.com/

 

Cet ouvrage de François Malespine sur l’Eveil, ce basculement de la dualité à la non-dualité, est d’une rare et délicate justesse.

En avant-propos, François Malespine distingue utilement petit satori et grand satori. Le petit éveil, Rigpa chez les tibétains, se caractérise par « la vue de la nature de son esprit ». C’est le commencement de la voie et non sa fin.

Couv Malespine

«  La pratique, précise-t-il, n’est plus un appris, ce n’est plus l’enfant qui essaye d’être un bon élève. C’est d’instant en instant un « dé-couvert ». Ce n’est pas un « moi » qui regarde, c’est un « moi » qui est vu, aimé, compris, et dans toute la mesure du possible, dont il n’est pas pris livraison, même quand, consciemment, et par réponse, « Cela », ici et maintenant, l’aide à s’accomplir. Accomplir est l’opposé de prendre livraison. Prendre livraison c’est simplement être pris par. »

Avec ce petit éveil, toute identification est reconnue comme telle. Il est alors possible de s’orienter vers l’Eveil.

«  Lorsque «  Cela » est retrouvé, il n’y a personne pour pratiquer, pour prier, pour aller vers. La pratique devient le cheminement, le cheminant et le but. « Voir » devient la pratique. Voir est le but et le résultat, dans l’instant. Rien n’est alors atteint ou à atteindre. L’œil de la conscience devient peu à peu vision.

Le vu devient ce qui révèle la vision. La vision n’est plus l’outil pour voir le vu. »

François Malespine cherche la précision. Il donne ainsi à son  propos une grande pertinence quand tant d’écrits sur l’éveil ne font que dériver sur la structure de surface de l’expérience humaine. Ainsi :

« J’utilise le mot « centre » car il est largement employé dans la littérature spirituelle. J’y ajoute pourtant cette précision : ce que le mot « centre » désigne, c’est ce que nous sommes, non un lieu en nous. De même, le mot « conscience identifiée » désigne ce que nous croyons être lorsque nous nous prenons « pour ». Deux aspects de « la Conscience », Une et Vacuité en son Origine, ou duelle et identifiée lorsqu’elle se quitte.

Autre précision, le « vu, perçu, ressenti, conceptualisé », est la production de la Conscience indépendamment de son identification ou non. Que la conscience soit identifiée à, ou qu’elle demeure Une/Vacuité et Origine, la vie manifestée demeure. Par contre, le point de vue étant différent, la vie manifestée vécue à partir de l’Origine « Je » est célébration, alors que, vécue à partir de la conscience identifiée, elle est consommation et prédation. Simple constat. »

Afin d’accompagner le lecteur dans la compréhension de ce qui est en jeu et enjeu, François Malespine examine ce qui se passe après la naissance, la genèse du « moi », depuis la toute première identification à l’objet, le premier attribut collé au sujet. Il invite à « oser être sans certitude », à découvrir concrètement que « Je » n’est pas « moi », « Je », la Conscience/Origine, par une quête « à rebours » qui commence par le dévoilement de la genèse du « moi ». Traverser les formes, reconnaître les pensées, autant de faux problèmes comme « agir ou ne pas agir », jusqu’à retrouver la saveur du « Je », Connaître au lieu d’apprendre, « rester tranquille ».

« En cette vacuité originelle « ici » qui demeure, il n’y a rien à faire, à vouloir, à rejeter, à condamner. Située en elle-même, Elle se connaît en tant que « Cela/espace/vacuité » en quoi tout survient et revient. Et tous les mouvements observés sont par Elle connus. Et chaque mouvement connu retourne à jamais en sa source. Ainsi, situé en le « rester tranquille » la peur s’éloigne, la pratique est le moyen et le but, comme dit Nisargadatta Maharaj, car tout alors concourt à ramener l’âme en son origine. »

En entrant en conscience, en incluant tout ce qui se présente sans comparaison, la Conscience est « désenclavée » du « moi agissant ».

«  Moi » ne s’éveillera jamais. Il n’est pas le sujet. Le Sujet ne s’est jamais endormi. « Je » attend « ici » que « moi » s’ouvre à son baiser pour l’éveiller à ce qu’il EST. »

Publicités