Haïkus, assemblages et autres détournements de Rémi Boyer

 

Haïkus, assemblages et autres détournements de Rémi Boyer et Marc Bernol. Editions Unicité, 3, sente des Vignes, 91530 Saint-Chéron.

http://www.editions-unicite.fr/

Ce troisième recueil d’haïkus de Rémi Boyer bénéficie des œuvres de Marc Bernol.

 

 

Les haïkus sont un équivalent de la calligraphie ou de l’art du sabre, ils visent juste au jaillissement, que cela soit dans la banalité ou l’exceptionnel. Ils ne font que souligner le Réel que nous traversons sans le voir.

Classiques ou métaphysiques, les haïkus rassemblés ici cherchent l’essentiel et le simple.

 

Les nuits trop sombres

Les nuages arrondis

Cachent l’abîme

 

La fin de la nuit

Un corbeau échevelé

Cherche son chemin

 

Le pain du matin

Mille odeurs de bonheur

Mon vieux compagnon

 

 

Dans un pur matin

Des papillons transparents

Célestes Voiliers

 

 

L’ouvrage rassemble aussi quelques eshutis, textes invocatoires rédigés dans une langue purement sonore dans laquelle seuls les sons et non les mots portent les sens.

 

Lupasipa
Desifarabela

Pasilu pasipa

Desirafabela

E scalipina maderuda lubiana

Smalinada kati

Smalinada kata

Origaamana sculianti

Shotericali orashgama

Alitera

 

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La nature de la conscience

La nature de la conscience de Rupert Spira. Editions Accarias L’Originel, 5 passage de la Folie-Regnault, 75005 Paris.

http://originel-accarias.com/

Le travail de Rupert Spira, dans les pas de Jean Klein, de Nisargadatta ou de Francis Lucille, intéressera tout individu pratiquant le rappel de soi ou plus généralement investissant les approches non-duelles.

D’emblée Rupert Spira pose la question de la conscience qui constitue l’axe de tout travail véritable, question qui est aussi la réponse.

« Ce livre, précise-t-il, suggère que la conscience est la réalité fondamentale et sous-jacente à la dualité apparente mental-matière et qu’oublier, ignorer ou méconnaître cette réalité constitue la cause profonde de tout le malheur existentiel qui envahit et oriente la vie de grand nombre de gens et les conflits plus larges qui existent entre les communautés et les nations. A l’inverse, il est proposé que la reconnaissance de la réalité fondamentale de la conscience soit une condition préalable, nécessaire et suffisante pour tout individu en quête de bonheur durable et, en même temps, le fondement de toute paix mondiale. »

Le premier pas consiste à accepter l’expérience comme matière du travail, écartant de fait la croyance. Rupert Spira parle de voie de la vérité ou de voie de l’opinion. Dans le paradigme qu’il propose, celui de « la conscience seule », l’opposition dualiste entre expérience extérieure et expérience intérieure n’a plus sens. Toute expérience est mentale. Par « mental », Rupert Spira entend les pensées, images, sentiments, sensations mais aussi toute perception sensorielle des objets présentés comme extérieurs. Il note que « la nature du mental lui- même ne se montre jamais dans une conscience objective (…). La reconnaissance par le mental de sa nature essentielle relève d’un autre genre de connaissance, une connaissance qui fait l’objet de la quête ultime de toutes les grandes traditions religieuses, spirituelles et philosophiques et qui gît au cœur de toute personne aspirant à la paix, à l’épanouissement et à l’amour. »

Laisser émerger la conscience totale, soit sans objet, masquée par « la conscience de » est le sujet de ce livre. Rupert Spira invite tout d’abord à distinguer entre la conscience et les objets. Pour cela, il analyse les processus qui conduisent par identifications et agglomération artificielle à la constitution d’un « ego ». Pour se sortir de cet « enchevêtrement », Rupert Spira évoque une voie directe, intime, simple, évidente. « La connaissance de notre propre être – l’expérience qui luit dans le mental en tant que la connaissance « Je suis » – est la même chez tout le monde. Nul n’y a un accès privilégié et, pour cette raison, c’est la seule connaissance qui ne suscite pas de dissension. Elle est absolument vraie, en tous états, en toutes circonstances et toutes conditions. Si nous nous trouvons en désaccord sur la nature de notre être essentiel, c’est que nous nous prenons pour un objet. Un différend ne peut intervenir qu’au sujet d’une chose qui possède des qualités objectives. »

Rupert Spira développe l’investigation et le rappel de soi en s’appuyant remarquablement sur une expérience d’un acteur jouant le rôle du Roi Lear, pour illustrer le basculement dans le silence et le Réel. Il pose tout au long de l’ouvrage différents regards visant à dissoudre les oppositions futiles au sein de la dualité et à suspendre toute comparaison.

« Lorsque la conscience retire son attention de l’expérience objective, son connaître commence à refluer en elle-même et ce faisant, elle est progressivement libérée des limitations qu’elle a contractées au moment de prendre la forme du mental fini. Lorsque la conscience cesse de s’élever sous la forme du mental ou de l’attention, elle se dévoile, pour ainsi dire, et connaît ou reconnaît simplement son propre être et rien que lui. La conscience survient sous la forme du mental pour connaître le corps et le monde, mais pour se connaître, il lui suffit de demeurer en et en tant qu’elle-même. Il lui suffit d’être elle-même et rien qu’elle-même. »

Rupert Spira balaie les idées communes et fausses sur la méditation, sur les prétendus états de conscience, les vaines recherches du bonheur quand il s’agit simplement de laisser la place vide pour la conscience.

Cet « essai sur l’unité de l’esprit et de la matière » est sans aucun doute l’un des meilleurs ouvrages publiés ces dernières années sur le sujet, à la fois par sa rigueur et son ouverture.

Le grand ailleurs d’Alain Sainte-Marie

Le grand ailleurs. Pour une éthique du dépassement par Alain Sainte-Marie. Editions Accarias L’Originel, 5 passage de la Folie-Regnault, 75005 Paris.

http://originel-accarias.com/

Alain Sainte-Marie rassemble dans cet ouvrage des textes brefs écrits de 1996 à 2018. Ils témoignent d’un cheminement mais aussi d’une permanence, ce qui apparaît comme processus n’est que le déploiement de ce qui a toujours été présent. Philosophiques ou métaphysiques, c’est toujours l’approfondissement qui est à l’œuvre dans la mise en mots.

 

Couv le grand ailleurs

 

« Dans mes morts douces, je nage avec le fleuve, épouse tous les reliefs intimes de ma propre dislocation.

La mort me rappelle au souvenir d’aimer. C’est dans ces petites morts que je me sens le plus en vie.

Chacune est une porte invisible que je franchis. Je renais en faisant une plus grande place à la mort. Non, c’est la mort qui se fait une plus grande place en moi. Et par elle, c’est la vie qui s’écoule, irriguant mes jours.

Comme une terre restée trop longtemps en jachère, ma vie reprend le cours de ses métamorphoses. Je change et ne change pas. S’il y a déjà du papillon dans la chenille, il reste toujours de la chenille dans le papillon.

Je joue avec le temps comme l’enfant d’Héraclite. Je construis des châteaux d’instants qui ne résistent pas au vent des choses. Tout passe, et il est facile de se croire vivant. »

L’écriture souvent poétique de l’auteur conduit le lecteur dans des dimensions irraisonnables de l’expérience humaine pour laisser venir un art de vivre à la fois élégant et intense. « Pour qui voit, tout est enseignement. » glisse Alain Sainte-Marie avant d’en faire la démonstration dans chaque rapport établi avec l’expérience. Peurs, espoirs, violences, compréhensions, désirs, engagements, rejets sont autant d’occasions d’apprendre ou, plus exactement, de s’apprendre. Se rapprocher de soi-même dans la danse de la vie conduit à la présence.

« La présence à soi, ou conscience pure, est silence ; la présence à soi, ou conscience pure, est son. »

L’axe serpentin de ce livre d’assemblage créateur est sans doute la liberté, source et finalité de toute quête.

« Si la liberté réelle, est l’ensemble des conditions qui rendent possible un acte libre, quel en sera le critère ?

Ce critère sera nécessairement intérieur. Il se manifeste dans la disponibilité de soi à soi, sous les traits d’une vacance susceptible de revêtir l’aspect d’une absence d’occupation, mais pas obligatoirement. Car la liberté est à la fois agir et non-agir, activité et congé. Je suis libre lorsque je me mets en congé de l’effort pour accompagner, la bride sur le cou, les processus intimes à l’œuvre dans le vivant que je suis. La liberté révèle alors un contenu plus vaste qu’elle-même, qui la traverse et l’englobe. »

Ce contenu, qu’on l’appelle le Soi, Dieu, le vide, etc., est l’assurance intime de sa propre liberté intérieure où le risque et la sécurité sont un. »

La conquête de cette liberté, notre état naturel passe par la connaissance. Cette connaissance n’est pas accumulation de savoirs mais bien amour.

 

« Pulpe nacrée, gorgée de vie,

suspendue à elle-même

entre ceci et cela, entre oui et non ;

quintessence de toutes les rosées,

ce qu’elle ne touche pas nous reste à jamais étranger.

Perle d’amour, fruit de sagesse

à l’arbre de l’homme intérieur, rien n’existe

hors de ce contenant qui se contient lui-même

sans jamais rien exclure que l’irréalité.

Être n’importe qui,

n’importe quoi, n’importe où,

mais toujours avoir quelque part quelqu’un,

quelque chose à aimer. »

Gurdjieff

Gurdjieff par Seymour B. Ginsburg. Editions Almora, 43 avenue Gambetta, 75020 Paris, France.

www.almora.fr

Presque un siècle après l’ouverture, en 1922, à Fontainebleau, de son institut dédié au Travail l’influence de George Ivanovitch Gurdjieff (1866-1949) demeure et c’est heureux. Si son influence sur de nombreux artistes, scientifiques et auteurs est connue de Kate Bush à René Daumal en passant par Timothy Leary, c’est surtout auprès des nombreux anonymes qui se sont engagés dans une pratique régulière qu’elle s’est fait sentir.

Couv Gurdjieff

L’auteur de cet ouvrage, Seymour B. Ginsburg, qui a collaboré avec Nicolas Tereshchenko, proche de Jeanne de Salzmann, fut le co-fondateur de l’Institut Gurdjieff de Floride. Il est un témoin de ce mouvement et de ce rayonnement discret.

Nicholas Goodrick-Clarke, chercheur renommé, Directeur du Centre pour l’ésotérisme occidental de l’Université du Pays de Galles, précise l’intérêt de ce livre dans un avant-propos :

« Ce livre est un condensé remarquable des enseignements de Gurdjieff dans une conscience plus vaste de l’ésotérisme occidental. Suivant les propres techniques de Gurdjieff, le livre est d’abord et avant tout un guide pratique, commençant par la proposition fondamentale que les humains doivent s’éveiller à la conscience de soi, à la réalisation que derrière « notre personnalité », influencée par un grand nombre de circonstances, repose notre « essence », qui est identique avec la réalité universelle. L’enseignement n’est ainsi pas concerné par la réalisation de quelque chose qui manque, mais plutôt par la découverte, la prise de conscience de notre identité réelle. »

Pour Seymour B. Ginsburg, comme pour Nicolas Tereshchenko, le Travail s’organise autour de trois éléments principaux : « 1) travailler avec un groupe engagé dans des pratiques pour étendre la conscience, 2) une méditation régulière et 3) l’étude du texte principal de Gurdjieff, les Récits de Belzébuth à son petit-fils ».

L’ouvrage propose six parties, six leçons. La première leçon est intitulée « Qui suis-je ? ». Après une rapide notice historique sur Gurdjieff, elle présente la Quatrième voie de Gurdjieff, telle que Seymour B. Ginsburg et Nicolas Tereshchenko l’ont appréhendée. La deuxième leçon aborde « l’expansion de la conscience ». Sont décrits les quatre états de la conscience humaine et la nécessité de l’attention. La troisième partie traite de la transmutation de l’énergie. Il est question de la loi des trois forces, de la loi d’octave et de l’ennéagramme, si mal compris dans notre monde consumériste. La quatrième leçon poursuit la question de l’énergie et cette fois de sa conservation par la prise de conscience des multiples « fuites » d’énergie entre mensonge, soliloque stérile, identification, paroles inutiles, etc. La cinquième leçon insiste sur la méditation et la sixième leçon évoque le travail en groupe notamment les fameuses danses de Gurdjieff.

Chaque partie propose des exercices et les appendices sont riches. Nous trouverons notamment l’étude des rêves selon Gurdjieff, des exercices psychologiques et des lectures des Récits de Belzébuth à son petit-fils.

Avant de conclure, Seymour B. Ginsburg dit quelques mots sur l’amour :

« On n’insistera jamais assez sur l’opinion de Gurdjieff que l’amour authentique est une impulsion d’être sacrée. Une distinction doit être faite entre l’amour authentique et ce qui passe pour de l’amour dans notre société, et qui est basé sur la polarité ou le type. C’est seulement quand nous sommes complètement libres de toutes les peurs et de tous les désirs, et que notre moi personnel est intégré dans une unité d’être consumant tout, que nous faisons l’expérience de l’impulsion d’être sacrée de l’amour authentique. Dans cet état-là, nous savons que nous sommes l’infini, comme toutes les autres choses, et notre amour de ce fait s’étend à tout le monde et à toutes les choses parce qu’elles sont toutes nous. »

Gorakşa et L’alchimie du yoga

L’alchimie du yoga selon Gorakşa par Colette Poggi et Claire Bornstain. Les Deux Océans, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

http://www.dervy-medicis.fr/

Ce traité d’alchimie interne propose un « processus de métamorphose intérieure du corps-souffle-pensée ». Il est de première importance et c’est une chance d’y avoir accès.

Il est attribué à Gorakşa, grande figure de la spiritualité indienne des XIe – XIIe siècles, mais pourrait être l’œuvre de disciples. Il inclut des extraits de traités antérieurs, procédé courant dans les tantras. Il s’adresse à des yogin et plus largement à tout individu en queste. Certains des cent soixante-douze versets indiquent en langage crépusculaire certaines pratiques réservées aux pratiquants avancés. Le texte fait partie du corps d’enseignement des Nāthayogin. Si la transmission orale est fondamentale, ce courant n’a pas été avare de textes remarquables.

Parmi les sources de l’enseignement de Gorakşa, nous rencontrons Matsyendranātha, grand poète bengali, qui s’inscrit dans le système Kaula du shivaïsme non-dualiste du Cachemire.

 

Couv Goraksha

 

L’ouvrage est formé de quatre parties.

La première partie aborde « l’exposition à la réalité non-duelle, à la fois lumière et énergie, symbolisée par Shiva et Shakti, le dieu de la conscience infinie et sa parèdre ».

La deuxième partie présente la doctrine du yoga spécifique aux Nāthayogin, une catharsis « pour accéder à l’espace à la fois vide et plein du Cœur ».

La troisième partie traite du corps et de l’énergie cosmique. La non-séparation permet de reprendre « conscience de l’immanence de l’absolu, en tout phénomène, comme son corps et sa conscience ».

La quatrième partie « introduit aux degrés supérieurs du yoga : la dissolution du mental, l’attention au son intérieur, puis, après avoir fait une description du yogin parfaitement libre et détaché, l’avadhūta-yogin, il évoque la grandeur du maître véritable ».

« Cette démarche, indiquent Colette Poggi et Claire Bornstain, revient à faire de soi un domaine (pada) où s’actualise ce mouvement de retour au centre, le domaine atemporel de l’originel. Le corps du yogin joue ici un rôle éminent : il est en effet imaginé et éprouvé comme un espace vibratoire structuré dont l’axe central est parsemé de lotus (padma) ou de roues (cakra). Dotés d’une puissance d’éclosion et d’épanouissement, ces centres vibratoires suggèrent le cheminement du yogin : du monde clos de l’individu centré sur son moi, à l’espace ouvert et vivant où il se meut en résonance avec l’univers. Le yoga, comme toute voie de transformation intérieure, serait-il un chemin de crête que l’aventurier trace, au risque du vertige, comme une incessante recréation ? »

Michel Lancelot dans Historia Occultae

Historia Occultae n°10. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Le dixième numéro de la revue Historia Occultae, devenue une référence dans le domaine de l’ésotérisme, et au-delà, propose un sommaire très varié :

Éditorial, par Emmanuel Thibault – Dire la vérité et se faire vrai, par Christian de Caluwe – L’occultisme et Freud, par Claude Debout – Vous avez dit contre-culture ? par Philippe Marlin – Le voile d’Isis, par Georges Bertin – Le sens et la forme du rite au XXIe siècle, interview par Emmanuel Thibault – L’encensement, par Christian de Caluwe. Tarots et merveilles, par Geneviève Béduneau – Les musiques du chaos – 1, par Olivier Steing – L’ásatrú en Islande, par Raoul Zimmermann – Guérir le territoire, par Emmanuel Thibault – La vigne en tous ses états, par Jean-Marc Brocard.

 

Couv HO 10

 

D’Isis à l’esprit du vin, en passant par Aleister Crowley, la Franc-maçonnerie, ou des questions philosophiques comme celle de la Vérité, les thèmes sont particulièrement divers. La revue s’inscrit bien dans une contre-culture évoquée par Philippe Marlin. Il nous parle notamment de Michel Lancelot, remarquable journaliste et auteur, aujourd’hui oublié, qui mériterait une biographie. Il rappelle l’importance de ses livres, notamment Le jeune lion dort avec ses dents, paru chez Albin Michel en 1974, véritable manifeste, et de l’impact de son émission Campus sur Europe 1 de 1968 à 1972. Michel Lancelot n’a pas seulement accompagné les bouleversements culturels de la fin des années 60, il les a anticipés et parfois nourris de son intelligence.

En même temps, la revue Planète et le Matin des magiciens ouvraient sur les marges philosophiques, artistiques, scientifiques, ésotériques…

L’héritage de ces contre-cultures dont certaines sont entrées dans la culture officielle est considérable même s’il reste difficile à cerner, comme le signale très justement Philippe Marlin :

« Le concept de contre-culture est perçu comme incluant un arsenal hautement complexe et étendu de modes de vie, de sensibilités et de croyances, qui, bien qu’ils se rejoignent nettement à un certain niveau prennent des chemins et des trajectoires biographiques variés, chacun ayant ses propres connexions à d’autres milieux et mondes culturels spécifiques. En tant que telle, à un niveau théorique, la contre-culture, ne peut pas fonctionner effectivement comme catégorie culturelle permettant de définir des groupes sociaux distincts les uns des autres, selon une grille binaire contre/dominant. Le terme agit plutôt comme un mécanisme servant à décrire à décrire des points particuliers de convergence, grâce auxquels les individus peuvent temporairement s’entendre en vue de l’accomplissement d’objectifs spécifiques. Les contre-cultures sont, en effet, des expressions fluides et mutables de sociabilité qui se manifestent lorsque les individus s’associent temporairement pour exprimer leur soutien et/ou pour participer à une cause commune, mais dont les vies quotidiennes se déroulent de fait simultanément sur toute une gamme de terrains les plus divers. »

Historia Occultae, sous la houlette d’Emmanuel Thibault et Philippe Marlin, est un creuset pour les contre-cultures qui veulent vivifier l’art et la pensée, et, pourquoi pas, changer le monde.

Le jardin des vertus de Jacqueline Kelen

Le Jardin des Vertus de Jacqueline Kelen. Editions Salvator, 103 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris.

www.editions-salvator.com

Chaque ouvrage de Jacqueline Kelen conduit le lecteur plus loin et autrement sur le chemin de l’Esprit. Avec ce livre, elle nous rappelle la place fondamentale des quatre vertus cardinales dans l’édification spirituelle de l’être.

Couv Kelen Vertus

Jacqueline Kelen nous met d’abord en garde contre le rapport souvent illusoire que nous entretenons avec le développement personnel, la méditation ou le lâcher-prise qui ne font que nous aider à supporter la prison du « moi » et nous éloigne du véritable engagement spirituel. Elle en appelle à la morale, ou plutôt à la Morale.

« C’est une grande erreur, dit-elle de croire que la morale dépend d’une religion ou de penser qu’elle n’assure qu’une cohésion sociale. Les plus anciennes civilisations (Sumer, l’Egypte), la philosophie antique (qui en Occident éclot avec les présocratiques, au VIème siècle avant l’ère chrétienne), ainsi que les mythes fondateurs se réfèrent à un code moral qui permet au mortel de devenir humain, de s’amender, de s’élever, de devenir libre, voire de rejoindre le monde des dieux. La conduite qui en découle requiert une ascèse, la pratique des vertus, la lutte contre les faiblesses et les défauts, et une attention à tout ce qui n’est pas soi. »

Il s’agit bien d’une morale opérative, non d’un filet de valeurs et de comportements exigés ou attendus des autres. Jacqueline Kelen évoque bien une ascèse et cherche à restituer leur dimension initiatique aux vertus. Elle en appelle aux philosophes  grecs dont l’enseignement des vertus pénétra le christianisme, Epicure, Socrate, Platon, Epictète, Sénèque… « Mesure de toute chose » pour Protagoras, ou « plante céleste » pour Platon, l’être humain « est libre de s’élever ou de régresser » nous rappelle Jacqueline Kelen, nous laissant seuls responsables de nous-mêmes. A nous de tendre vers cette « seconde naissance » qui libère des conditionnements.

Jacqueline Kelen développe longuement la nature, la dynamique, le rayonnement de chacune des quatre vertus cardinales : la force, la prudence, la tempérance et la justice, ces « verdoyantes vertus ».

Elle illustre la force par de nombreuses références afin de nous faire saisir cet « état intérieur ».

« La fermeté d’âme, ajoute-t-elle permet le courage et la bravoure autant que la patience et la résistance. L’endurance dans les épreuves, la constance de la foi, les gestes héroïques, le face-à-face avec la mort, la victoire de l’amour, rien ne serait possible sans cette vertu première, fondatrice. »

La prudence, vertu qui nous manque ô combien dans un monde qui dérape d’instant en instant, est bien un chemin vers la sagesse.

« La vertu de prudence se manifeste avant tout par le discernement. En tout domaine, il est indispensable de savoir démêler le vrai du faux, de distinguer le bien et le mal, l’absolu et le contingent, le réel et l’illusoire, le temporel et l’éternel, l’essentiel et l’accessoire, le psychisme et le spirituel, la louange et la flatterie, les alliés et les faux amis, l’inspiration supérieure et les voix démoniaques, la lumière et les ténèbres… Au fond, le discernement, propose Jacqueline Kelen, c’est l’amour de la clarté. »

Contre l’hybris, toute régnante sur notre temps, Jacqueline Kelen invoque la tempérance.

« De fait, la vertu de tempérance s’attaque au bastion du moi arrogant, tout-puissant. Elle exige que l’on fasse taire son ego, ses prétentions et ses revendications, que l’on contrôle ses impulsions (colère, violence), que l’on jugule l’avidité inhérente au moi primaire, grossier. On constate que cette vertu n’est guère pratiquée de nos jours où tout citoyen est encouragé à consommer, faire du bruit, à « profiter » et « se faire plaisir ». Ce qu’on appelle maintenant addiction (et non plus intempérance) se répand : addiction aux jeux, à l’alcool et à la drogue, au sexe et à la pornographie, à Internet, au téléphone et aux écrans… On remarquera en passant que c’est toujours l’individu qui crée ses propres chaînes et alimente ce qui va le perdre. »

« La justice, dit Jacqueline Kelen, représente à la fois la somme et le sommet des trois vertus précédentes. Et elle les conditionne : comment exercer la force, la prudence et la tempérance sans se référer à la notion supérieure de justice, de vérité ? »

« C’est l’amour de la vérité, insiste-t-elle, – non celui de l’égalité – qui inspire le sens de la justice. Cette vertu est la verticalité même, elle n’a souci que d’élever l’être humain, de le rendre irréprochable. Elle n’induit pas la comparaison, elle vise la perfection. »

Chaque livre de Jacqueline Kelen est un rappel à l’Esprit. Peu de systèmes traditionnels ou initiatiques font encore aujourd’hui état des vertus cardinales, considérées à tort comme désuètes. En déployant l’opérativité des vertus, Jacqueline Kelen nous offre l’opportunité de les actualiser au quotidien et de les laisser tisser un jardin de beauté et de liberté.